Afrique du Sud : accusée de négligence, une ministre démissionne

Qedani Mahlangu, la ministre chargée de la Santé, dans la province du Gauteng Copyright de l’image Google
Image caption Un rapport publié par un médiateur public a valu son poste à Qedani Mahlangu.

Qedani Mahlangu a rendu son tablier après la publication d'un rapport attribuant la mort de 94 patients à la "négligence" de son ministère.

Le Premier ministre du gouvernement du Gauteng, David Makhura, a déclaré avoir accepté la démission de Mme Mahlangu.

Un rapport présenté mercredi matin par un ombudsman local affirme que les patients sont morts l'année dernière, après leur admission dans des établissements de santé appartenant à des ONG et exerçant dans l'illégalité.

L'ombudsman a accusé le ministère dirigé par Qedani Mahlangu de "négligence" et d'"imprudence".

Selon lui, ce département ministériel a autorisé l'admission des patients dans des centres d'accueil non réglementaires, dans le but de faire des économies.

En Afrique du Sud, le scandale est qualifié de nouveau Marikana, une allusion au massacre de 34 mineurs tués par la police en août 2012, rapporte Valérie Hirsch, l'une des correspondantes de BBC Afrique dans ce pays.

Le titre du rapport présenté mercredi matin est éloquent : "Pas de fusils, 94 morts silencieux, et le décompte n'est pas fini".

La mère d'une victime a fondu en larmes pendant la présentation du rapport, en présence de la ministre de la Santé, qui rendra sa démission quelques heures plus tard.

Des poursuites judiciaires

L'an dernier, 1 039 patients soignés dans un hôpital psychiatrique ont été relogés dans 27 centres d'accueil gérés par des ONG, qui opéraient tous dans l'illégalité, dans la province du Gauteng, avec l'accord de Mme Mahlangu, selon le rapport.

Au moins 94 patients sont morts, dont 80 % dans les centres d'accueil de cinq ONG, qui manquaient de tout pour les accueillir.

"Ils sont morts de déshydratation, diarrhée, épilepsie, crise cardiaque, pas de maladies mentales. On a pris des patients d'un hôpital où ils recevaient des traitements, mangeaient et buvaient, pour les emmener vers des ONG où il n'y avait pas de nourriture, pas assez à boire, pas de chauffage", affirme l'auteur du rapport.

Le père d'un garçon faisant partie des 94 patients a raconté que son fils était tellement affamé qu'il avait mangé la matière plastique dans laquelle était emballé un hamburger qu'il lui avait apporté.

Le rapport recommande la fermeture de toutes les ONG où se trouvent encore des patients.

L'ombudsman avait réclamé la démission de la ministre de la Santé et des poursuites judiciaires contre tous les responsables présumés de cette tragédie.

Sur les réseaux sociaux, des Sud-Africains ont également demandé que l'ex-ministre soit traduite en justice.

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