Gabon : portraits candidats à l'élection présidentielle

Libreville, le 22 août 2016 Copyright de l’image AFP
Image caption Libreville, le 22 août 2016

BBC Afrique vous propose les profils des principaux candidats à l'élection présidentielle gabonaise du 27 août 2016.

Ali Bongo Ondimba :

Le président sortant du Gabon porte une candidature fortement contestée. Certains de ses adversaires politiques ont saisi la Cour constitutionnelle, dans le but de faire annuler sa candidature. La demarche n'a pas été fructueuse.

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Image caption Le président sortant gabonais Ali Bongo Ondimba salue ses partisans lors du rassemblement pour l'ouverture de la campagne électorale à Libreville le 13 août 2016

Le motif invoqué par ses adversaires : Ali Bongo n'est pas gabonais, car il est né au Biafra (Nigeria) et a été adopté par le défunt président Omar Bongo. Ce qu'il a toujours nié. Officiellement, il est le fils aîné du défunt chef d'Etat.

La filiation du président sortant est même contestée par deux filles d'Omar Bongo. Une plainte déposée auprès de la justice française pour contester son appartenance à la famille Bongo a été classée sans suite.

Albert-Bernard, officiellement né à Brazzaville (Congo) en février 1959, a pris le nom d'Ali après la conversion de son père à l'islam, en 1973.

"Un ami de la France"

Ali Bongo est vu par les observateurs comme un "ami de la France", le pays où il a fait une partie de ses études et tout son parcours universitaire.

En février 2010, son homologue français Nicolas Sarkozy l'a élevé au grade de Grand Officier de la Légion d'honneur.

Mais Bongo Fils a été un temps inquiété par la justice française, qui le soupçonnait de détenir en France des "biens mal acquis", dont deux Ferrari.

Il est marié à une Française depuis une trentaine d'années.

Ali Bongo, 57 ans, a été ministre de la Défense de 1989 à 1991, ensuite de 1999 à 2009.

"Une jeunesse ambitieuse"

L'ancien député élu du Haut-Ogooué a dirigé le ministère des Affaires étrangères, dans un gouvernement conduit par le Premier ministre Casimir Oyé Mba, l'un des trois candidats qui ont retiré leur candidature pour se ranger derrière l'opposant Jean Ping.

Le candidat à sa succession crédite son pays d'"une jeunesse ambitieuse, qu'il faut toujours mieux former et éduquer".

"Je veux être un accélérateur de réussite pour elle (la jeunesse). Je veux qu'elle apprenne et grandisse en s'ouvrant vers l'extérieur", déclare-t-il sur sa page Facebook.

Le Gabon, qu'il a dirigé durant les sept dernières années, continue de subir les coupures d'électricité comme tant d'autres pays africains, malgré la volonté affichée d'Ali Bongo de "diversifier l'économie et les partenaires du pays, à travers le Plan stratégique Gabon émergent".

Un "Panorama des réalisations 2009-2016", publié par son directoire de campagne, met à l'actif de son premier septennat "une inflation relativement faible et stable, une liberté de presse qui s'est globalement améliorée et un pays de mieux en mieux connecté" à Internet.

Ali Bongo revendique "un réseau routier bitumé, qui a augmenté de 74 %" en sept ans.

Le document met au passif du président sortant "un taux de croissance soutenu, mais qui dépend encore du pétrole" et "une dette publique plus que doublée".

Jean Ping :

L'un des doyens des hommes politiques gabonais, âgé de 73 ans, bénéficie du soutien de deux ténors de l'opposition, l'ancien président de l'Assemblée nationale, Guy Nzouba Ndama, et Casimir Oyé Mba, ancien Premier ministre.

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Image caption L'ancien Premier ministre et candidat à l'élection, Jean Ping

Il est également soutenu par Léon-Paul Ngoulakia, un cousin germain d'Ali Bongo, candidat à sa propre succession.

Tous les trois ont retiré leur candidature pour se ranger derrière ce proche d'Omar Bongo, le père de l'actuel chef de l'Etat, décédé en 2009.

Ping et le PDG

Les divergences de Jean Ping avec le Parti démocratique gabonais (PDG) ont commencé en 2012, lorsque les autorités gabonaises, Ali Bongo Ondimba au premier chef, ont fait preuve de réticence pour soutenir sa candidature à la présidence de la Commission de l'Union africaine pour un deuxième mandat.

Deux ans plus tard, l'ex-beau-frère du chef de l'Etat prend ses distances avec le parti au pouvoir, l'accusant d'avoir fait du Gabon "un Etat voyou".

Jean Ping fut le compagnon de Pascaline, la fille aînée d'Omar Bongo, avec qui il a eu plusieurs enfants.

Ses divergences avec le PDG ont valu à l'ancien directeur de cabinet d'Omar Bongo plusieurs interpellations par la justice gabonaise.

Origines

Jean Ping est né d'une mère gabonaise et d'un fermier chinois originaire de la région de Wenzhou, passé par la France dans les années 1920 avant de rejoindre le Gabon.

Président de la commission de l'Union africaine, de 2008 à 2012, Jean Ping a dirigé plusieurs ministères, dont celui des Affaires étrangères pendant près d'une vingtaine d'années.

De 1972 à 1978, il a travaillé pour l'Unesco, l'agence de l'ONU chargée de l'éducation, de la science et de la culture, avant de servir cette institution au Gabon, pendant six ans.

"Le pays doit être un équilibre de justice sociale et d'équité. Je lutterai contre la fraude dans les affaires publiques", promet Jean Ping aux Gabonais.

Sima Raymond Ndong :

Il est candidat indépendant et c'est un ancien allié d'Ali Bongo Ondimba, dont il a été le Premier ministre de février 2012 à janvier 2014.

En juin 2015, il a démissionné du Parti démocratique gabonais, le parti au pouvoir, qui avait décidé de le traduire devant son conseil de discipline.

"Je préconise une rupture claire, il faut tourner la page. La dégradation de la situation économique et financière du pays va encore plus nous pousser dans cette logique de rupture. Il faut radicalement changer la façon de faire", a déclaré Sima Raymond Ndong à un média international.

Ce député du Woleu-Ntem (nord), l'une des neuf provinces du Gabon, est devenu l'un des plus virulents opposants d'Ali Bongo, contre lequel il a sorti un livre critique : "Quel renouveau pour le Gabon ?"

En démissionnant de la majorité présidentielle, M. Ndong a invoqué la "gestion désastreuse" d'Ali Bongo.

"La croissance actuelle de notre pays est à la fois insuffisante et malsaine, de toute façon incapable de créer le volume et la qualité des emplois compatibles avec la formation de notre jeunesse", soutient cet économiste âgé de 61 ans.

Paul Mba Abessole :

Il est candidat considéré comme l'"opposant historique" et dirige le Rassemblement pour le Gabon (RPG), un parti d'opposition contre Omar Bongo durant les années 1990.

M. Abessole s'est présenté aux élections présidentielles de 1993 et 1998 et il a dirigé la mairie de Libreville, la capitale, de 1996 à 2003, avant de rejoindre la majorité présidentielle, de 2002 à 2009.

Après la mort d'Omar Bongo, il a brigué la présidence gabonaise sous la bannière du RPG, sans succès.

L'ancien prêtre entré en politique, vice-Premier ministre plusieurs fois, entre 2002 et 2009, est, à 77 ans, le doyen des candidats au scrutin présidentiel. Il se présente comme "le seul candidat qui peut conduire le Gabon sur de bons rails".

Maganga Moussavou Pierre Claver :

Agé de 64 ans, cet ancien ministre d'Omar Bongo a été plusieurs fois candidat à l'élection présidentielle.

Il promet d'emmener ses compatriotes à "se réapproprier les valeurs qui font une grande nation : l'effort, le courage, l'esprit d'initiative et l'esprit d'abnégation".

Il fait partie des vieux routiers de la politique gabonaise, dans laquelle il est entrée en 1990, avec la création du Parti social démocrate (PSD).