François Fillon, le candidat mis en examen

François Fillon est le candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle française Copyright de l’image Getty Images
Image caption François Fillon est le candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle française

François Fillon est le candidat de la droite et du centre à l'élection présidentielle française. Au départ favori des sondages, il est maintenant englué dans des soupçons de détournements de deniers publics et d'emplois fictifs. Il a traversé "une tempête médiatique" mais refuse de renoncer.

En France, c'est l'homme qui a fait mentir les sondages en devançant au premier tour des primaires le favori, Alain Juppé, et l'ancien président Nicolas Sarkozy. Au second tour, il bat le maire de Bordeaux devenant le chouchou de la presse française et des instituts de sondage qui le donnait vainqueur à la présidentielle face au candidat du Front national Marine Le Pen.

Il a commencé à multiplié les meetings et les apparitions sur les plateaux de télés jusqu'au jour où Le Canard enchaîné révèle son implication dans une affaire d'emplois fictifs et de détournement de deniers publics concernant sa femme Pénélope, une anglaise, et deux de ses quatre enfants.

La campagne s'emballe et prend une autre tournure. Des soutiens le lâchent. Il promet de jeter l'éponge en cas d'inculpation mais se rétracte face à l'éventualité d'une mise en examen et maintien sa campagne malgré les concerts de casseroles et les nombreux appels à renoncer.

Déboires judiciaires

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Image caption Quand il était parlementaire, François Fillon aurait fictivement employé son épouse Penelope, comme assistante parlementaire

C'est l'hebdomadaire satirique français Le Canard enchaîné qui a publié le 24 janvier dernier ce qui est devenu « l'affaire Fillon » dans le jargon médiatique français.

Quand il était parlementaire, François Fillon aurait fictivement employé son épouse Penelope, comme assistante parlementaire. Ces soupçons d'emplois fictifs concernent les mandats de député de la Sarthe de son époux entre 1986 et 1990, puis entre 1998 et 2002. Sur l'ensemble de cette période, elle aurait perçu 680 380 euros net, soit environ 3 600 euros mensuels net.

L'ancien Premier ministre aurait également employé ses enfants Marie et Charles, lorsqu'il était sénateur. La première, alors élève avocate, d'octobre 2005 à décembre 2006, et le second, de janvier à juin 2009.

Le Canard enchainé a ajouté que la Revue des deux mondes, une revue littéraire, a rémunéré Mme Fillon à hauteur de 3 500 euros net mensuels entre mai 2012 et décembre 2013 pour « deux ou trois notes de lecture ». Elle aurait reçu, au total 100 000 euros bruts de cette revue, propriété de Marc Ladreit de Lacharrière, un ami de l'ancien premier ministre.

Le lendemain de ses révélations qui ont secoué la France, le parquet national financier ouvrait une enquête judiciaire sur les chefs de détournement de fonds publics, abus de biens sociaux et recel de ces délits.

En réaction, le candidat de la droite a reconnu avoir commis une "erreur" en embauchant sa femme et ses enfants comme collaborateurs parlementaires, et a présenté ses "excuses" aux Français.

Lors d'une conférence de presse, il a toutefois répété que le salaire de sa femme Penelope "était parfaitement justifié", et que "tous les faits évoqués étaient légaux et transparents".

François Fillon a aussi accusé les médias d'être impliqués dans un complot visant à l'empêcher de devenir président de la France

« On m'a lynché, assassiné médiatiquement... Je pense que cela pose un problème, et même un problème pour la démocratie", a-t-il dénoncé en réaction aux révélations de la presse.

Riche carrière politique

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Image caption Il a débuté sa carrière en tant qu'assistant parlementaire.

Le candidat du parti Les Républicains n'est pas un novice en politique. Il a débuté sa carrière en tant qu'assistant parlementaire. Il devient député de la Sarthe, son fief, en 1981. Entre 1981 et 2009, il exerce les mandats de député, maire de Sablé-sur-Sarthe, président du Conseil général et sénateur. De 1988 à 2002, il est président du Conseil régional des Pays de la Loire.

Proche de Philippe Séguin, président de l'Assemblée nationale française de 1993 à 1997, François Fillon a été éduqué par des parents partisans du Général De Gaulle. Il se définit lui-même comme un « gaulliste ». Décrit comme un conservateur libéral, il déclare admirer l'ancienne Première ministre britannique. « J'aimerais bien laisser dans l'histoire une trace aussi forte que celle de madame Thatcher », dit-il au journal français L'Express.

Sa carrière ministérielle débute en 1993 avec sa nomination comme ministre de l'Enseignement supérieur et de la Recherche dans le gouvernement d'Édouard Balladur (1993-1995), puis ministre des Technologies de l'Information et de la Poste (1995) et ministre délégué chargé de la Poste, des Télécommunications et de l'Espace (1995-1997) dans les deux gouvernements d'Alain Juppé.

Quand Jacques Chirac est réélu en 2002 face à Jean Marie Le Pen au second tour, François Fillon devient ministre des Affaires sociales, du Travail et de la Solidarité (2002-2004) et il met en œuvre des réformes sur la durée du travail et sur les retraites. Nommé en 2004 ministre de l'Éducation nationale, il fait voter la loi Fillon pour l'éducation.

Quand Sarkozy bat Ségolène Royal en 2007, Fillon est parmi ses plus fidèles soutiens. Il est nommé le 17 mai 2007 Premier ministre. Il restera le seul et unique chef des trois gouvernements sarkozistes.

En juin 2012, il est élu député de Paris et fait face aux socialistes à l'Assemblée nationale.

Quand Sarkozy perd le pouvoir en 2012 face à François Hollande, le parti Union pour la majorité populaire (UMP) est affecté par la défaite. Différents camps se battent pour son contrôle.

Les élections pour la présidence de l'UMP vont l'opposer à Jean François Copé qui est déclaré vainqueur. François Fillon conteste les résultats mais finit par trouver un accord.

Programme sur l'immigration

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Image caption Le candidat de la droite propose également de fixer un critère d'assimilation des étrangers pour l'obtention de la nationalité française

Son programme sur l'immigration est digne de celui du Front National. Il compte durcir les conditions du regroupement familial. Il veut aussi interdire les prestations sociales aux étrangers qui n'ont pas résidé en France de manière régulière depuis deux ans

Le candidat de la droite propose également de fixer un critère d'assimilation des étrangers pour l'obtention de la nationalité française. Ce programme sur l'immigration a été jugé proche de celui de Marine Le Pen, la candidate de l'Extrême droite.

"M. Fillon, avec ses promesses de restaurer l'identité de la France et sa grandeur nationale ainsi que son langage dur sur l'immigration et l'islam, a clairement fait un appel du pied aux électeurs de Mme Le Pen", écrit le New York Times.