Benoît Hamon, la surprise de la gauche

Hamon a adhéré au PS en 1987, à 19 ans Copyright de l’image Getty Images
Image caption Hamon a adhéré au PS en 1987, à 19 ans

Benoît Hamon, le candidat du Parti socialiste à la présidentielle française est un homme très ancré à gauche. Sa victoire aux primaires est l'une des surprises de cette élection à rebondissements.

Quand le président français a annoncé en décembre sa décision de renoncer à briguer un second mandat, beaucoup voyaient en Manuel Valls, le nouveau champion de la gauche française.

C'était sans compter avec le député des Yvelines. Benoit Hamon était le candidat que personne ne voyait franchir le cap des primaires. Mais, il est pourtant arrivé à battre Manuel Valls le 29 janvier dernier avec plus de 58% des voix.

Elu député en 2012, Benoît Hamon est plusieurs fois ministre entre 2012 et 2014 durant la présidence de François Hollande. Mais en août 2014, il démissionne en réclamant une inflexion de la politique économique du gouvernement pour lutter plus efficacement contre le chômage et les inégalités. « Il était incohérent, alors que j'ai exprimé un désaccord avec un point important de la politique économique et sociale du gouvernement, que je reste au gouvernement », avait-il expliqué.

Cet homme politique est arrivé au PS en 1987, à 19 ans, à la suite de manifestations estudiantines contre un projet de loi sur l'enseignement supérieur. Il a par la suite dirigé le Mouvement des Jeunes Socialistes en 1993. De 2004 à 2009, il est député européen et siège au groupe des socialistes européens.

L'empreinte de Dakar

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Image caption Benoit Hamon, père de deux filles, estime aussi que son séjour dakarois a été déterminant pour le reste de sa vie.

"Je suis né le 26 juin 1967 à Saint Renan dans le Léon au Nord de Brest. J'ai passé mon enfance et mon adolescence entre Brest, le Kremlin Bicêtre (94) et Dakar (Sénégal). Je suis l'aîné d'une fratrie de quatre enfants", écrit Benoit Hamon dans sa biographie disponible sur son site.

Dans un article intitulé Comment son enfance au Sénégal a façonné Benoît Hamon, le magazine français Slate écrit que le candidat socialiste a fait ses classes du CE2 à la 5eme à l'école Sainte Marie de Hann de Dakar où il a appris la tolérance religieuse.

"Au Sénégal, j'ai grandi dans un environnement religieux c'est vrai, mais aussi dans la tolérance. Ce que je défends en matière de laïcité, c'est un retour originel à la loi de 1905 qui est une loi de liberté et non de discrimination", indique-t-il au site français.

Benoit Hamon, père de deux filles, estime aussi que son séjour dakarois a été déterminant pour le reste de sa vie.

"J'y ai grandi dans un contexte où le religieux se mixait à la diversité sociale. Quatre ans à Dakar, c'est à la fois beaucoup, car cela structure votre enfance, et peu dans une existence. Une vie se construit par étapes successives et dans la narration de la mienne je ne sais pas exactement qu'elle est la force de mon enfance à Dakar, mais cela a forcément eu un rôle dans ma construction en tant qu'homme", explique-t-il.

"Le candidat de la vraie gauche"

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Image caption Pour Slate, Hamon est le débouché électoral d'une révolte du cœur de l'électorat socialiste.

Au lendemain de la victoire de Benoît Hamon aux primaires de la gauche, la presse française rapporte que c'est le candidat de la vraie gauche qui gagne.

Le quotidien Libération annonce la victoire d'une "gauche de la gauche" en Une. L'éditorialiste Laurent Joffrin soutient que malgré la mort annoncée du PS, il bouge encore et que ses chances de survie s'accroissent.

"La gauche gagne la primaire", titre Le Parisien/Aujourd'hui en France qui ajoute que "le peuple de gauche a clairement fait savoir qu'il attend un candidat et un PS… à gauche toute".

Pour Slate, Hamon est le débouché électoral d'une révolte du cœur de l'électorat socialiste.

Visa humanitaire pour les migrants

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Image caption Benoît Hamon pense que les migrants ont un impact économique positif

En matière d'immigration, le candidat socialiste veut instaurer des « visas humanitaires » pour organiser l'arrivée des migrants sur le sol européen dans des conditions décentes.

Selon lui, il faut aussi multiplier par deux le nombre de places en CADA (Centre d'accueil de demandeurs d'asile) et instaurer "un droit au travail sous certaines conditions" en France pour ces populations.

Benoît Hamon pense que les migrants ont un impact économique positif et il souhaite que les demandeurs d'asile en France soient formés à l'apprentissage de la langue et qu'ils puissent "dès trois mois" sur le sol français, commencer à être insérés dans le marché du travail.

"L'essentiel des migrations internationales ne se fait pas selon un axe Sud-Nord, mais selon un axe Sud-Sud. J'agirai sur les deux volets. Dans les régions fragiles ou à forte mobilité, j'œuvrerai en faveur de l'accompagnement des migrations intra-régionales. En Europe, l'expérimentation de nouvelles formes de circulation permettant une fluidification des allers-retours pour les migrations de travail. Je soutiendrai une révision du règlement de Dublin fondée sur les valeurs d'accueil et de solidarité entre les États de l'Union européenne", écrit-il dans le volet immigration de son programme.