Venezuela : le président Chavez est mort

  • 5 mars 2013

Le Président du Venezuela, Hugo Chavez, est décédé d'un cancer dans la zone pelvienne après quatorze années à la tête du pays. Il avait 58 ans.

Le président vénézuélien Hugo Chavez était devenu le porte-étendard du socialisme latino-américain pendant ses 14 années au pouvoir.

Dirigeant inflexible et charismatique, Hugo Chavez a divisé aussi bien l’opinion nationale qu’internationale.

Pour beaucoup de ses supporters, c’est un président dont la conception du socialisme a renversé l’élite politique et donné l’espoir aux Vénézuéliens les plus pauvres.

Ces critiques véhémentes contre les Etats-Unis lui ont valu beaucoup d’amis au sein de ce qu’on appelle la « vague rose » des dirigeants politiques en Amérique Latine et il surtout utilisé les immenses réserves pétrolières de son pays pour s’acheter des faveurs à l’étranger.

Mais pour ses opposants politiques, il était un autocrate de la pire espèce, dont l’intention était de bâtir un parti-Etat et qui réprimait sans pitié toute personne qui s’opposait à lui.

Hugo Rafal Chavez Frias est né le 28 juillet 1954 dans l’Etat vénézuélien de Barinas. Ses parents, tous les deux enseignants, avaient 6 enfants et vivaient dans une pauvreté relative.

Il a fréquenté le lycée Daniel O’Leary de la ville de Barinas avant de rejoindre l’Académie Vénézuélienne des Sciences Militaires dans la capitale Caracas où, comme il l’a dit plus tard, il a trouvé sa vocation.

Il a aussi trouvé le temps de jouer au baseball and d’étudier les vies du chef révolutionnaire sud américain Simon Bolivar et du marxiste Che Guevara.

Diplômé en 1975, il commence déjà à peaufiner les idées politiques qu’il mettra en pratique plus tard en tant que président. Il pense notamment que les militaires avaient le devoir de prendre le pouvoir s’ils considéraient qu’un gouvernement civil avait échoué à protéger les plus démunis de la société.

Coup d’Etat

Il fut affecté dans une des nombreuses unités anti-insurrection dont la mission était de contrer les divers groupes marxistes qui tentaient de renverser le pouvoir du président Carlos Andres Perez. Mais faut d’action, il consacre son temps à la lecture de la littérature de gauche.

En 1981 il est chargé de cours à l’académie militaire où il fut étudiant et se retrouve dans la position de pouvoir endoctriner la future génération d’officiers militaires.

Ses supérieurs alarmés par l’étendue de son influence l’affectent dans l’Etat d’Apure, une partie éloignée du pays où on considérait qu’il ferait moins de dégâts.

Il s’active en entrant notamment en contact avec les tribus locales de la région, ce qui influencera ses politiques à l’endroit des populations indigènes à son arrivée au pouvoir.

Hugo Chavez est mort alors qu'il avait été réélu pour un nouveau mandat de six ans, le 7 octobre 2012.

En février 1992, il dirige une tentative de coup d’Etat contre le présent Perez en pleine grogne contre des mesures d’austérité économique qui avaient conduit à de grandes manifestations.

La révolte des membres du Mouvement Révolutionnaire Bolivarien avait fait 18 morts et 60 blessés avant que le colonel Chavez ne se rende.

Il purgeait sa peine dans une prison militaire quand ses compagnons essayèrent encore de prendre le pouvoir 9 mois plus tard.

Cette seconde tentative de coup d’Etat fut aussi déjoué, mais seulement après que les putschistes eurent pris une station de télévision et diffusèrent une vidéo de Chavez annoncé la chute du gouvernement.

Il passa 2 ans en prison avant de relancer son parti avec un nouveau nom : Mouvement de la Cinquième République, faisant la transition de soldat à politicien.

Avec un œil à une plus large opinion, il a passé du temps a démarché un certain nombre de dirigeants politiques en Amérique latine trouvant un soutien fort auprès du président révolutionnaire de Cuba, Fidel Castro.

Chavez était un adepte de la prise de pouvoir par la force, mais finira par changer d’opinion et se porter candidat à l’élection présidentielle de 1998.

Contrairement à la plupart de ses voisins, le Venezuela avait bénéficié d'une période ininterrompue de gouvernement démocratique depuis 1958, mais les deux principaux partis qui ont alterné au pouvoir, étaient accusés de s’appuyer sur un système corrompu et dilapider les énormes richesses pétrolières du pays.

Hugo Chavez promettait des politiques sociales révolutionnaires, et taxait constamment ceux qu’il appelait, les « oligarques prédateurs » de l’establishment d’agents corrompus du capitalisme international.

Ne ratant aucune occasion de s’adresser à la nation, il avait une fois présenté les dirigeants des sociétés pétrolières comme vivant dans des «chalets de luxe où ils s’adonnaient à des orgies en buvant du whisky ».

Vedette médiatique

Hugo Chavez gagna tout de suite un large soutien, non seulement des plus pauvres du pays, mais aussi de la classe moyenne qui avait vu son niveau de vie érodé par la mauvaise gouvernance économique. Ce sont les votes de cette classe moyenne qui ont contribué à propulser Chavez au pouvoir avec 56 % des voix.

En dépit de la rhétorique révolutionnaire qu’il a utilisée lors de la campagne son premier gouvernement reflétait une relative option modérée en nommant un certain nombre de personnalités conservatrices à des postes politiques.

Il conduit en grande partie l'économie selon les lignes directrices établies par le Fonds monétaire international et fit un effort positif pour encourager les investissements de sociétés multinationales.

Il lança également un programme de réforme sociale, investissant dans les infrastructures en ruine du pays et la mise en place de soins médicaux gratuits et des subventions alimentaires pour les pauvres.

Afin de rester en contact avec son peuple, il initia une émission radiotélévisée dans laquelle il explique ses politiques et encourage les citoyens à appeler pour lui poser directement des questions.

En 1999 il proposa la mise sur pied d’une assemblée constituante obtenant un large soutient en faveur d’un referendum, inconnue jusque là dans la politique vénézuélienne.

Les partisans de Chavez remportèrent 95% des sièges à l’assemblée constituante et se mirent à rédiger une nouvelle Constitution qui fut approuvé par une large majorité de la population.

La nouvelle constitution disposait que des élections présidentielles devaient se tenir en 2000, scrutin que Chavez avait gagné avec 59 % des voix.

Coup d’Etat

Cependant, il fut rapidement confronté à une opposition à la fois de l'extérieur et l'intérieur du Venezuela. Les relations avec les Etats-Unis se dégradèrent davantage quand il les accusa de «lutter contre le terrorisme par le terrorisme» pendant la guerre en Afghanistan après le 11 Septembre.

L’opposition à l'intérieur du pays provenait de groupes de la classe moyenne qui avaient vu leur pouvoir politique érodé par Chavez et qui l’accusaient de diriger le pays vers un Etat à parti unique.

Au printemps 2002, tout le pays était en proie à une grève générale et Chavez fut renverser le 12 Avril après avoir tenté de prendre le contrôle de l'industrie pétrolière du pays.

Mais, il reprend le pouvoir deux jours plus tard, après que ses partisans – les pauvres en majorité – eurent envahi les rues.

Chavez gagne l’élection présidentielle de 2006 avec 63 % des voix, après quoi il a annoncé que ses politiques révolutionnaires seraient désormais élargies.

Il fit des changements lui permettant de se présenter indéfiniment à la présidentielle, une mesure approuvée par référendum par 54% des votants.

Il noua également des liens économiques et politiques avec les dirigeants de gauche nouvellement élus dans d'autres pays d'Amérique du Sud, notamment Daniel Ortega, arrivé au pouvoir au Nicaragua en 2007.

Les relations avec les États-Unis restèrent tendues. Et alors que Chavez félicite le président américain Barack Obama pour sa victoire électorale en Novembre 2008, il condamne fermement l'action militaire occidentale en Libye en 2011.

Obsession

"Je ne suis pas ennemi d'Obama, mais il est difficile de ne pas voir l'impérialisme de Washington," a-t-il déclaré à la BBC. «Ceux qui ne le voient pas, ne veulent pas le voir, comme l'autruche."

Ses réformes économiques tant vantées dans le pays perdent en vitesse. Le soutien pour son socialisme « bolivarien » est mis à rude épreuve par la récession économique et l'inflation à 30 % érode l'épargne des classes moyennes.

Hugo Chavez avait commencé comme président réformateur, avec l'intention de s'attaquer aux inégalités dans la société vénézuélienne donnant la nourriture, les soins médicaux et, surtout, une voix politique aux pauvres.

Mais il avait échoué à mettre en œuvre une solution à long terme pour le problème économique du Venezuela et dirigea le pays sous une corruption continue au sein du gouvernement et une augmentation de la criminalité dans les rues.

Son obsession à l’endroit les États-Unis frisait la paranoïa mais il continuait à fournir des quantités de pétrole au pays qu'il prétendait mépriser.

En fin de compte sa quête de pouvoir personnel a vu Hugo Chavez, comme son héros Simon Bolivar avant lui, passer de réformateur radical à dictateur autocratique. Toutefois, contrairement à Bolivar, Chavez n'a pas survécu d’ être rejeté par le peuple vénézuélien.