Forte mobilisation place Taksim

  • 9 juin 2013
Image caption Plusieurs centaines de manifestants campent sur la place Taksim depuis dix jours.

Plusieurs dizaines de milliers de manifestants ont convergé dimanche, vers la grande place Taskim à Istamboul en Turquie d'où est parti il y a dix jours un vaste mouvement de contestation du parti au pouvoir l'AKP et notamment du premier ministre, Recep Tayyip Erdogan.

Les organisateurs ont appelé à maintenir la pression sur le gouvernement et demandent que les responsables de la violente répression policière soient renvoyés.

Autre revendication: l'arrêt d'un projet de rénovation immobilier, qui empiétrait sur le parc de Gezi, l'un des rares espaces verts des Stambouliotes.

Depuis une semaine plusieurs centaines de militants campent dans des tentes et des autobus endommagés ou dorment dans des couvertures sous des platanes.

Ils ont aussi dressé des barricades, faites de pavés, de panneaux de signalisation, de véhicules vandalisés et d'objets en fer.

Pour le moment le premier ministre n'a pas laissé entendre qu'on allait faire évacuer la place, l'un des hauts lieux touristiques de l'ancienne capitale de l'empire Ottoman.

Discours offensif d'Erdogan

Cependant le Premier ministre turc Recep Tayyip Erdogan, dont les manifestants réclament le départ, n'a nullement l'intention de démissionner.

Au contraire il a relancé dimanche l'épreuve de force avec les manifestants en mobilisant ses troupes qu'il a appelées à "donner une leçon" à ses adversaires aux élections municipales en 2014.

Image caption Le premier ministre Recep Tayyip Erdogan à l'aéroport d'Istamboul.

Au lendemain d'une nouvelle journée de contestation qui a vu des dizaines de milliers de personnes descendre dans les rues de grandes villes du pays, le chef du gouvernement a renoué avec sa rhétorique offensive, devant plusieurs milliers de partisans réunis par son Parti de la justice et du développement (AKP).

"Il n'y a plus que sept mois jusqu'aux élections locales. Je veux que vous donniez à ces gens une première leçon par des voies démocratiques, dans les urnes", a-t-il lancé à son arrivé à l'aéroport d'Adana, dans le sud du pays, fustigeant à nouveau les "terroristes" et les "voyous", mots qu'il emploie pour qualifier les manifestants.

M. Erdogan a à nouveau présenté l'AKP, le parti islamo-conservateur comme "le parti des 76 millions" d'habitants de la Turquie.

Depuis le début du mouvement, les manifestants accusent le chef du gouvernement, leur principale cible, de dérive autoritaire et de vouloir islamiser le pays.

"Si vous voulez des libertés pour vous-mêmes, ne détournez pas les espaces de liberté des autres", a-t-il lancé à l'adresse des manifestants.

Le Premier ministre était attendu en fin d'après-midi dans la capitale Ankara, où un comité d'accueil identique de quelque 3.000 supporteurs était déjà en place depuis le milieu de l'après-midi, selon les agences de presse.

Au même moment, des milliers de manifestants ont occupé à nouveau la place Taksim d'Istanbul pour un concert-meeting où les harangues anti-Erdogan ont succédé aux chansons et aux slogans "gouvernement, démission!" repris par la foule.

Et à Ankara, plus d'un millier de personnes était également rassemblé place Kizilay, le coeur de la contestation dans la capitale.

Taksim et le petit parc Gezi, dont la destruction annoncée pour faire place à un centre commercial et des appartements de luxe, a lancé la fronde le 31 mai, a enregistré samedi soir sa plus forte affluence depuis le début du mouvement, dopée par la présence de milliers de supporteurs des clubs de football rivaux de la ville, Galatasaray, Fenerbahçe et Besiktas, réconciliés pour l'occasion.

L'AKP a d'ores et déjà prévu deux réunions publiques de masse samedi prochain à Ankara et le lendemain à Istanbul, officiellement pour lancer sa campagne pour les élections municipales de l'an prochain.

La vague de contestation qui secoue depuis dix jours la Turquie a affaibli son gouvernement, critiqué par des alliés clé comme les Etats-Unis ou l'Union européenne pour la brutalité de la répression policière.

Ces événements sont également suivis de près dans les pays des "printemps arabes", notamment en Egypte et en Tunisie, où les islamistes au pouvoir ont souvent vu le modèle turc de l'alliance entre islam et démocratie comme un exemple.

AFP 091412 GMT JUN 13

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