Attiéké, le champagne de la Côte d'Ivoire

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Image caption L'attiéké est traditionnellement fait par les femmes des villages, dans la périphérie des grandes villes de la Côte d'Ivoire.

L'attiéké n'est pas aussi célèbre que le champagne, mais la Côte d'Ivoire tient à protéger ses droits de propriété intellectuelle sur ce plat national.

L'attiéké est un couscous traditionnel cuisiné à partir de tubercules de manioc.

Il est consommé par de nombreux Ivoiriens, au petit-déjeuner, au déjeuner ou au dîner.

Ce plat est originaire des zones côtières de la Côte d'Ivoire, depuis des siècles.

De nos jours, il s'est retrouvé au-delà des frontières de la Côte d'Ivoire, devenant l'un des aliments les plus connus à travers l'Afrique francophone, l'Europe et l'Amérique du Nord.

Ce plat peut être cuit de différentes manières.

Le plus populaire est l'"attiéké poisson grillé", fait avec du poisson frit et des tranches de tomate, d'oignon et de poivron vert.

L'"attiéké sauce tomate", comme l'indique son nom, est fait avec une sauce tomate cuite et du poisson frais ou sec. Il est très prisé par les Ivoiriens, tout comme l'"attiéké huile rouge".

Pour ce dernier, le couscous est mélangé avec de l'huile de palme, qui fait virer sa couleur amande à l'orange.

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Image caption La Côte d'Ivoire déplore que des gens prétendent faire de l'attiéké avec "seulement une partie du processus" de fabrication du plat national ivoirien.

L'attiéké peut également s'accompagner d'une soupe de piment ou consommé avec du poulet grillé ou du poisson fumé. Il est alors appelé APF, les initiales pour "attiéké poisson fumé".

L'attiéké est traditionnellement fait par les femmes des villages, dans la périphérie de grandes villes ivoiriennes aussi, notamment dans le sud et le centre de la Côte-d'Ivoire.

La racine de manioc est pelée, râpée et mélangée avec un manioc préalablement fermenté, appelé "mangnan".

La pâte est pressée pour éliminer l'amidon. Et ensuite traitée manuellement et séchée, avant d'être cuite à la vapeur.

L'attiéké est vendu sur les marchés locaux, dans des sachets.

Beaucoup de gens en dehors de la Côte d'Ivoire, en Afrique et même en Asie du Sud-Est, prétendent fabriquer de l'attiéké, ce qui, parmi d'autres raisons, pousse le gouvernement ivoirien à vouloir protéger les droits de propriété intellectuelle sur ce plat.

Ils se servent du nom du plat pour vendre des aliments produits avec "seulement une partie du processus" de fabrication de l'attiéké, dénonce le porte-parole du gouvernement ivoirien, Bruno Koné.

L'annonce de la labellisation du plat fait suite à une grave pénurie d'attiéké dans les marchés de la Côte d'Ivoire, cette année.

Le président Alassane Ouattara a accusé des "cartels" d'être responsables de cette pénurie.

Il a demandé à la police de mener une enquête et de les démanteler.

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Image caption L'attiéké est cuisiné à partir de tubercules de manioc.

Les syndicats de travailleurs et les organisations de consommateurs ont salué la décision de M. Ouattara.

Une décision du reste populaire dans un pays souvent divisé par la politique, avec les souvenirs encore frais d'une décennie de crise politique, qui a fait plus de 3 000 morts.

La volonté de faire de l'attiéké une marque déposée est l'une des rares choses qui unissent encore les 20 millions d'habitants de la Côte d'Ivoire, qui comprend 62 ethnies.

Le gouvernement ivoirien a demandé à l'Organisation africaine de la propriété intellectuelle (OAPI) de protéger l'attiéké.

L'attiéké peut-il être protégé ?

L'OAPI ne disposant pas d'une unité de police de conformité, il n'est pas probable que la demande de la Côte d'Ivoire soit satisfaite.

Les marchés africains, en Côte-d'Ivoire comme ailleurs dans le continent, étant le lieu de vente de DVD et d'autres produits musicaux, il est inimaginable de pouvoir inspecter les sacs d'attiéké et de confisquer ceux qui ne seraient pas certifiés.

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