Madagascar : l'or engendre la polémique

Raissa Ioussouf, BBC Afrique, Antananarivo

Soamahamanina, Madagascar
Image caption La commune de Soamahamanina, à 70 km de la capitale malgache, concentre 14 000 habitants.

L'exploitation de la mine d'or de Soamahamanina divise les habitants de ce village situé dans le centre de Madagascar.

Nous sommes en juin 2016 lorsque la polémique a éclaté. A cette période, la société minière chinoise Jiuxing Mines, chargée de l'exploitation de la mine du village, ouvre un chantier d'exploitation d'or et d'autres métaux.

Mais une partie des 14 000 habitants de Soamahamanina, une commune située à 70 kilomètres de la capitale, se mobilise contre le projet minier.

L'exploitation de la mine est ensuite suspendue en raison de la contestation. Les contestataires exigent le départ de Jiuxing Mines.

En apparence, le calme règne sur la commune de Soamahamanina, où une dizaine d'échoppes peinent à attirer du monde, en ce jour de marché.

Quelques maisons en briques rouges sont surmontées d'un fanion violet, en guise de soutien au mouvement hostile à l'exploitation de la mine.

Certains villageois s'opposent au projet aurifère de la compagnie Jiuxing Mines.

"Seule la terre nous fait vivre"

L'agricultrice Joaline Lantosoa Tianarimalala fait partie de l'association "Justice et paix" de l'Eglise catholique.

Elle ne veut pas entendre parler de cette mine d'or. "Nous contestons cette exploitation parce que çà dérange vraiment la vie ici. C'est contraire aussi à l'intérêt de la population, çà ne respecte pas les droits humains. Nous, c'est seulement la terre qui nous fait vivre. L'exploitation minière détruit la terre. Elle nous détruit donc", s'indigne Mme Tianarimalala.

Image caption Le site de la mine de Soamahamanina

Il est difficile d'imaginer qu'au mois de juillet dernier, les forces de l'ordre ont dispersé à coups de gaz lacrymogènes une manifestation des habitants de Soamahamanina.

Mais la contestation de l'exploitation aurifère s'annonce à quelques kilomètres de l'entrée du village de Soamahamanina.

Des graffitis sont dessinés sur la roche ou la route : "Tsy mila sinoa". Cela signifie : "Nous ne voulons pas des Chinois ici."

L'exploitation de la mine de Soamahamanina est suspendue depuis le 21 juillet, à la suite d'une manifestation des habitants du village. Depuis lors, le site d'exploitation est surveillé par des gendarmes.

Le gouvernement malgache tente d'entretenir le dialogue avec la population locale. Mais, pour les meneurs du mouvement de contestation contre l'exploitation minière, il n'est pas question de dialoguer.

Pierre Robson, le président de l'association Vona, à la pointe du mouvement contestataire, soutient que la compagnie chinoise doit plier bagages. "Nous ne voulons pas de la suspension de l'activité minière. Nous réclamons son arrêt total. La population de Soamahamanina demande le départ des Chinois", hurle-t-il.

Pourtant, la compagnie Jiuxing Mines détient les pièces nécessaires, un permis d'extraction minière et un permis environnemental, pour extraire de l'or, de l'argent, du fer, du plomb et du zinc, pour une durée de 40 ans.

Mais certains habitants de Soamahamanina estiment que cette exploitation minière n'est d'aucune utilité pour eux. Il est aussi reproché aux dirigeants de Jiuxing Mines de n'avoir dévoilé aucune estimation sur le potentiel de la mine.

Image caption Des graffitis annoncent, à l'entrée du village, l'hostilité de ses habitants envers les responsables de la société Jiuxing Mines.

Zafilahy Ying Vah, le ministre chargé des Mines et du Pétrole à la présidence malgache, reconnait "une défaillance" dans les consultations publiques menées auprès des riverains de la mine et promet des contreparties sociales au profit des villageois.

"En raison de la contestation, nous avons essayé de trouver un terrain d'entente en offrant des projets sociaux : électrification, alimentation en eau potable, construction de centres de santé et d'écoles", assure-t-il.

Le ministre annonce par ailleurs l'introduction, dans le code minier malgache, de "projets sociaux" au profit des riverains des sites miniers, en plus du volet environnemental.

De son côté, la société Jiuxing Mines annonce avoir signé un "contrat de bail" avec 30 familles en juillet dernier.

Sur la base de ce contrat, les agriculteurs de Soamahamanina reçoivent de l'argent pour une location mensuelle et une compensation financière, en fonction de la superficie de leur terrain occupé par la société minière.

Certains propriétaires des terrains, déjà signataires d'un "contrat de bail", réclament la reprise de l'exploitation minière.

"Des menaces"

De profondes divergences divisent les villageois, selon le maire du village, Théophile Rabesahalasoa. "Il y a vraiment des menaces de toutes sortes : des menaces verbales, des menaces écrites ou exprimées par téléphone. Il y a même des gens qui viennent chez nous pour nous terroriser", confie-t-il.

Les différends entre riverains des mines et responsables des sociétés minières sont devenues monnaie courante à Madagascar.

Une autre mine d'or a été fermée dans le district de Mananjary, dans le sud de Madagascar, à cause de divergences entre les habitants de cette localité et la société chargée de l'exploitation du site.

Certains habitants de la commune de Vohilava, dans l'est de Madagascar, s'opposent à l'exploitation d'une mine d'or de leur localité par une compagnie chinoise, qui ne détient pas de permis environnemental pour dérouler ses activités.

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