Cameroun : les avocats anglophones en grève

Frédéric Takang, BBC Afrique, Bamenda (Cameroun)

Avocats anglophones
Image caption Les avocats anglophones camerounais affirment que l'Etat veut leur imposer le droit civil francophone.

Le fonctionnement des tribunaux des régions anglophones camerounaises est perturbé depuis mardi par une grève des avocats.

Des audiences ont été reportées et des prévenus jugés sans la présence de leurs avocats, à cause de la grève de quatre jours des "robes noires", dans les deux régions anglophones du Cameroun.

Les avocats protestent contre l'inexistence, dans leur pays, d'une version anglaise des "actes uniformes" de l'Organisation pour l'harmonisation en Afrique du droit des affaires (OHADA), une association de 17 pays africains.

Ils refusent l'application du Code civil francophone dans les juridictions des régions du Sud-Ouest et du Nord-Ouest, qui sont anglophones.

Depuis mardi, les avocats sont absents des tribunaux de ces deux régions, ce qui perturbe le déroulement des procès, par exemple.

Jules, un habitant de Bamenda, une commune de la région du Nord-Ouest, a fait les frais de la grève des "robes noires".

"Je suis confus parce que mon avocat n'est pas là. C'est difficile de le joindre, j'ai essayé de l'appeler, mais je ne peux pas l'avoir au téléphone", s'inquiète-t-il.

Certains prévenus ont été jugés sans la présence de leurs avocats, et certaines audiences ont été reportées à une nouvelle date.

"C'est pénible ! Mon affaire est renvoyée, le procureur général dit qu'il y a grève des avocats", fait remarquer Sylvain, venu de Douala, la capitale économique du Cameroun, pour un procès.

"On veut nous imposer le droit francophone"

Me Harmony Bobga, le président de l'Association des avocats du Nord-Ouest, affirme que ses confrères ont tenté de nouer le dialogue avec les autorités camerounaises, pour éviter d'en arriver à cette grève.

"Nous avons tout fait pour engager le dialogue. Depuis le 15 mai 2015, nous réclamons la traduction en anglais des actes uniformes de l'OHADA", affirme-t-il.

Les avocats anglophones camerounais estiment que l'Etat veut leur imposer le droit civil en vigueur dans les régions francophones du Cameroun, à la place du code civil anglo-saxon, que les deux régions anglophones ont hérité de la colonisation.

"Nous avons grandi dans le système juridique du Common Law. Aujourd'hui, nous constatons qu'on veut nous imposer le droit civil francophone", soutient Me Enow Benjamin.

Dans une lettre adressée au président camerounais Paul Biya, les avocats anglophones exigent la création, par les autorités camerounaises, d'une commission ad hoc chargée d'étudier leur revendication et de la satisfaire.

Le président de l'Assemblée générale des avocats du Cameroun, Me Nico Halle, a été reçu par le ministre de la Justice, après que les "robes noires" ont entamé leur grève.

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