Cinéma : la passion "Kannywood" au Niger

Himadou Amadou, BBC Afrique, Niamey

"Sadauki", "Martaba", "Akasi" et d'autres films du cinéma de langue hausa font le plaisir des cinéphiles nigériens.
Image caption "Sadauki", "Martaba", "Akasi" et d'autres films du cinéma de langue hausa font le plaisir des cinéphiles nigériens.

De nombreux Nigériens ont un grand intérêt pour les films en langue hausa produits par "Kannywood", l'industrie cinématographique du nord du Nigeria voisin.

Ces films souvent tournés en hausa, une langue parlée par une partie des Nigériens, décrivent des faits sociaux, le vécu quotidien, les coutumes, les intrigues comme la polygamie.

Communément appelés aussi "Dandali Soyéyya", c'est-à-dire "l'espace des amoureux", ils sont rythmés par des chants et danses.

Au marché de Wadata, l'un des plus grands de Niamey, la capitale nigérienne, de nombreux amateurs, des femmes surtout, défilent dans des boutiques spécialisées dans la location, la distribution et la vente de ces films nigérians.

Ces films décrivent des pratiques et des faits sociaux en adéquation avec la religion musulmane, selon des amateurs rencontrés par le correspondant de BBC Afrique à Niamey.

Selon eux, contrairement aux séries et films européens, ils évitent de montrer des comportements contraires à l'islam, les habits indécents, les câlins ou les embrassades entre hommes et femmes.

A titre d'illustration, beaucoup d'amateurs de ces films se sont réjouis de la récente suspension d'une célèbre actrice, à qui il est reproché d'avoir fait un câlin à un homme dans une vidéo.

L'industrie cinématographique du nord du Nigeria a récemment défrayé la chronique, avec la sanction infligée à la Nigériane Rahama Sadau.

"Rahama Sadau est bien connue ici aussi, au Niger. Et je trouve son câlin déplacé, contraire à la culture musulmane. Je me réjouis de cette sanction", affirme un amateur.

Image caption Le secteur de l'audiovisuel nigérien consacre de nombreuses émissions à "Kannywood".

El Hadj Oumarou, un distributeur de films depuis 26 ans, s'approvisionne à Kano, une ville nigériane. "Le plus souvent, ce sont les cinéastes qui m'envoient les films. Je m'occupe de la vente et de la protection des œuvres par le biais du Bureau nigérien des droits d'auteur pour lutter contre les piratages et la diffusion sans autorisation par les télévisions de la place", dit-il à BBC Afrique.

Selon Amadou Akotey Kodjo, le directeur des programmes de la télévision privée Anfani, la production de "Kannywood" satisfait les besoins de nombreux Nigériens en matière de cinéma. "Nous entretenons un partenariat gagnant-gagnant avec les distributeurs. Ces films sont inspirés du théâtre populaire que le Niger pratique depuis longtemps."

De nombreuses émissions radiophoniques et télévisées sont consacrées à "Kannywood" par l'audiovisuel privé nigérien qui, faute de moyens financiers, se contente des films nigérians.

Grâce à ce succès, l'industrie cinématographique de langue hausa mène une rude concurrence à la production locale du Niger, qui est relégué au second plan.

La percée de "Kannywood" au Niger est d'autant plus facile que sa production est quelquefois acquise gratuitement. "La seule contrepartie exigée de nous, c'est la promotion ou la publicité des nouveautés", indique un agent commercial d'une chaîne de télévision à Niamey.

Selon lui, la diffusion d'un film nigérien peut coûter entre 300 000 et un million de francs CFA à une chaîne de télévision.

"Une réflexion est en train d'être menée dans le but de trouver les moyens de remédier à ce fléau", a dit la secrétaire générale du Centre national de la cinématographie du Niger, Akawala Nana, en faisant allusion à la domination du cinéma nigérien par "Kannywood".

"Mais, ajoute-t-elle, il manque de l'argent pour booster la production cinématographie locale."

"Kannywood" produit une moyenne de 600 films par an.

Sa filière de distribution n'étant pas bien organisée, il n'existe pas de statistiques sur son chiffre d'affaires au Niger.

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