Madagascar : Internet pour lutter contre les abus

Raïssa Ioussouf, BBC Afrique, Antananarivo

Le site Tsycookoly.org a été lancé pour soutenir la lutte contre la corruption, à travers des débats interactifs.
Image caption Le site Tsycookoly.org a été lancé pour soutenir la lutte contre la corruption, avec des débats interactifs.

A Madagascar, les technologies de l'information sont mises au service de la lutte contre les abus.

Avec la démocratisation de l'accès à Internet dans les grandes villes, les Malgaches utilisent de plus en plus les réseaux sociaux pour dénoncer diverses injustices.

Cette lutte contre les travers de la société est montée d'un cran avec la création de sites participatifs pour encourager les citoyens à rapporter les irrégularités.

La semaine dernière, la plateforme Board.mg a vu le jour, pour permettre aux citoyens de dénoncer l'insécurité, les abus et les actes d'incivisme.

Un autre site, Tsycookoly.org, qui tire son nom d'une expression en langue locale signifiant "pas de pot-de-vin", a été lancé pour soutenir la lutte contre la corruption.

Les promoteurs de ces sites incitent les internautes à diffuser des témoignages anonymes pour dénoncer les actes de corruption dont ils sont victimes ou témoins.

L'ONG Tolotsoa s'est lancée en 2014 dans cette entreprise pour libérer la parole et réunir assez de données pouvant aider à identifier les secteurs les plus touchés par la corruption, selon Nucia Randrianarison, la responsable chargée de sa communication.

Image caption Sur le site Board.mg, les Malgaches peuvent dénoncer la corruption, les infractions au code de la route ou "les violences envers les femmes".

"Actuellement, la gendarmerie occupe la première place en termes de pots-de-vin", affirme Mme Randrianarison, une corruption qui touche le concours d'entrée de ce corps de métier.

"A la gendarmerie comme dans d'autres secteurs, la corruption est aggravée par les lenteurs administratives, la non-application des lois et l'absence de procédures de contrôle des services publics", explique Nucia Randrianarison.

De nombreux Malgaches donnent un billet de banque pour ne pas payer une amende ou faire avancer rapidement le traitement d'un dossier administratif.

L'ONG Tolotsoa dénonce cette "culture incroyablement banalisée du pot-de-vin", une pratique qu'il faut éradiquer, selon ses responsables.

Le site Internet de Tsycoolkoly a compilé plus de 700 témoignages liés à des actes de corruption, qu'il a transmis en septembre au Bianco, le Bureau indépendant anti-corruption.

Cet organe financé en partie par l'Etat malgache a la compétence d'enquêter sur les dénonciations faites par les internautes et d'initier des poursuites judiciaires.

Les responsables de Tsycoolkoly espèrent que des réformes seront menées par les autorités malgaches, contre la corruption suite aux rapports compilés à partir du site.

Madagascar est le 123e pays le plus corrompu sur 168 au total classés en 2015, suivant l'indice de la corruption de l'ONG Transparency International.

La Grande Ile est restée à cette place depuis trois ans.

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