Des serviettes gratuites pour les écolières

Judith Basutama, BBC Afrique, Bujumbura

Une employée de l'ONG Sacode montre à la correspondante de BBC Afrique une serviette "agateka". Copyright de l’image Judith Basutama
Image caption Une employée de l'ONG Sacode montre à la correspondante de BBC Afrique une serviette "agateka".

Beaucoup de femmes et de filles au Burundi n'arrivent pas à se procurer des serviettes hygiéniques lors des périodes de menstrues, faute de moyens financiers. C'est souvent une raison pour des milliers d'élèves de ne pas aller à l'école.

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Pour répondre à cette préoccupation, une ONG locale a décidé de fabriquer et de distribuer gratuitement une serviette hygiénique lavable et réutilisable.

Les règles ou menstrues sont un sujet tabou au Burundi, comme tout ce qui est lié au sexe. Mais certaines élèves ont accepté de faire quelques confidences à BBC Afrique. C'est le cas de Louise (nom d'emprunt). A la sortie de ses cours, elle a fait part de ses désagréments en période de menstrues, car sa famille était incapable de lui offrir 1 500 francs burundais chaque mois, moins d'un dollar US, pour acheter des serviettes hygiéniques.

"Quelquefois, confie-t-elle, je ne trouvais pas d'argent pour les acheter, j'étais obligée de contracter une dette. Et quand je n'en trouvais pas, j'utilisais les petits morceaux de pagne. Et cela me causait beaucoup de difficultés. Quand je les portais, j'avais des taches sur les habits. J'étais obligée de toujours vérifier s'il n'y avait pas une tache, ça me gênait beaucoup. Parfois, je rentrais avant l'heure parce que je ne pouvais pas me changer à l'école."

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Image caption Les serviettes "agateka", confectionnées dans les ateliers de l'ONG Sacode, sont lavables et réutilisables.

Aziza, qui fréquente une école à Gatumba, à 13 km de Bujumbura, a, elle aussi, vécu ces difficultés. "A l'école, témoigne-t-elle, je ne pouvais même pas me lever et je restais assise en attendant que les autres rentrent. Si je n'avais pas une interrogation, je restais à la maison ou alors je rentrais à 10 heures. J'avais des irritations ou alors des boutons sur les cuisses."

Le manque de serviettes hygiéniques impacte la scolarité de ces filles, car elles sont obligées de s'absenter de l'école durant la période des menstrues. Epiphanie Mugoroka, enseignante à Gatumba, explique qu'en général, "il y a des absences, mais comme on n'a pas fait une enquête, on ne peut pas connaître le nombre exact de filles absentes". "Il y a des filles qui viennent dire qu'elles sont malades. Et si on leur demande des justifications, elles ne peuvent pas en trouver parce qu'elles n'ont pas été à l'hôpital et ne peuvent donc pas fournir un dossier médical."

Pour répondre à cette préoccupation, l'ONG Sacode a lancé en 2015 cette serviette lavable et réutilisable appelée "agateka", c'est-à-dire "dignité". Alain Joseph Hatungimana, chargé du suivi et de l'évaluation des initiatives de Sacode, dit comment cette organisation a pu identifier ce besoin des jeunes filles.

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Image caption Les ateliers de l'ONG Sacode, où sont fabriquées les serviettes hygiéniques.

"Dans nos projets, on utilise l'approche SMS : on envoie des SMS aux jeunes filles. Et à leur tour, elles donnent des réponses. C'est là qu'on a senti leur manque de matériel durant leur période menstruelle. Il y en a qui utilisaient de vieux pagnes, des papiers hygiéniques. D'autres osaient même utiliser des chaussettes pleines de sable", explique M. Hatungimana.

Dans les ateliers de Sacode, une vingtaine de jeunes filles fabriquent les serviettes hygiéniques lavables et réutilisables, que l'ONG distribue aux filles et femmes considérées comme vulnérables. La serviette "agateka" est faite de trois couches, un tissu de coton en contact avec le corps, un morceau d'essuie-main pour contenir le sang et, en dessous, un sachet en plastique.

Pour les bénéficiaires comme Aziza, la serviette "agateka" leur apporte le confort dont elles ont besoin pour poursuivre facilement leur scolarité. "Je suis maintenant contente, car je ne m'absente plus à l'école. Lorsque je l'utilise à l'école, je peux rentrer sans me préoccuper des taches sur les habits, je n'ai pas de problème pour marcher, et ça n'irrite pas non plus ma peau. Je l'utilise aussi longtemps que je veux."

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Image caption Des serviettes "agateka" prêtes à l'usage.

Mais au-delà du confort qu'apporte la serviette "agateka", l'organisation Sacode estime qu'elle a restauré la dignité des femmes. Selon Alain Joseph Hatungimana, il y a un "changement remarquable au niveau psychologique, mais aussi au niveau de l'hygiène". "La plupart de celles qui ont déjà eu à porter les serviettes témoignent qu'elles vont maintenant à l'école, participent aux activités sportives, avec plus de dignité", affirme-t-il.

Avec le soutien du Fonds des Nations unies pour la population (FNUAP) et des partenaires locaux, l'ONG Sacode fabrique 900 serviettes "agateka" par jour. Plus de 10 000 jeunes filles et femmes ont reçu gratuitement un kit constitué de cinq serviettes qu'elles peuvent utiliser pendant trois ans.

Au Burundi, le nombre de femmes et de filles qui n'ont pas accès aux serviettes hygiéniques n'est pas connu. Beaucoup de familles pauvres ne peuvent pas consacrer chaque mois 1 500 francs burundais à l'achat d'un paquet de serviettes.

Le rêve de Sacode est de pouvoir glisser dans le cartable de chaque adolescente burundaise un kit de serviettes hygiéniques "agateka". Car, cet outil est aussi nécessaire que les stylos et les cahiers, selon les responsables de cette ONG.

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