A la découverte de Sikasso, la ville carrefour

Sikasso, la troisième capitale régionale du Mali, est une ville carrefour de par sa proximité avec le Burkina et la Côte d'ivoire. Environs 100 km séparent la ville des frontières des deux pays. Cette situation se traduit par de nombreuses influences sur la vie à Sikasso.

Alou Diawara

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Image caption La ville de Sikasso est un passage obligé quand on quitte Bamako la capitale pour se rendre en Côte d'ivoire ou au Burkina.

La ville de Sikasso est un passage obligé quand on quitte Bamako la capitale pour se rendre en Côte d'ivoire ou au Burkina.

La localité est donc une ville carrefour par où transite un flux important de ressortissant de ces pays.

Et ce n'est pas les hôteliers qui diront le contraire.

''Les étrangers sont plus nombreux que les Maliens que nous recevons. La plus part c'est de Burkinabè et des Ivoiriens. Ici la Côte d'ivoire c'est environs 100 à 104 km, le Burkina aussi la frontière c'est 100 km. Mais de Sikasso jusqu'à la grande ville Bobo-Dioulasso c'est 180 km'', indique un gérant d'un hôtel.

La gare routière de Sikasso est un vaste domaine occupé par différentes sociétés de transport desservant le reste du Mali, mais surtout le Burkina et la Côte d'Ivoire.

Diallo Transport est l'une des nombreuses compagnies dont au moins 3 cars vont chaque jour au Burkina et en Côte d'Ivoire.

''Les Burkinabè voyagent mieux que les Ivoirien. Ils font le transit Sikasso-Bamako, Bamako-Sikasso-Bobo-Ouaga, Ouaga-Bobo-Bamako. L'affluence est grande par rapport à la ligne Côte d'Ivoire. On n'a pas de chiffres précis, mais sur 100 passagers ont peut avoir 75 Burkinabès'', indique le Guichetier Ibrahim Diallo.

Et Ibrahim d'ajouter que la plupart des Burkinabès qui transitent par ici, vont dans les zones d'orpaillage de la région de Sikasso.

Influences culturelles et économiques

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Image caption Dans le grand marché de Sikasso, des boutiques spécialisées proposent des articles venus de l'autre côté des frontières.

Même si dans cette compagnie on enregistre plus de passagers du Burkina, la destination ivoirienne semble tout aussi dynamique et l'influence de la Cote d'Ivoire sur la vie des Sikassois toute aussi tangible.

Nous avons rencontré Seydou Traoré au sortir d'un petit restaurant où il est venu prendre de l'atiéké, plat typiquement ivoirien.

L'histoire de Seydou est liée à la Côte d'ivoire, et il est surnommé ici "ivoirien".

''Je suis Malien mais j'étais parti en Côte d'Ivoire. J'ai vécu là-bas pendant longtemps. C'est pourquoi on m'appelle Ivoirien. Quand j'étais là-bas j'étais en tranquillité. Donc je me sens vraiment bien quand on m'appelle Ivoirien''

Salif Diakité a un profil semblable, à la seule différence qu'il a les deux nationalités et qu'il a de la famille dans les deux pays. Salif est Taximan

''J'ai fait apprentissage en Côte d'Ivoire. J'ai conduit là-bas. C'est avec la crise ivoirienne que je suis venu ici. Là-bas c'était bon hein. Je suis en contact avec des camardes en Côte d'ivoire qui me disent de revenir. Mais j'ai beaucoup d'enfants ici et leur maman est décédée. Donc je ne peux plus partir là-bas'', soutient-il.

L'influence de ces pays voisins se ressent également sur le plan culturel et économique.

Dans le grand marché de Sikasso, des boutiques spécialisées proposent des articles venus de l'autre côté des frontières.

C'est le cas chez Moussa Keita, vendeur de tissu.

Il a commencé à introduire dans son magasin des tissus Burkinabès, il y a quelques années. Cela marche plutôt bien.

''Il y a d'autre qualités. Ça c'est pagne tissé. Il y aussi le Faso Danfani. Tout ça vient du Burkina. Les prix : le premier coûte 7500 et l'autre 6500. C'est plus cher que les tissus du Mali qui coûte 5500 F. Malgré cette différence de prix les gens paient les tissus du Burkina'', affirme-t-il.

Proximité géographique

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Image caption Les Sikassois sont attachés au Burkina et à la Côte d'ivoire.

Les Sikassois sont attachés au Burkina et à la Côte d'ivoire. Cela apparait dans leur vie de tous les jours que ce soit dans l'art culinaire ou vestimentaire. Ce rapprochement culturel, conséquence de la proximité géographique, fait des Sikassois les plus Burkinabès et les plus Ivoiriens des Maliens.

''Que ça soit la Côte d'Ivoire ou le Burkina, la région de Sikasso je pense qu'on a tous la même culture. En général le reste du Mali à l'habitude de traiter les Sikassois d'Ivoirien. C'est ainsi', indique un Sikassois.

La région de Sikasso dans le sud du Mali est un maillon essentiel de l'économie malienne.

Il pleut plus que partout dans le pays.

Cela donne à la région un fort potentiel agro-sylvo-pastoral avec des produits comme les fruits et légumes qui sont acheminés vers le reste du Mali et même la sous-région. Mais les difficultés ne manquent pas.

Le marché de Médine à Sikasso.

Plus qu'un quart d'heure avant le coucher du soleil, mais acheteurs et vendeurs négocie en masse au tour de camion de fruits et légumes garés ça et là.

De la pommes de terres aux choux en passent par, l'oignon, et les agrumes tout est là et à un prix abordables plus partout au Mali. Adama Bakayoko est un grossiste qui se ravitaille en piments dans les villages environnants puis transite par Sikasso pour aller vendre son produit.

Il fait de bonnes affaires

''On le transporte à Gao, Kidal, Tombouctou, Burkina. Au Sénégal on peut vendre le kilo à 4000 ou 4500 F alors que le kilo se vend ici à 1150F. Il y a des moments où c'est vendu 2000 ou 2500 le kilo toujours au Sénégal'', témoigne-t-il.

Grenier du Mali

Sikasso, région la plus humide et la plus arrosée du pays, est considéré comme étant le grenier du Mali.

Samantigui Doumbia, qui est professeur de comptabilité dans un lycée, a mené des études statistiques et économiques pour les organisations paysannes de Sikasso.

Il nous donne quelques chiffres.

''La production totale de coton est 370319 tonnes de coton soit 2/3 de la production nationale, 205 tonnes de mangues, 70 000 tonnes de pommes de terre, 736 296 tonnes de céréales, 1 513 500 bovins, 536 974 ovins, 498 239 caprins'', détaille-t-il.

A titre de comparaison, la production nationale de mangue est de 500 0000 tonnes.

Pour la pomme de terre, la production de la région de Koulikoro ne vaut pas le tiers de celle de Sikasso selon des chiffres officiels.

Certes les atouts naturels favorisent leur épanouissement, mais des difficultés se dressent sur le chemin des paysans et autres commerçants de produits agricoles de Sikasso

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