Dégradation du niveau de vie en Egypte

Media playback is unsupported on your device
Dégradation du niveau de vie en Egypte

En Egypte, le 25 janvier est férié en l'honneur de la police. Mais depuis la révolution de 2011, on célèbre surtout le premier jour des manifestations qui ont causé la chute de l'ancien président Hosni Moubarak.

Mais que reste-t-il des espoirs suscités par la révolution, 6 ans après? Après avoir chassé l'ancien président islamiste, l'ancien maréchal, Abdel Fattah al Sissi a été élu en promettant le retour de la stabilité. Une reprise en main qui se traduit, selon les organisations internationales de défense des Droits de l'Homme, par une répression sans précédent.

Depuis quelques mois, la colère monte en Egypte non pas contre le durcissement du régime, mais contre la brutale dégradation de l'économie dans un pays où 1/3 de la population vit en dessous du seuil de pauvreté.

Copyright de l’image AFP
Image caption Les prix ont explosé, de 25% rien qu'en décembre, selon la banque centrale égyptienne. Toutes les classes sont touchées.

Les prix ont explosé, de 25% rien qu'en décembre, selon la banque centrale égyptienne. Toutes les classes sont touchées.

Dans un marché populaire, à une dizaine de minutes de la place Tahrir, Zenhom suspend une carcasse de boeuf aux crochets de sa boucherie. Il attend les clients qui se font de plus en plus rares. Et pour cause : en seulement 3 mois, les prix de la viande ont doublé. Il annonce que "le bœuf c'est 6 euros le kilos (125 EGP). Les gens vont oublier à quoi ressemble la viande ! C'est de pire en pire".

Copyright de l’image BBC Sport
Image caption Dans la boulangerie du souq dit du lundi, une ivre égyptienne ne permette d'acheter que trois pains

Deux décisions majeures sont à l'origine de cette inflation.

D'abord, le gouvernement vient de réduire les subventions du fioul. Résultat : le coût du carburant a grimpé de 50% et avec lui le prix de tous les transports routiers.

A cette mesure d'austérité, s'est ajouté l'effondrement de la livre égyptienne.

En novembre dernier la banque centrale a laissé flotter la monnaie nationale.Du jour au lendemain la livre a perdu la moitié de sa valeur face au dollar.

Aujourd'hui avec une livre, on ne peut s'acheter que 3 pains contre 5 à l'automne dernier.

Si les prix explosent à ce point aujourd'hui c'est aussi à cause des politiques des années 80 qui ont favorisé les importations pour satisfaire la classe moyenne.

Le problème c'est qu'aujourd'hui l'Egypte n'a plus les moyens d'importer autant résume l'économiste Amr Adly.

Copyright de l’image Ariane Lavrilleux
Image caption Marché populaire du Caire

"Les importations sont presque 3 fois supérieures aux exportations. L'économie égyptienne s'en sortait en créant de la richesse grâce au Canal de Suez, grâce au tourisme. Ça permettait de générer des dollars qui étaient ensuite utilisés pour financer les importations. Mais ces revenus se sont effondrés à cause de la crise mondiale et du terrorisme qui a frappé le secteur touristique… donc on a déficit. C'est pour ça que le gouvernement essaye de limiter les importations et d'augmenter ses recettes en taxant les consommateurs. Ce qui est sûr c'est que la classe moyenne va s'appauvrir. Ça va être le principal défi politique et social des années à venir".

Cette restriction brutale des importations a eu une conséquence dramatique dans les pharmacies où 90% des molécules et médicaments viennent de l'étranger.

A Nasr City, une banlieue aisée du Caire, les tiroirs du Dr Roshan Omar sont presque vides.

Copyright de l’image Ariane Lavrilleux
Image caption Zehom, un boucher

" Il nous manque beaucoup de médicaments contre le diabète. D'habitude je vends chaque mois 100 boites contre le diabète. Maintenant le fabriquant me dit on ne livre que 3 boites à chaque pharmacie ! Il y a un type d'aspirine qui n'est pas en rupture de stock mais des employés du fabriquant nous ont dit que s'il en vendait il perdrait 4 livres par boite. Donc le fabricant attend que les prix augmentent pour nous en livrer".

Pour éviter que les pharmacies ne soient plus du tout approvisionnées, le gouvernement va augmenter les prix de 3000 médicaments.

Cette nouvelle inflation est dénoncée par le parti Pain et liberté, qui vient de lancer la campagne "Nous voulons vivre.".

Un des initiateurs, Akram Youssef, veut fédérer tous les mouvements sociaux contre l'austérité.

Face à ces colères qui s'organisent… le régime militaire répond « patience ». Mohammed Farid est en charge du comité économique pour le parti des Egyptiens libres… le principal soutien politique du président.

"On devons être courageux, et comprendre la nécessité de ces réformes. Et dans probablement six mois les prix vont décliner et se stabiliser. La classe moyenne va s'adapter. Je sais que c'est rude mais c'est temporaire".

En attendant la baisse des prix, le gouvernement prend très au sérieux les grèves et manifestations…Plus de 1700 ont éclaté l'année dernière, selon le centre égyptien pour les droits économiques et sociaux, et de nombreux grévistes ont été envoyés en prison.

Ariane Lavrilleux,

Le Caire, BBC Afrique

Sur le même sujet