Immigration : Trump "brise des rêves"

La décision de M. Trump de suspendre pendant 90 jours les entrées de ressortissants de ces pays en territoire américain semble avoir déjà brisé les rêves de nombreux migrants.

Image caption La Somalienne Fauzia Mohamud avait refusé de se marier, pour ne pas compromettre ses chances d'avoir la "Green Card" et d'entrer aux Etats-Unis...

Fauzia Mohamud, une réfugiée somalienne âgée de 30 ans, a dit à la BBC qu'elle avait entamé des démarches depuis trois ans, dans le but de rejoindre les Etats-Unis.

"Cette interdiction a brisé tous nos espoirs, elle a changé nos vies. Nous sommes tellement inquiets que nous ne mangeons même pas. Nous ne savons pas quoi faire. Nous sommes une grande famille constituée essentiellement de femmes", s'inquiète la réfugiée âgée de 30 ans.

Une partie de sa famille vit à Nairobi, une autre dans le camp de réfugiés de Dadaab, au Kenya, près de la frontière avec la Somalie.

Les services consulaires des Etats-Unis avaient pourtant accepté la demande de réinstallation de certains membres de la famille Mohamud.

"Je me préparais à me réinstaller dans les prochains mois aux Etats-Unis. (…) Je ne pense pas pouvoir retourner en Somalie parce qu'il n'y a pas de sécurité là-bas. Je crains pour ma vie, je serai la cible des terroristes", se désole la jeune femme.

Naveen (un nom d'emprunt), une Irakienne transsexuelle, rêvait, comme Fauzia Mohamud, de s'installer aux Etats-Unis avec un statut de réfugié. "Mes rêves ont été brisés depuis que j'ai entendu dire que le président Trump a signé une ordonnance pour limiter l'immigration. Je caressai l'espoir de vivre (…) dans un pays où j'aurais des droits. Mes parents veulent me tuer, j'ai peur qu'ils sachent où je suis maintenant."

Fuad Suleman, un ressortissant irakien, a obtenu un visa pour les Etats-Unis, où il voulait se rendre avec sa famille.

Mais Fuad les siens ont été refoulés au moment d'embarquer dans un vol de correspondance du Caire. "J'ai préparé ce voyage pendant deux ans, j'ai vendu ma maison et mes affaires. La chose la plus ennuyeuse (…) c'est que mes enfants ont dû quitter l'école, donc pendant un an ils ne pourront pas aller à l'école. Je ne sais pas quoi dire ...", s'alarme-t-il.

Fuad Suleman a dit à la BBC que l'annulation de son autorisation d'entrer aux Etats-Unis relève de l'"autocratie" et lui rappelle la dictature en Irak, sous la présidence de Saddam Hussein.

Image caption Fauzia Mohamud a eu la désagréable surprise d'apprendre que Donald Trump a déclaré les Somaliens indésirables aux Etats-Unis.

Fatuma Hassan est une réfugiée âgée de 18 ans. Elle est née dans le camp de Dadaab, l'un des plus importants centres d'accueil de réfugiés dans le monde, ouvert dans les années 90 pour loger les Somaliens fuyant la guerre civile.

Elle a vécu au Kenya toute sa vie durant et espérait regagner les Etats-Unis dans les mois à venir.

"Je suis (…) inquiète de la décision de Donald Trump de ne pas recevoir les réfugiés. (…) Notre famille attendait d'être (…) envoyée en Amérique. Maintenant, on nous dit que les Etats-Unis n'acceptent plus les réfugiés somaliens. (…) Nous avons le cœur brisé", s'indigne Fatuma Hassan.

Elle espérait retrouver au pays de l'Oncle Sam "une bonne éducation et un meilleur avenir". "Notre seul espoir est de persévérer parce que nous sommes des musulmans", dit-elle en guise de consolation, ajoutant : "Nous avons le cœur brisé."

Une détentrice de la "Green Card", la carte autorisant le séjour aux Etats-Unis, se désole que sa mère âgée de 69 ans ne puisse la rejoindre en terre américaine à cause de la décision annoncée par Donald Trump.

"Maintenant, notre plan de regroupement familial est incertain. Ma famille a peur de ne pas pouvoir se réunir", confie à la BBC, sous couvert de l'anonymat, cette ingénieure de 33 ans vivant aux Etats-Unis depuis plus de 10 ans.

"C'est un pays qui s'éloigne de ses valeurs. Je ne pense pas que ce soit américain. Je ne pense pas que ce soit humain", réagit-elle à la décision du nouveau président des Etats-Unis.

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Image caption La décision de Donald Trump de suspendre les entrées de ressortissants de sept pays musulmans est contestée aux Etats-Unis.

De nombreux Iraniens sont également affectés par cette mesure.

"J'ai fait annuler mon billet d'avion, dimanche. J'ai été informé que la compagnie aérienne Etihad ne laisserait pas les détenteurs de passeport iraniens embarquer dans l'avion", s'est lamenté Maziar.

Il assimile la nouvelle politique migratoire américaine comme une "vengeance contre le peuple d'Iran".

"Je suis un réfugié vivant en Turquie. Après 27 mois d'attente, mon vol était prévu pour le 1er février, j'ai remis les clés de mon appartement loué et j'ai quitté mon emploi. Sans espoir", déclare Vahid, affecté par la mesure de Donal Trump.

Une famille syrienne a dit à la BBC que la "nouvelle vie" dont elle a tant rêvé s'éloigne maintenant. Elle affirme avoir dépensé ses économies pour obtenir des billets d'avion, mais a été sommée de ne pas quitter Beyrouth, d'où elle devait partir pour la Philadelphie.

Georgette Abu Assali, en larmes, a été empêchée de se rendre aux Etats-Unis, un pays dont elle a "beaucoup entendu parler de la liberté, du droit, de la démocratie et des choses belles".

"Ils ne nous ont même pas permis de contacter quelqu'un à l'aéroport, ni mon oncle, ni un avocat", s'est désolé son fils Matthew.

Le Syrien Abdelhakim Kiwan est un père de cinq enfants vivant en Jordanie en tant que réfugié. Il a rempli le formulaire de demande d'entrée aux Etats-Unis il y a deux ans. Sa femme, une ingénieure, a fait de même.

"Nous voulions aller aux Etats-Unis pour vivre en paix et en sécurité, je suis pharmacien et je veux utiliser mon diplôme dans n'importe quel pays où je vis. (…) Pourquoi je veux aller aux Etats-Unis ? Je veux (…) que mes enfants trouvent du travail. (…) Ici en Jordanie, nous souffrons parce que mes enfants ne peuvent pas obtenir une bonne éducation. C'est très cher et je n'en ai pas les moyens", se confie Abdelhakim Kiwan à la BBC.

"Le président Trump ne voit pas nos souffrances. Il ne sait pas ce qui nous est arrivé en Syrie et en dehors de la Syrie. Pensez-vous que nous avons choisi d'être des réfugiés ?" commente Um Ahmad Kiwan, l'épouse d'Abdelhakim.

Donald Trump accuse les médias de désinformation de l'opinion, dans l'annonce de sa décision.

Selon lui, les journalistes ont présenté les nouvelles règles prévues par son administration en matière d'immigration comme étant des mesures dirigées contre les musulmans.

Des démocrates membres du Congrès américain et certains pays alliés des Etats-Unis ont dénoncé lundi la mesure annoncée par Donald Trump à l'encontre de sept pays musulmans.

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