Fake news: Comment les médias Africains abordent le problème ?

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Image caption Cette fausse information a été publié dans les colonnes du journal satirique Crazy Monday

Nous vivons une époque où les reportages basés sur des faits sont de plus en plus noyés par des vagues d'intox ou 'Fake News' comme l'a souvent répété Donald Trump, président des Etats-Unis. Mais qu'en est-il des médias en Afrique ?

"ATTENTION : Ne tombez pas dans le piège des fausses informations !"

Ce message s'affiche lorsque vous atterrissez sur la page d'Eyewitness News (EWN), site d'information en Afrique du Sud.

Cette fenêtre pop-up appelle ses lecteurs à la vigilance quant aux informations qu'ils lisent.

Le message informe les lecteurs qu'EWN s'engage à fournir des informations précises, vérifiées et équilibrées.

Il invite à cliquer sur un lien donnant des conseils sur la façon de repérer les fausses nouvelles, avec une liste de sites Web qu'il a identifiés comme fournisseurs de fausses informations en Afrique du Sud.

La publication invite également ses lecteurs à leur faire part de liens délivrant des informations douteuses, ou dont ils sont incertains.

La tentative de l'EWN de lutter contre la diffusion de fausses informations est probablement la première sur le continent.

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Image caption Les conseils d'EWN pour repérer les fake news sont les premiers prodigués par un médias en Afrique.

Katy Katopodis, rédactrice en chef de l'EWN, a déclaré à la BBC que cette publication avait pour but de protéger l'intégrité du journalisme en éduquant son public.

« Nous devons être proactifs et vigilants afin de reconnaître les dangers des intox et d'offrir à nos lecteurs des conseils sur la façon de repérer ces sites et articles», dit-elle.

"Chez Eyewitness News, nous pensons que nous devons contrer ces mensonges et ces intox avec de la vérification, un croisement des sources, autrement dit, le fact-checking.

"Nous avons tous la responsabilité de diffuser des informations, basées sur des faits vérifiés."

Un guide des intox de l'EWN a été mis en place le mois dernier, lorsque le Congrès national africain (ANC) a été accusé de créer et diffuser de fausses informations pour discréditer ses opposants avant les élections locales de l'an dernier.

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Image caption La "salle de guerre" de l'ANC est accusé d'avoir imprimé des poster narguant le leader de l'EFF Julius Malema

Une équipe de journalistes d'investigation, AmaBhungane a révélé qu'une opération secrète appelée « la salle de guerre », avait pour but de « déstabiliser l'Economic Freedom Fighters » et ses partis affiliés en utilisant les médias numériques et l'influence des réseaux sociaux.

L'ANC a nié les accusations en bloc. Un responsable accusé d'être impliqué dans cette opération de dé-crédibilisation a qualifié ces informations de « fake news ».

Ces « fake news », expression largement utilisés durant la campagne pour la présidentielle des Etats-Unis l'an dernier fausses, ont trouvé dans les réseaux sociaux un terrain de propagation particulièrement efficace.

'Le Pape offre son soutien à Trump'

Une analyse publiée par BuzzFeed après les élections américaines a révélé que les intox liées à la campagne présidentielle ont largement été relayées.

Les cinq articles de fausses informations les plus partagés selon cette étude, concernent des articles relayant des soutiens à Donald Trump, qui s'avèrent faux, comme celle du soutien du Pape au candidat Républicain d'alors.

"Le Pape Francois surprend le monde entier en soutenant Donald Trump pour la présidence des Etats-Unis" titrait l'article.

Les autres articles rapportaient des théories conspirationnistes au sujet de son adversaire Hillary Clinton. Des conspirations qui, selon plusieurs spécialistes, auraient participé au travail de sapes de la campagne de la candidate démocrate.

La création et la diffusion d'articles de désinformation n'est pas un phénomène nouveau. Ce qui est nouveau, c'est l'encouragement fait autour de la diffusion de ce genre d'article.

Les plateformes telles que Facebook et Google ont élaboré des systèmes faisant en sorte de remonter les liens ayant le plus de clics.

En Afrique, plusieurs articles ont réussi à tromper beaucoup de lecteurs et ont ainsi obtenus beaucoup de clics. Voici quelques exemples de titres:

  • Les Erythréens condamnés à épouser deux épouses sous peine de prison
  • Le Royaume-Uni annonce l'entrée sans conditions du Nigeria et à d'autres pays africains au sein Commonwealth
  • Selon Trump, "les Africains sont des paresseux fous, bons qu'à se nourrir, à faire l'amour et à se bagarrer"
  • Robert Mugabe dit que les Zimbabwéens sont des "gens honnêtes", mais que "le vol est dans le sang de tous les Kenyans".

Cette course aux clics - ou clickbait - a vu certains éditeurs de site profiter de l'intérêt généré autour de ces intox.

Récemment, Game Yetu, site d'informations sportives au Kenya, détenu par l'éditeur The Standard, a dénoncé le cas de Mzansi Live, un faux site de nouvelles en Afrique du Sud qui rapportait une information selon laquelle le Zimbabwe avait envoyé ses footballeuses au Brésil pour qu'elles «s'imprègnent » des légendes du football, sur place.

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Image caption Un article tiré d'un site uinternet de 'Fake news' en Afrique du Sud.

Game Yetu a essayé de garder une certaine distance vis-à-vis de cette information en classant cet article dans la section des rumeurs.

Bien qu'il n'y ait rien de mal à vouloir modeler son contenu pour attirer les lecteurs et leur faire lire nos articles sur nos sites, mais survendre des histoires en utilisant des titres trompeurs met la crédibilité des journaux en péril.

Entre les sources traditionnelles qui voient leur recette diminuer et les contenus viraux qui apportent de l'argent, les entreprises médiatiques à but lucratif sont prises en étau.

Avertissement autour des publicités porno

L'édition sud-africaine de Huffington Post s'est penchée sur la question.

La rédaction a récemment publié un guide pratique pour repérer les fausses nouvelles comprenant ce conseil important: «Les maisons de médias réputés ont des publicités crédibles sur leurs pages.

Les sites de fake news ou complotistes ont souvent des publicités à caractère pornographique. Cela devrait attirer votre attention. »

Cependant, en dessous de l'article, on retrouvait des articles publicitaires vantant de fausses informations, dont une, sur le président américain Donald Trump disant du président de l'Afrique du Sud Jacob Zuma qu'il était «le meilleur [président] du monde».

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Image caption Des publicités pour des 'fake news' apparaissent sous un article articles donnant des conseils pour savoir les reconnaitre.

Ces annonces sont diffusées par Taboola, l'un des plus grands sites de recommandation de contenu, qui a signé des accords lucratifs avec des organes de presse partout dans le mon

Adam Singolda, fondateur et PDG de Taboola, a déclaré que le contenu qu'il diffuse est passé en revue et qu'il dispose également d'un programme qui permet aux utilisateurs de signaler du contenu "trompeur, faux, voire nuisible ".

Mme Katopodis affirme qu'à l'ère des 'fake news' et des faits alternatifs, le rôle des journalistes en tant que gardiens de la vérification des faits devient plus important que jamais.

Même si les médias et les organisations comme Africa Check continuent d'analyser le contenu des informations et de déterminer leur véracité, les analystes des médias estiment qu'il incombe aussi aux géants de la technologie comme Facebook et Google, de cesser de diffuser des fausses actualités sous couvert de rentabilités.de.

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