Bénin: des chenilles menacent le maïs

Ces larves de papillon mesurent environ 3 cm de long Copyright de l’image BBC/Bob Quenum
Image caption Ces larves de papillon mesurent environ 3 cm de long

Une espèce de chenilles sévit actuellement dans les zones de culture de maïs hors saison dans le sud-est du Bénin. Plus de 40.000 ha sont deja touchées. Une riposte nationale est organisée pour bloquer sa progression. Les paysans sont inquiets.

Nous sommes dans un champ de maïs à Bonou, une commune du département de l'Ouémé dans le Sud-est du Bénin. Les jeunes pousses de moins de 40 cm ont des feuillages majoritairement percées ou déchirées. Barthélémy Allah le propriétaire des lieux s'empresse de nous montrer quelque chose.

« Voilà la chenille ! La voilà ! Voilà les dégâts qu'elle cause. Elle a mangé tout le maïs. On a subi l'invasion à peine 15 jours après les semis. Sans ces chenilles, vous auriez vu de très jolies plantes », explique M. Allah.

Ces larves de papillon mesurent environ 3 cm de long. De couleur marron à jaune ou verte, elles portent des lignes parallèles brunes du bout de l'abdomen à la tête

A quelques dizaines de mètres plus loin, nous apercevons une autre plantation où les dégâts sont moins visibles. D'habitude les champs de maïs, dans cette région, ne sont pas traités aux pesticides mais Albert Gnansounou a dû en utiliser abondamment pour faire face l'insecte ennemi.

Image caption Depuis que le maïs était tout petit, il a été infesté par les chenilles et nous avons commencé à pulvériser le champ

Depuis que le maïs était tout petit, il a été infesté par les chenilles et nous avons commencé à pulvériser le champ. A ce jour, nous avons fait dix traitements mais les résultats ne sont pas concluants. Ailleurs, face à l'abondance des chenilles nous avons du abandonner les champs.

Selon des chercheurs, la chenille qui s'attaque aux champs de maïs dans la vallée de l'Ouémé est une espèce exogène, déjà observée, il a quelques mois, au Centre et dans le Nord Bénin.

"La chenille légionnaire du genre Spodoperta frugiperda, c'est une nouvelle chenille qui est apparue au Bénin l'année passée. Les premières apparitions ont été observées au niveau du département de l'Atlantique où l'IITA, l'Institut International d'Agriculture Tropicale a fait des observations et nous a rapporté. Quelques mois plus tard, ce même ravageur a été signalé au niveau du département du Zou, précisément a Djidja où il a fait assez de ravages. Courant Mai, il a été signalé à Djidja et déjà en Juillet, il a été signalé au niveau des départements du Nord où le ministère de l'agriculture a entrepris des actions de riposte pour pouvoir aider les producteurs à sauver leurs productions de maïs le phénomène n'existait pas au niveau de la vallée de l'Ouémé, mais subitement vers la fin de l'année 2016, précisément en décembre 2016, les producteurs ont relevé cette information où ce ravageur sévit à Adjohoun, et Dangbo. Actuellement, il est présent dans les 4 communes de la vallée", Roland Justin Zoglobossou, Directeur de la protection végétale.

La superficie infestée au Bénin par la chenille légionnaire est estimée à près de 40.900 hectares de maïs. La prochaine saison de culture de maïs à grande échelle démarre en avril et une action urgente s'impose. Pour éviter une catastrophe, l'Etat béninois organise la riposte. Noël Kpoahoun, chef du service de protection des végétaux du Bénin.

Image caption La superficie infestée au Bénin par la chenille légionnaire est estimée à près de 40.900 hectares de maïs

Etant donné qu'il s'agit d'un fléau, la méthode de lutte qu'il faut adopter tout de suite, c'est la lutte chimique en attendant de voir quelle autre forme de lutte adopter. L'Etat a mis à la disposition du service de protection des végétaux, une quantité de d'insecticides avec laquelle nous intervenons actuellement. Là il s'agit d'une intervention qui nécessite de la mobilisation communautaire. Donc les techniciens sont formés par le service de protection des végétaux qui à leurs tours ont formé les producteurs pour mener la lutte.

Bienvenue Allamou est le responsable du groupement Adodémè, une association de producteurs agricoles de la commune de Bonou. Il appelle à plus de sensibilisation et d'implication des paysans.

"A ce jour, on ne connait pas le produit qui peut éliminer les chenilles. Que les chercheurs nous informent et qu'ils mettent ces produits à notre disposition pour que les producteurs puissent s'en servir en cas d'alerte", indique-t-il.

La menace est sans frontière et une action régionale nécessaire.

"Dans la sous-région de l'Afrique de l'Ouest, il y a le Togo, le Ghana, le Nigeria et le Bénin qui sont concernés par ce problème. Alors, il y a lieu de voir comment faire au niveau sous-régional pour aborder une lutte concertée parce que si le problème est réglé dans un pays et qu'il ne l'est pas dans l'autre, c'est sûr qu'il y aura résurgence dans ce pays. Le papillon ayant la faculté de voler, de faire des centaines de kilomètres, le mal peur revenir dans ce pays", Roland Justin Zoglobossou, Directeur de la protection végétale du Bénin.

La chenille légionnaire est redoutable pour sa grande résistance aux pesticides, son extrême fertilité et surtout sa forte mobilité.

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