Deux jeunes veulent sauver les 1800 femmes qui meurent chaque année en accouchant au Sénégal

Rémy Nsabimana

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Image caption Mamadou Sall (à gauche) et Amath Sow sont tous deux diplômés de l'Université Gaston-Berger à Saint-Louis au Sénégal

Mamadou Sall et Amath Sow testent actuellement leur solution à Thiès, à 70 km à l'Est de Dakar. Ils sont persuadés que leur application peut participer à réduire le taux de mortalité maternelle et infantile dans leur pays

"Karangué" (qui signifie "sécurité" en Wolof) est une application de rappel de dates de vaccination pour bébés et enfants à bas âge. Elle aide également les mères à gérer leur calendrier de visites pré et post-natales. L'idée peut paraître banale. Elle contribue pourtant à résoudre l'une des plus grandes causes de mortalité maternelle et infantile au Sénégal. Chaque année, près de 2 000 femmes meurent en donnant la vie (soit une moyenne de 5 femmes par jour). L'une des principales causes de décès : le non-respect des rendez-vous médicaux. Souvent par oubli, négligence ou analphabétisme.

C'est dans cet environnement que grandiront les deux jeunes sénégalais, obsédés par l'idée de trouver un jour une solution au problème.

"Nous avons créé un système d'alerte automatique par sms ou par messages vocaux qui rappelle aux mamans leurs rendez-vous de vaccination et leurs visites médicales", explique Mamadou Sall, cofondateur de Karangué.

Comment ça marche?

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Image caption Une mère fait vacciner son enfant à Thiès. La maman reçoit au moins deux messages par semaine contenant les dates de rendez-vous pour la vaccination ou la visite médicale

L'application fonctionne avec le système USSD, accessible sans connexion internet. Une fonctionnalité qui règle, du coup, le problème lié à la connectivité de certaines zones éloignées. Soutenus par l'Etat sénégalais et des partenaires tels que la Sonatel (Société nationale des Télécommunications), les deux jeunes entrepreneurs ont entamé la phase pilote dans 21 postes de santé de la ville de Thiès. Sur le terrain, ils travaillent en collaboration avec le personnel de santé local.

"Nous notons la date de naissance de l'enfant et le numéro de téléphone de la maman. Ensuite, nous dressons un calendrier de vaccination des rendez-vous pré et post-natales. Nous nous basons essentiellement sur l'âge de la grossesse", confie Halimatou Biteye, sage-femme et chef du poste de santé de Sampathé à Thiès.

Un travail d'équipe

La chaine ne doit pas être rompue. Chacun joue sa partition. De l'infirmière (qui enregistre les patientes et assure le suivi) à l'opérateur de téléphonie mobile (qui gère la transmission des messages et le système d'alertes). Mamadou et Amath coordonnent le travail.

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Image caption Karangué travaille en collaboration avec la Sonatel. Ici, en séance de travail avec l'équipe de la Société sénégalaise des Télécommunications

"On met à disposition des centres de santé, des tablettes avec l'application Karangué. La sage-femme ou l'infirmière enregistre la maman qui vient d'accoucher pour le rappel des rendez-vous des visites post-natales et les rendez-vous de vaccination de son enfant. Pareil pour une femme qui est en état de grossesse qui peut être enregistrée au niveau de la structure de santé pour le rappel de ses visites pré-natales", insiste Mamadou Sall.

Wolof, serere, pullar...

Le rappel et les messages vocaux se font en langues locales (wolof, serere, pullar, diola, etc) et en français. Des icônes du pays, telles que Youssou Ndour, Baaba Maal, El Hadji Ndiaye ont accepté de prêter leur voix.

Une autre fonctionnalité a été également mise en place pour le grand public afin de permettre à toute personne de s'auto-enregistrer et de recevoir les rappels sur son téléphone portable.

"Nous voulons élargir l'impact de Karangué. Nous ne voulons pas nous limiter seulement à Thiès. Nous voulons couvrir tout le Sénégal. Pour que toutes ces 550 000 femmes qui accouchent chaque année puissent être suivies et que ces 550 000 enfants qui naissent aient accès aux services Karangué", affirme Mamadou Sall, cofondateur de l'application.

Les statistiques sont plutôt bonnes. Plus de 6700 enregistrements et consultations effectués en sept mois. 18 136 SMS envoyés. 476 960 secondes d'appels vocaux. Mamadou pense que plus il y aura des femmes consultées et suivies, moins il y aura de décès.

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Cliquez ici pour réécouter l'émission Afrique Avenir avec Mamadou Sall

Karangué pourrait aussi s'avérer utile dans d'autres pays africains au Sud du Sahara. Selon l'Unicef, toutes les 20 secondes, un enfant meurt d'une maladie qui aurait pu être évitée par un vaccin. Chaque jour, 800 femmes meurent dans le monde, lors d'un accouchement ou dans les jours qui suivent l'accouchement. 99% des décès viennent des pays en développement, dont 62% en Afrique subsaharienne.