Chrétiens en Tunisie : quand les convertis se cachent pour prier

cathedrale Copyright de l’image Cultura RM/Philip Lee Harvey
Image caption La cathédrale St Vincent de Paul, à Tunis, près de la place de l'indépendance et de la statue d'Ibn Khaldoun.

A l'occasion des célébrations de Pâques, BBC Afrique est allé rencontrer les chrétiens du Maghreb et en particulier en Tunisie. La plupart des chrétiens tunisiens sont convertis et vivent leur foi en cachette de la société.

Dans un appartement, quelque part au sein de la capitale, les résidents ont posé des jours de congé pour célébrer Pâques.

En Tunisie, les chrétiens sont pour leur majorité des étrangers qui résident dans le pays et pour une minorité, des Tunisiens convertis. Ces "nouveaux chrétiens" sont souvent de jeunes hommes ou femmes qui vivent leur foi en cachette de leur proche et de la société.

Père Marc Léon prêtre à l'église Sainte Jeanne d'arc de Tunis dit accueillir de plus en plus de convertis.

"La plupart des Tunisiens chrétiens sont des jeunes convertis au christianisme et essaient d'être discret. Quand ils sollicitent une rencontre ils demandent à ce que cela se fasse dans un endroit neutre pour ne pas éveiller de soupçons".

A Pâques, l'heure est à l'agneau braisé et aux œufs en chocolat, mais certains visages sont plus fermés que d'autres. C'est le cas de Haikel* converti au christianisme depuis un an. Agé de 27 ans, le jeune homme a été renié par sa famille. Des fidèles de l'église l'ont alors pris en charge.

"Ma famille ne veut plus me parler, mais je ne peux pas les blâmer. C'est comme ça, c'est la mentalité."

Changer de religion est un sujet assez tabou en Tunisie, malgré les libertés, les Tunisiens convertis peuvent être arrêtés par la police, quant aux familles, elles ont souvent du mal à accepter leur conversion, par peur des jugements mais aussi face à l'incompréhension. Moez* est cadre dans une banque issue d'une famille musulmane pratiquante.

"Ma famille a fini par ne plus aborder le sujet de ma conversion, au début ils croyaient que c'était une blague, puis petit à petit ils ont vu des changements. Je mangeais pendant le ramadan. La première fois que ma mère m'a vu manger elle a pleuré toute la journée. Sous Ben-Ali on était plus protégés qu'aujourd'hui."

On ignore les chiffres officiels des chrétiens convertis en Tunisie, mais d'après les hommes d'église comme le Père Marc Léon, plusieurs dizaines de Tunisiens épousent chaque année la foi chrétienne en secret.

*Les prénoms des témoins ont été changés pour protéger leur anonymat

Correspondance à Tunis, de Sihem Hassaini.

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