Les défis de la presse en Gambie

Kebba Jeffang, un journaliste du quotidien "Foroyaa" agressé en mars dernier par des supporteurs d'Adama Barrow Copyright de l’image Frederic Tendeng
Image caption Kebba Jeffang, un journaliste du quotidien "Foroyaa" agressé en mars dernier par des supporteurs d'Adama Barrow

En Gambie, le journalisme a été un métier à risque durant les 22 années de règne de Yahya Jammeh. Plus d'une quarantaine d'entre eux ont été envoyés en prison. Pour éviter ce sort, certains sont partis en exil.

Les journalistes Deyda Hydara et Chief Ebrima Manneh ont été assassinés. Les stations de radio ''Citizen FM'', ''Radio SYD'', ''Sud FM Banjul'' ou ''Radio One FM'' où Jammeh avait annoncé son coup d'Etat en 1994, ont fermé et n'ont plus rouvert.

Avec l'avènement du nouveau régime, issu des urnes en décembre dernier, les journalistes de Gambie tentent de retrouver leur espace de liberté.

Le départ de Yahya Jammeh en exil, après sa défaite face à Adama Barrow, est un tournant pour la presse et les journalistes en Gambie qui retrouvent peu à peu les sensations du terrain, des studios de diffusion et des salles de rédaction.

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La police gambienne, utilisée par Jammeh pour bâillonner les médias, ne veut plus être le visage du prédateur souvent cité par les organisations internationales de protection et de défense des libertés de la presse.

"Les conditions de travail sont maintenant encourageantes. Malgré les défis, la situation est favorable et conviviale. Nous sommes libres de dire ce que nous pensons, nous pouvons parler librement aux journalistes sans dissimuler une information utile à l'opinion publique", explique le journaliste Foday Conta.

"De mauvaises lois"

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Image caption Une manifestation pour réclamer la lumière sur l'assassinat du journaliste Deyda Hydara

Sauf que l'arsenal législatif créé et institué par Yaya Jammeh pour bâillonner les médias survit encore à son départ et reste une épée de Damoclès pour les journalistes en Gambie.

Ce qui inquiète le journaliste Kebba Jeffang, un reporter de l'organe Foroyaa agressé en mars dernier, lors d'une conférence de presse, par des supporteurs de l'UDP, le parti originel du nouveau président gambien Adama Barrow.

Le journaliste Kebba Jeffang attend beaucoup plus du tombeur de Yahya Jammeh.

"Les mauvaises lois anti presse sont toujours dans la constitution. La loi sur la sédition y est, celle sur internet aussi tout comme la loi sur la diffusion de fausses nouvelles. Toutes ces lois ont été créées par Jammeh et continuent d'exister dans la constitution."

Le journaliste Demba Ali Jawo, devenu ministre de l'information et de la Communication d'Adama Barrow se veut rassurant.

"Nous devons effectuer plusieurs réformes en relation avec le paysage médiatique. D'ailleurs, nous avons démarré des discussions avec le ministre de la Justice pour revisiter les lois en vigueur. Il s'agira de les abroger, ou peut-être même, de les mettre au diapason de ce qui se fait au mieux dans le monde."

Même si les radios privées ne produisent pas encore de bulletins d'informations maison, les revues de presse et les débats politiques reviennent sur les ondes. Les quotidiens ne font plus de l'auto censure et ce n'est que le début d'une longue marche vers plus de liberté d'informer et d'éduquer en Gambie grâce à des journalistes qui n'ont plus peur de pratiquer leur métier.