Harcèlement sexuel en Tunisie: entre peur et tabou

Sur 3000 femmes sondées, plus de la moitié avouent avoir été victimes de violences dans les espaces publiques. Copyright de l’image Picasa
Image caption Sur 3000 femmes sondées, plus de la moitié avouent avoir été victimes de violences dans les espaces publiques.

Sihem Hassani

Tunis, BBC Afrique

En Tunisie, depuis fin septembre a lieu une vaste campagne contre le harcèlement sexuel dans les transports en commun.

Un phénomène qui touche surtout les tramways et bus de la capitale.

Les victimes portent rarement plainte.

Lancée en collaboration avec l'Union européenne et le Fonds des Nations unies pour la population, cette campagne contre le harcèlement sexuel a notamment pour support des brassards et des affiches de flan de bus blanche et rouge avec l'inscription : « le harceleur ne monte pas avec nous ».

Accompagnée d'une vidéo de sensibilisation sur les réseaux sociaux, la campagne a pour but de pousser les victimes à dénoncer les abus parfois accompagnés de violences.

En 2017 la Tunisie a été saluée pour l'amélioration de ses lois visant à protéger les femmes.

Ainsi, la législation relative à l'élimination de la violence à l'égard des femmes condamne le harcèlement sexuel à deux ans d'emprisonnement et cinq mille dinars d'amendes, soit plus d'un million de francs CFA.

Mais les victimes restent trop souvent silencieuses.

Image caption D'après une étude du CREDIF, 97% des tunisiennes ne porteraient pas plaintes après une violence sexuelle dans l'espace publique et 66% des victimes ne réagissent pas.

D'après une étude du CREDIF, 97% des tunisiennes ne porteraient pas plaintes après une violence sexuelle dans l'espace publique et 66% des victimes ne réagissent pas.

Sur 3000 femmes sondées, plus de la moitié avouent avoir été victimes de violences dans les espaces publiques.

Les chiffres comme les témoignages sont effrayants.

C'est souvent lorsque les transports en commun sont bondés que les harceleurs s'en prennent aux victimes en route pour l'université ou pour le travail.

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Image caption Les campagnes de sensibilisation se multiplient

Pressées, à l'heure de pointe, elles préfèrent souvent laisser passer l'abus plutôt que d'aller porter plainte.

C'est ce qui est arrivé à Mariam, 25 ans à l'époque étudiante.

Encore bouleversé par des attouchements dans le métro, aujourd'hui, il lui arriver de paniquer à la gare avant de prendre le train ou tramway.

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Image caption Des manifestations sont souvent organisées dans le pays

Dans la rue les avis sont partagés, pour certains tunisiens, seules les femmes provocantes subissent ce harcèlement.

«Ce sont les femmes qui sont attirantes, qui portent des vêtements attirants, ce sont elles qu'on harcèle», déclare un homme.

"Dans les deux cas un homme ou une femme peuvent être harcelés sexuellement, il n'y a pas toujours la femme qui peut l'être. Je pense lorsqu'on essaie d'aborder les gens sans qu'ils aient vraiment envie de nous parler", explique ce monsieur.

La peur, le déni d'une partie de la société mais aussi une forme de tabou dans les transports, poussent certaines femmes à se tourner parfois vers la société civile.

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Image caption C'est souvent dans les transports en commun que le harcèlement est commis

Dans ce centre d'écoute pour les femmes victimes de violences, on apporte soutien et aide juridique aux victimes.

"Jamais, jamais, c'est rare que les femmes emploient le terme 'harcèlement sexuel'. Même si nous avons deux femmes par an cela ne diminue pas l'ampleur du phénomène, parce que le harcèlement sexuel est entouré du silence, par la honte, par la peur, par la crainte, par le désarroi des femmes", explique le psychologue Chérif.

Pour essayer de contrer le harcèlement dans les transports publics, la Tunisie prévoit d'accroitre le nombre de bus dans la capitale. En attendant des applications ont été créées afin de pouvoir filmer et dénoncer cette forme de violence.

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