Zimbabwe : polémique autour du ministère de la cyber-sécurité

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Image caption Le faux communiqué a exhorté tous les utilisateurs de WhatsApp au Zimbabwe à se faire enregistrer auprès dudit ministère d'ici novembre

Un faux communiqué gouvernemental est apparu sur les réseaux sociaux du Zimbabwe peu de temps après l'annonce par le président Robert Mugabe de la création d'un ministère de la cyber-sécurité.

Les internautes ont d'abord réagi avec humour au document. Le faux communiqué exhorte tous les utilisateurs de WhatsApp dans le pays à se faire enregistrer auprès dudit ministère d'ici novembre.

Mais depuis, les Zimbabwéens s'inquiètent de la menace que ce nouveau ministère pourrait représenter pour leurs droits et en particulier leur liberté d'expression.

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Les réseaux sociaux : "une menace pour l'Etat"

Les réseaux sociaux sont une source d'inquiétude depuis les mouvements anti-gouvernementaux qui ont secoué le pays en 2016. Le hashtag #ThisFlag a notamment été partagé sur la toile.

Le porte-parole du président, George Charamba, a déclaré que Robert Mugabe avait eu l'idée de ce nouveau ministère pour faire face à "une menace émergente pour l'Etat".

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Image caption Manifestations anti-gouvernementales en 2016, à Harare

Les réseaux sociaux sont probablement le principal moyen utilisé par les Zimbabwéens pour communiquer et recevoir des informations.

Au cours des 16 dernières années, l'utilisation d'Internet dans le pays est passée de 0,3% à 46%, selon les données de l'Union internationale des télécommunications (UIT).

"Museler" l'opinion

Selon ses détracteurs, ce nouveau ministère de la cyber-sécurité représente une menace pour les libertés des citoyens.

Un groupe de défense des droits de l'homme, l'Institut des médias pour l'Afrique australe (MISA), estime qu'il va à l'encontre de l'esprit de la constitution et de la liberté d'expression.

Pour sa part, le Mouvement pour le changement démocratique (MDC), parti d'opposition, dénonce un nouveau ministère de la "cyber-intimidation".

Le leader du MDC, Morgan Tsvangirai, estime que ce ministère a été créé pour freiner la liberté d'expression à temps pour les élections de 2018. "Mugabe fera tout ce qu'il faut pour contrôler et museler les réseaux sociaux afin de faire taire le mécontentement", a-t-il déclaré.

Des arrestations à venir ?

Alors que plusieurs pays dans le monde disposent de départements et d'agences de lutte contre la cyber-criminalité, le Zimbabwe est parmi les premiers à créer un ministère entièrement dédié à la cyber-sécurité.

Sur les réseaux sociaux, des internautes affirment, que via cette nouvelle autorité, de nombreuses activités en ligne pourraient être classées comme des infractions pénales. Et que cela pourrait donc donner lieu à autant d'arrestations.

Face aux critiques, le gouvernement zimbabwéen affirme qu'une nouvelle législation ne nuira pas à la liberté d'expression mais protégera le public.

Les autorités annoncent par ailleurs leur intention de se pencher de près sur la façon dont d'autres pays, comme "la Russie, la Chine et la Corée du Sud", ont traité la menace de la cyber-criminalité.

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