Egypte-Ethiopie : un barrage engendre la polémique

L'Ethiopie affirme que 60% de son "barrage de la Renaissance" sont déjà achevés. Copyright de l’image AFP
Image caption L'Ethiopie affirme que 60% de son "barrage de la Renaissance" sont déjà achevés.

L'Ethiopie construit sur le fleuve Nil l'un des plus grands barrages d'Afrique. L'ouvrage doit lui permettre de produire de grandes quantités d'électricité pour alimenter sa révolution industrielle et en vendre aux pays voisins. Mais le projet suscite la colère de l'Egypte.

Selon des journalistes de la BBC basés dans ces deux pays, le chantier, le barrage est en construction sur le lac Tana, le plus grand lac d'Ethiopie, d'où le Nil Bleu prend sa source.

Le "barrage de la Renaissance" devrait être le plus grand ouvrage hydroélectrique d'Afrique. Plus de 60% des travaux semblent déjà achevés.

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Image caption L'Egypte considère le barrage éthiopien comme une menace de sa longue prépondérance sur le Nil.

L'ingénieur Simegnew Bekele est le chef de ce projet hydroélectrique du gouvernement éthiopien. "C'est un barrage en béton (...) Ce projet est en train d'être réalisé par des Ethiopiens, mais il profitera à (…) d'autres pays africains. Ce système hydroélectrique (…) est uniquement dédié à la production d'électricité", explique M. Bekele, avec beaucoup de fierté.

Selon les autorités éthiopiennes, le projet va coûter au moins quatre milliards et demi de dollars. Simegnew Bekele insiste sur le fait que les pays proches de l'ouvrage ne devraient pas s'inquiéter, "car le barrage hydroélectrique ne consomme pas d'eau".

Image caption Des engins sur le site du barrage hydroélectrique

Cette précision ne rassure pas l'Egypte, qui fait déjà face à une pénurie d'eau et tente de garder le contrôle des eaux du Nil. Le ministre égyptien des ressources en eau, Mohamed Abdel-Aty, est indigné par le projet hydroélectrique éthiopien.

"Nous sommes très en colère parce que si l'eau qui arrive en Egypte est réduite même de 2%, cela va entraîner la perte de 200 000 acres de terre (100.000 hectares). Une acre fait survivre au moins une famille. Une famille en Egypte comprend en moyenne cinq personnes. Donc, cela signifie qu'environ un million de personnes seront sans emploi", s'inquiète Abdel-Aty.

Image caption La construction du barrage va entraîner "un problème de sécurité internationale" dans la région, selon l'Egypte.

Le ministre égyptien affirme que la construction du barrage éthiopien va entraîner "un problème de sécurité internationale" dans la région. Ce différend entre l'Ethiopie et l'Egypte est illustratif de l'état des rapports géostratégiques dans la sous-région.

"L'idée de construire le barrage avait été discutée entre les deux pays, mais l'Ethiopie a commencé les travaux sans consultation de son voisin au milieu du printemps arabe (en 2011). L'impact de l'ouvrage n'a pas encore été correctement évalué", souligne l'ingénieur égyptien en gestion de l'eau, Rawia Tafik. "C'est donc une manifestation que l'équilibre du pouvoir change dans la région, économiquement, politiquement et stratégiquement aussi", analyse-t-il.

La "guerre de l'eau" peut être évitée grâce à un leadership et une diplomatie solides entre les deux Etats, ce qui pourrait servir de modèle de partager des grands fleuves en Afrique.

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