Ethiopie: Abiy Ahmed, un Premier ministre de consensus?

Afrique, Ethiopie,Ethiopia, Premier, coalition, pouvoir, AbiyAhmed, oromo
Image caption Le Conseil du Front démocratique révolutionnaire du peuple éthiopien (EPRDF), le parti au pouvoir en Ethiopie, a élu Abiy Ahmed à la tête du parti.

La coalition au pouvoir en Ethiopie a choisi mardi comme nouveau leader et donc prochain Premier ministre, Abiy Ahmed, un gage d'apaisement à l'égard de l'ethnie oromo dont il est issu.

Elu à la tête de l'EPRDF, (le Front démocratique révolutionnaire des peuples éthiopiens), Abiy Ahmed devrait logiquement succéder au Premier ministre Hailemariam Desalegn, qui avait démissionné en février.

Il deviendrait ainsi le premier Premier ministre appartenant à l'ethnie oromo, la principale du pays, depuis l'arrivée au pouvoir de l'EPRDF en 1991.

Un choix qui doit encore être confirmé par le Parlement, une simple formalité compte tenu du fait que tous les sièges appartiennent à l'EPRDF (coalition de quatre partis constitués sur une base régionale et ethnique).

Ancien ministre des Sciences et de la Technologie

Abiy Ahmed fait aussi partie de l'élite. Adolescent, il a rejoint la lutte armée contre la dictature de Mengistu Haile Mariam.

Celle-ci fut renversée par une guérilla marxiste, avec à sa tête l'ex-premier ministre Meles Zenawi (TPLF). Après l'accession au pouvoir de l'EPRDF, « Dr Abiy » a suivi une éducation militaire puis un cursus plus académique, en Ethiopie et en Afrique du Sud.

Il a ensuite opté pour une carrière politique au sein de l'OPDO. Député depuis 2010, il a fait partie du gouvernement Hailemariam Desalegn en tant que ministre des Sciences et de la Technologie,

Parmi les accomplissements de la carrière de Abiy Ahmed, il faut compter la création et la direction d'un des organes de surveillance du pays, l'Agence éthiopienne de sécurité des réseaux d'information (INSA).

La frustration des Oromo

De nombreux Éthiopiens, et en particulier les Oromo, qui de longue date s'estimaient marginalisés, espèrent qu'il saura modifier le mode de gouvernement très autoritaire pratiqué par l'EPRDF.

Les Oromo, à l'origine d'un mouvement de contestation antigouvernementale sans précédent depuis la mise en place de l'actuel régime, sont pour beaucoup dans la chute d'Hailemariam Desalegn.

Image caption L'ethnie Oromo, la plus grande communauté d'Ethiopie, était en première ligne lors de la constestation anti-gouvernementale qui a débuté en novembre 2015.

Le mouvement de protestation a débuté fin 2015 en région oromo (sud et ouest), puis s'était étendu courant 2016 à d'autres régions, dont celle des Amhara (nord), la deuxième ethnie du pays. Sa répression a fait au moins 940 morts.

Ces manifestations étaient avant tout l'expression d'une frustration des Oromo et des Amhara, qui représentent 60% de la population, face à ce qu'ils perçoivent comme une sur-représentation de la minorité des Tigréens au sein de l'EPRDF.

Copyright de l’image Getty Images
Image caption L'ancien Premier ministre éthiopien Hailemariam Desalegn.

En guise d'apaisement, l'ancien Premier ministre Hailemariam avait annoncé en janvier une amnistie qui a permis la libération de milliers de prisonniers, dont des opposants politiques, activistes et journalistes.

Mais au lendemain de sa démission, un nouvel état d'urgence interdisant notamment toute manifestation a été décrété le 16 février.

Sur le même sujet

Lire plus