Sénégal : un projet de loi controversé

La devanture de l'Assemblée nationale du Sénégal, le 23 juin 2011. Le peuple avait fait face aux forces de l'ordre pour dire "Non" au vote du ticket présidentiel (illustration). Copyright de l’image Getty Images
Image caption La devanture de l'Assemblée nationale du Sénégal, le 23 juin 2011. Le peuple avait fait face aux forces de l'ordre pour dire "Non" au vote du ticket présidentiel (illustration).

Au moment où la mouvance présidentielle fait du parrainage un moyen d'éviter les candidatures "fantaisistes", l'opposition et la société civile le considèrent comme étant "antidémocratique".

Selon l'opposition sénégalaise, le pouvoir en place essaie de «bloquer» les candidatures de potentiels adversaires politiques pour permettre au président Macky Sall de gagner les élections au premier tour.

Qu'est-ce que le parrainage ?

Le parrainage pour une élection est défini par les juristes comme un mode de sélection pour valider une candidature par la signature d'un nombre défini de citoyens ou d'élus.

Le Sénégal est concerné par le cas du parrainage citoyen. Mais le parrainage n'est pas nouveau dans l'histoire politique du Sénégal puisqu'il existait déjà dès 1963.

A cette époque, pour être candidat à une élection présidentielle, il fallait être parrainé par un parti politique légalement constitué ou par dix députés.

Le nombre de députés était par la suite passé de dix à cinq avant la suppression de cette disposition.

Le parrainage citoyen existe encore au Sénégal pour les candidatures indépendantes, selon les dispositions de la loi électorale du 20 mai 1991.

Le gouvernement sénégalais a introduit une nouvelle loi sur le parrainage qui sera élargi à tous les partis politiques.

Ce projet de loi exige des différents candidats, sans exception, d'être tout d'abord inscrits sur le fichier électoral et d'obtenir le parrainage de 1% du corps électorale.

Ce qui représente un peu moins de 70.000 signatures dans au moins sept régions, soit un minimum de 2000 parrainages par région pour éviter toute sorte de régionalisme.

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Image caption L'opposition et la société civile sénégalaise estiment que le projet de loi est un "recul démocratique".

L'objectif du parrainage au Sénégal

Selon les défenseurs du texte, le parrainage va permettre aux électeurs de faire un choix éclairé et d'éviter les candidatures régionalistes.

  • Le citoyen pourra avoir une plus grande lisibilité des choix politiques qui lui sont proposés.
  • L'Etat pourra éviter des dépenses inutiles en frais de campagne pour les candidats "fantaisistes".
  • Une organisation plus allégée du scrutin.
  • Les risques de fraude seront diminués.

Le parrainage, tel qu'il est pratiqué ailleurs

Aux Etats-Unis, en France ou dans plusieurs pays européens et ailleurs dans le monde, le système de parrainage est utilisé comme un premier filtre avant une élection.

Pour se présenter à la présidentielle aux Etats-Unis, il faut préalablement passer des primaires au sein des deux grands partis que sont les Démocrates et les Républicains.

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Image caption Des sympathisants de l'opposition lors d'une marche organisée le 9 février à Dakar, la capitale.

Le candidat doit remporter d'abord remporter ces primaires dans toutes les instances de son parti au niveau des différents états avant de représenter son parti à la course pour la Maison Blanche.

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Les candidats indépendants aux Etats-Unis doivent être acceptés dans tous les 52 Etats qui disposent chacun de leur propre système de filtrage.

La France exige plusieurs conditions cumulatives pour permettre à un citoyen âgé de 18 ans au moins (disposition de la loi organique du 14 avril 2011) de se présenter à une élection présidentielle.

En plus de la nationalité française, il faut recueillir au moins 500 parrainages d'élus répartis dans plusieurs départements, posséder un compte bancaire de campagne, jouir de ses droits civiques et politiques, entre autres.

Toute candidature qui ne remplit pas ces exigences est rejetée.

Au Sénégal où il y a environ 300 partis politiques, 47 listes étaient enregistrées lors des élections législatives du 30 juillet 2017.

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