Tunis: manifestation d'islamistes

  • 9 février 2013
La manifestation samedi à l'appel d'Ennahda avenue Bourguiba
Image caption La manifestation samedi à l'appel d'Ennahda avenue Bourguiba à Tunis.

Environ 6.000 islamistes ont défilé samedi avenue Bourguiba en réponse aux attaques dont le chef du parti Ennahda, Rachid al-Ghannouchi, a été vendredi la cible lors des obsèques du dirigeant d'un parti laïque, Chokri Belaïd, abattu par balles mercredi alors qu'il sortait de son domicile.

"Le peuple veut toujours Ennahda" scandaient les manifestants, agitant des drapeaux tunisiens et du parti, lorsqu'ils sont passés devant le ministère de l'Intérieur.

Vendredi plusieurs centaines de milliers de Tunisiens avaient manifesté dans la capitale et dans d'autres villes du pays pour honorer la mémoire de Chokri Belaïd.

Des organisations laïques accusent le gouvernement dans lequel les Islamistes détiennent les postes clefs, de ne pas réprimer avec la sévérité requise de nombreuses attaques et agressions commises par des Salafistes contre des cinémas, des théâtres, des bars et des individus.

Image caption Les manifestants islamistes ont scandé des slogans hostiles à la France.

"Nous voulons une nouvelle révolution", entendait-on sur le parcours de la manifestation.

Le parti islamiste a nié toute responsabilité dans l'assassinat de l'opposant, alors que des milices pro-pouvoir, la Ligue de protection de la révolution, sont accusées d'attaquer opposants et militants syndicaux.

Rached Ghannouchi lui a rendu hommage samedi en qualifiant sa mort de crime "contre-révolutionnaire".

Depuis la chute du régime de Ben Ali en janvier 2011, la transition politique a été moins agitée qu'en Egypte et en Libye, mais les tensions sont très vives entre les islamistes et les libéraux qui craignent que les acquis de la révolution soient érodés.

Ennahda ne parvient pas depuis des mois à s'accorder avec ses alliés laïcs, dont le président Moncef Marzouki, sur un remaniement gouvernemental.

L'insécurité grandit et les conflits sociaux se multiplient.

Le P.M menace de démissionner

Après le drame de mercredi le Premier ministre Hamadi Jebali s'est engagé à former un gouvernement de technocrates pour diriger le pays jusqu'aux élections.

Image caption Le Premier ministre tunisien Hamadi Jebali

"Je présenterai l'équipe au plus tard au milieu de la semaine prochaine. Si elle est acceptée je continuerai à assumer mes fonctions, à défaut, je demanderai au président de chercher un autre candidat pour former un nouveau cabinet", a déclaré M. Jebali à des media tunisiens.

Il a ensuite précisé à l'antenne de la chaîne France 24 que "tous les ministres seront des indépendants, y compris à l'Intérieur, la Justice et aux Affaires étrangères", alors qu'Ennahda refuse de renoncer à ces ministères clés.

C'est la première fois que M. Jebali évoque sa démission.

Des dissensions au sein du parti Ennahda opposent les modérés dont il fait partie et une frange radicale rangée derrière le chef Rached Ghannouchi.

Il estime aussi ne pas avoir besoin de demander la confiance de l'Assemblée nationale constituante (ANC) où Ennahda dispose de 89 des 217 sièges.

Sa proposition a été bien accueillie par l'opposition et la société civile.

Avant les menaces de démission de M. Jebali, Ennahda avait appelé ses partisans à manifester contre l'initiative du Premier ministre et l'"ingérence" de la France.

La Tunisie est dirigée depuis l'élection de la Constituante en octobre 2011 par une coalition entre Ennahda et deux petits partis de centre-gauche, dont celui du président.

Faute de compromis sur la nature du futur régime, l'élaboration de la nouvelle Constitution par l'ANC est paralysée.