RDC : la crise oubliée du Katanga

  • 12 juillet 2013
Image caption Lucien, son épouse et leurs cinq enfants ont fui leur village du fait de la terreur des groupes rebelles

Depuis plus d'un an, des groupes armés sèment la terreur au Katanga, dans le sud-est de la RDC, mais le gouvernement se garde de reconnaître la présence d'une rébellion dans la riche province minière.

Près de 60 mille personnes ont afflué dans la petite ville poussièreuse de Pweto, non loin de la frontière avec la Zambie. Ce sont des milliers de familles, qui ont rassemblé à la hâte un peu d'argent, des couvertures et qui ont pris la route.

Ces familles habitaient de petits villages vulnérables, loin des positions des casques bleus onusiens et de l'armée congolaise.

Antoinette, poussée à la fuite par la peur, vit maintenant dans une maison en terre à Pweto; un logement que lui a prêté une habitante de la ville, absente pour quelques mois.

Sur le mur marron, une inscription à la craie ; "bienvenue".

"Une dame m'a aidée quand elle a entendu mon histoire. Elle me laisse vivre ici avec ma fille sans payer," explique la jeune femme de 18 ans.

Antoinette a dû fuir son village de Montofita quand les Mai Mai Kata Katanga l'ont attaqué. Ils ont brûlé les maisons et ont embarqué Antoinette, ainsi que sa mère.

"Ils ont attaché ma mère à un arbre, dit Antoinette, et lui ont enfoncé une flèche dans les côtes; la flèche est ressortie de l'autre côté.

"Ils lui ont coupé les seins. Tout ça devant moi. Puis chacun des deux hommes m'a violé. Mes voisins ont été brûlé vifs."

Le HCR estime que plus de 1700 femmes parmi les déplacés du Katanga ont été violées, comme Antoinette. Un chiffre forcément en deça de la réalité.

Dans le camp de déplacés de Mwashi, les derniers arrivés ont fui un village surnommé Kosovo, allusion à la fréquence des attaques qu'il a subi au fil des années.

Ils ont fuit leurs maisons il y a un peu moins d'un mois, et se plaignent de n'avoir pas encore reçu d'aide alimentaire.

Taux de malnutrition aigue

En réalité, moins de la moitié des déplacés bénéficient d'une aide alimentaire.

"Les fonds attribués par les bailleurs pour le Katanga sont trop limités, et le PAM a du mal à continuer à fournir une aide de base aux déplacés," déplore Anne Nardini, du Programme alimentaire mondial des Nations Unies.

"La province du Katanga est encore perçue comme étant riche, mais le taux de malnutrition aigue y est de 15 pour cent," ajoute-t-elle.

Mwashi n'est pas un camp de déplacés structuré, mais plutôt ce que le Haut Commissariat aux Réfugiés de l'Onu appelle un site spontané : pas d'infrastructures sanitaires, pas de médecins. Une épidémie de choléra s'est déclarée l'an dernier, faisant au moins 46 morts dans le camp.

Lucien habite avec son épouse et ses cinq enfants dans une case en paille de taille restreinte. Il était professeur des écoles à Kabisa.

"On m'a ciblé, dit Lucien, parce que je suis un intellectuel et je décourageais les jeunes de rejoindre les groupes armés. Je savais que les Maï-Maï allaient venir me chercher, donc je me suis enfui."

Dans le village de Lucien, une dizaine d'hommes a rejoint le groupe Mai Mai Bakata katanga.

"Exploiter nos propres ressources"

Le mouvement Maï-Maï Kata Katanga est récent. Il a été formé après l'évasion de prison de Gédéon Kyungu Mutanga, en septembre 2011.

A la fois chef de guerre et féticheur, Gédéon Kyungu Mutanga a dirigé une milice Maï-Maï dans les années 1990 et jusqu'en 2006, date de son emprisonnement.

Sa milice a été armée pendant un temps par le gouvernement, elle faisait partie des groupes d'autodéfense populaires qui luttaient aux côtés des forces congolaises contre les milices pro-Rwanda.

Après la guerre, bien que son groupe se soit retourné contre le gouvernement, il aurait continué à recevoir des armes, discrètement fournies par le commandant de l'armée de l'air d'alors, John Numbi.

Un rapport d'ONG locales établit des liens plus récents entre les Maï-Maï Kata Katanga et John Numbi. Le grand chef du groupe serait un dénommé Ferdinand Tanda Imena Kazadi Mutembo qui vivrait à l'étranger.

"Gédéon est venu nous voir en août 2012. Nous ne l'avons pas vu de nos yeux, il s'est caché dans une case pour nous parler," raconte un homme qui vient de fuir une base de combattants Maï Maï avec ses deux épouses et ses huit enfants.

"Ils nous a dit qu'en rejoignant son mouvement, les Bakata Katanga, nous aurions une vie meilleure. Il nous a dit qu'il fallait que le Katanga soit indépendant, que cela mettrait fin aux tracasseries des militaires, et que nous pourrions exploiter nos propres ressources. Le Katanga est très riche, mais nous ne bénéficions de rien. C'est la misère. Il nous a dit que cela changerait."

Mouvements sécessionistes

Peu étonnant que le discours ait séduit, au delà du groupe éthnique de Gédeon. Au Katanga, le sentiment d'injustice sur la répartition des gains générés par les ressources du sous-sol est répandu.

La province abrite des mouvements sécessionistes depuis des décennies. Elle a même brièvement été indépendante entre 1960 et 1963.

Mais les méthodes utilisées par les Maï-Maï ne sont pas celles d'un mouvement libérateur, ce qui l'empêche de jouir du soutien de la majorité de la population.

"Nous ne savons pas quoi penser de l'indépendance du Katanga en tant que telle," affirme priscille, une habitante de Pweto. "Peut-être que la population aurait pu les soutenir, dit-elle, mais ils brûlent les villages et tuent les gens."

"L'indépendance pourrait être une bonne chose pour le Katanga," estime un habitant de Lubumbashi, "mais cela dépend avant tout de comment. Si c'est pour le peuple, oui; mais pour servir les interêts d'un groupuscule, non merci,"

Selon les autorités territoriales de Pweto, plusieurs centaines de combattants Mai-Mai se sont rendus depuis le début de l'année. Ils sont appauvris, épuisés, démoralisés.

"Nous sommes encore plus pauvres qu'avant, beaucoup d'entre nous sont morts, le mouvement s'épuise," estime l'ex-combattant.

Les Kata Katanga ont peu de moyens, selon plusieurs témoignages. Ils disposent de quelques AK47, mais se battent surtout à l'arme blanche. Les combattants sont peu formés et le mouvement n'a pas de hiérarchie structurée.

Lubumbashi

Pourtant, à la surprise générale, Les Kata Katanga sont parvenus, le 23 mars dernier, à rentrer dans la capitale Lubumbashi.

Faiblement armés, couverts de gris-gris et brandissant des drapeaux du Katanga indépendant, 242 combattants sont arrivés jusqu'au centre ville, ont dressé un drapeau sur la place centrale avant de déposer les armes à la Monusco.

L'incident a fait au moins 23 morts, et a semé la panique. A la fin du mois dernier, des tracts ont circulé dans la ville. Un groupe qui se présente comme les Kata Katanga menaçait de prendre Lubumbashi entre le 30 juin et le 11 juillet.

Une attaque contre une prison dans la ville, le 23 juin dernier, pour tenter de libérer un des leurs a accru la tension.

"Nous avons peur qu'ils rentrent encore dans la ville," s'inquiète un habitant de la capitale provinciale. "La dernière fois, des dizaines d'innocents ont été tués par des balles perdues. Ils sont comme une rebellion."

Les Maï Maï Kata Katanga ne sont pas le seul group actif dans la province. Les Maï-Maï Gédéon ne réclament pas l'indépendance, mais sont dirigés par la même personne.

La Corak Kata Katanga, la coordination pour un référendum sur l'autodétermination du Katanga, est dirigée par des anciens tigres Katangais, un groupe indépendantiste qui s'était illustré dans les années 1960.

Des membres de la Corak affirment s'être infiltrés dans la capitale provinciale et révendiquent une attaque contre l'aéroport de la ville en Février 2011. Ces groupes ont des affinités, mais semblent peu coordonnés.

Le Haut commissariat aux Réfugiés des Nations Unies appelle la Monusco à augmenter sa présence dans la région.

La mission onusienne a envoyé des forces spéciales égyptiennes dans la capitale Lubumbashi à la fin du mois dernier et elles sont venues s'ajouter aux 450 casques bleus dans l'ensemble de la province, mais cela reste un effectif dérisoire pour un territoire de la taille de la France.

Il n'y a "pas de rébellion"

L'ONU juge la situation au Katanga "très inquiétante" mais le Nord Kivu, où quelques 6000 casques bleus sont stationnés, reste la priorité de la mission.

Le Premier ministre Matata Ponyo a affirmé à la BBC qu'on ne peut pas parler de rébellion au Katanga.

"Pour moi, a-t-il déclaré, il n'y a pas de rébellion; ce sont des groupes d'individus qui ont besoin de faire entendre leur voix. C'est la démocratie. Il y a des mesures qui sont prises par le gouvernement pour essayer d'arrêter ce type de mouvement ou tout au moins les contrôler."

L'armée Congolaise ne dispose pas de données à ce jour sur le nombre de troupes déployées dans le Katanga, et ne compte pas en déployer davantage.

Selon le HCR, les soldats gouvernementaux sont responsables d'une grande partie des cas de violences sexuelles enregistrés parmi les déplacés.