L’Africa Express fait escale au Mali

  • 14 octobre 2013
Image caption La chanteuse malienne Kankou Kouyaté, 20 ans, a participé à l'enregistrement de l'album de l'Africa Express.

L'Africa Express, la grande manifestation musicale annuelle, a choisi de faire escale à Bamako: une manière pour les musiciens de monde entier de montrer leur solidarité avec leurs collègues maliens, après un an et demi de crise sécuritaire.

L’Africa Express est un collectif de musiciens, et après le Royaume-Uni en 2012, il a choisi cette année Bamako, pour enregistrer un album avec certains des meilleurs jeunes artistes maliens.

Le projet, centré sur des collaborations entre musiciens africains et occidentaux, se déroule quelques mois seulement après la défaite par des troupes françaises et africaines des jihadistes qui avaient occupé le nord du pays l’an dernier, et qui menaçaient de prendre la capitale.

Outre la destruction d’ancien mausolées et de manuscrits précieux, une des premières mesures imposée par les islamistes fut l’interdiction de la musique séculaire.

Les jihadistes avaient décrété que seul les versets du Coran pouvaient être chantés, et ont confisqué la musique des radios, détruisant des instruments de musique, et forçant des artistes, et des centaines de milliers de leurs compatriotes à devenir des réfugiés.

Deux manifestations musicales qui attiraient des artistes et des fans du monde entier, le Festival au Désert près de Tombouctou, et le Festival sur le Niger à Ségou, furent annulées.

Pour une nation où la musique joue un rôle central dans le vie quotidienne, ce fut tragédie.

Afin de marquer sa solidarité avec les musiciens du Mali, dont nombre d’entre eux avaient pris le risque de dénoncer ce qui se passait dans le Nord, le collectif Africa Express est arrivé cette semaine à Bamako pour contribuer à revitaliser la scène musicale malienne.

“C’est absolument odieux pour n’importe quel musicien de s’entendre dire qu’il ne peut plus joueur de musique… C’est une interprétation très particulière du Coran qui interdit toute musique. Qu’est-ce que la musique en soi? La musique est partout, chaque jour. Si vous voulez vraiment l’interdire, il faut interdire tout son, car la musique est dans le langage, elle est dans tout”, a déclaré à Bamako Damon Albarn, co-fondateur de l’Africa Express, et chanteur de Blur et de Gorillaz.

“Musique vivante”

Image caption Des musiciens maliens durant leur audition pour l'Africa Express à la Maison des Jeunes à Bamako.

Damon Albarn et une vingtaine d’autres musiciens et producteurs, parmi lesquels Brian Eno, le guitariste des Yeah Yeah Yeahs Nick Zinner, David Maclean de Django Django, Andre de Ridder, Olugbenga, Pauli the PSM, Remi Kabaka, Seye, l’acteur Idris Elba and Fatoumata Diawara, sont venus à Bamako pour dénicher de nouveaux talents et leur offrir la possibilité de lancer leur carrière internationale.

Ils ont invité des artistes locaux à joueur sur scène à la Maison des Jeunes de Bamako, un des lieux favoris de rassemblement de la jeunesse locale, et ont sélectionné les meilleurs pour les faire participer à l’enregistrement d’un album dans un studio improvisé sur le site.

“Pour moi, ça a été une énorme surprise. C’est la première fois que je joue avec des musiciens qui ne viennent pas du Mali”, a confié Kankou Kouyaté, une chanteuse malienne de 20 ans.

Sa voix extraordinaire a captivé les artistes et producteurs de l’Africa Express, et ils ont immédiatement enregistré avec elle.

“C’est passionnant. Vous venez d’assister à l’enregistrement de ce qui va devenir à mon avis un classique”, a déclaré Damon Albarn à la BBC.

Brian Eno a expliqué que le processus de sélection des musiciens maliens avait été pour lui une leçon d’humilité. “Je les écoutais et je disais à Damon: c’est un semaine d’humiliation musicale. Ils sont tellement extraordinairement bons que ça me fait penser que je devrais envisager une autre carrière”.

“L’autre chose avec le Mali est que ceci est une vraie musique vivante, pas une musique d'héritage, ce n’est pas une célébration de quelque chose qui était formidable il y a 50 ans. C’est une musique qui vit et qui change maintenant, dans le présent”, a ajouté Brian Eno.

Une occasion en or

Pour les musiciens locaux, l’Africa Express a été une occasion exceptionnelle de faire connaître leur travail.

“C’est bien d’avoir des musiciens étrangers qui viennent au Mali parce qu’il y énormément d’artistes formidables ici qui ont besoin de reconnaissance pour le travail”, a déclaré Kankou Kouyaté.

L’Africa Express a été fondé au Royaume-Uni en 2006 par Damon Albarn, le journaliste Ian Birrell et le producteur musical Stephen Budd.

Image caption Brian Eno, Damon Albarn and Olugbenga à Bamako.

“Je suis venu au Mali le première fois en 2000… Je suis tombé amoureux de la musique de ce pays et j’ai trouvé les gens très réceptifs envers ‘les étrangers’, même si je n’aime pas utiliser ce mot. J’ai trouvé une culture très sûre d'elle-même, avec un sens aigu et une connection avec son passé, et une tradition orale toujours intacte. Je n’avais jamais ressenti ce type d’immersion dans la musique comme je l’ai trouvée ici”, a déclaré Damon Albarn.

Quelques années plus tard, explique-t-il, il a rencontré Ian Birrell au Festival au Désert, et sur le chemin du retour à Bamako, l’idée de l’Africa Express est née.

Leur premier voyage fut précisément dans la capitale malienne, et ils ont aussi emmené des musiciens en Ethiopie, au Nigeria et en RDC.

Ils ont aussi produit des collaborations sur des scènes telles que Glastonbury et les Electric Proms de la BBC.

L’an dernier, le collectif de l’Africa Express a réalisé une tournée d’une semaine au Royaume-Uni avec 80 grands musiciens d’Afrique, d’Europe et du reste du monde.

Le samedi 19 octobre, l’Africa Expressa se produira sur scène en France à Marseille à La Fiesta des Suds, un festival des musiques du monde qui réunit chaque année plus de cinquante mille personnes.

Parmi les artistes attendus à La Fiesta des Suds figurent Rachid Taha, Tony Allen, M, Jupiter Bokondi, Cheick Tidiane Seck, The Noisettes, Damon Albarn, Fatoumata Diawara, Bassekou Kouyate and Amy Sacko.

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