Centrafricains mécontents de Sangaris

  • 4 janvier 2014
Image caption Le ministre français défend l'intervention en Centrafrique.

Un mois après le lancement de l'opération Sangaris, au sein de la population centrafricaine, c'est la rancoeur qui prime.

Sur les murs du « PK 5 », près de l'aéroport, les inscriptions « non à la France » se succèdent aux « Sangaris assassins ».

Depuis deux jours, les tentatives françaises d'installer des points fixes dans ces quartiers ont abouti à des manifestations sauvages de riverains, installant des barricades enflammées.

Certains observateurs parlent déjà d'enlisement, d'autres de manques de moyens mais pour les Centrafricains, c'est surtout la racoeur qui prime.

En visite à Bangui jeudi, le ministre de la Défense français Jean-Yves Le Drian a défendu bec et ongles l'opération.

Tout en reconnaissant la difficulté de celle-ci, il a raillé les "analystes autoproclamés" qui brandissent le risque d'enlisement, s'appuyant sur le succès récent au Mali.

« En février, des experts disaient qu’au Mali, la France commence son enlisement . Heureusement que nous n'avons pas écouté les experts », a-t-il déclaré devant des soldats français.

L'intervention de l'armée française, -en apui à la Force africaine- le 5 décembre 2013 au lendemain d'une journée sanglante dans la capitale centrafricaine, a suscité des espoirs immenses au sein d'une population épuisée par un cycle infernal de représailles entre milices chrétiennes et ex-rébellion Séléka.

Mais dans l'immense camp de déplacés de l'aéroport de Bangui, où s'entassent plus de 100.000 personnes, l'attente se transforme parfois en exaspération: « Dans ce tout petit Bangui, avec ces tous petits mercenaires étrangers, Sangaris ne peut pas régler le problème en deux jours avec leurs chars ? (...) Donnez nous des armes, on va s'en occuper, nous! », s'indigne Yaketé Souvenance, un déplacé de ce camp.

Situé sur une zone ultra sensible, ce camp est une poudrière où la tension monte à tel point que l'ONG Médecins sans frontières, qui avait installé un hôpital improvisé, a du en retirer ses expatriés, et que les distributions de vivres sont régulièrement ajournées.

« La tâche ne se fait pas en trois jours », expliquait jeudi M. Le Drian. Et la multiplicité des forces en présence n'aide pas.

Dans les quartiers populaires de Bangui, il est difficile de distinguer un anti-balaka armé -de la milice d'auto-défense soutenue par une grande partie de la population chrétienne-, d'un citoyen lambda, d'autant qu'au passage des patrouilles, il est aisé pour eux de se fondre dans la nature.

L'une des missions principales de la force Sangaris, le désarmement, est au coeur des débats. « Toute personne armée qui n'a pas lieu de l'être est désarmée, et si besoin de force », assure une source militaire. Mais la tâche est colossale, presque irréaliste, dans une capitale où les armes ont coulé à flot depuis l'entrée de l'ex-rébellion Séléka en mars.

« Le désarmement n'a pas eu lieu (...) Une partie des Séléka se sont réfugiés dans les casernes et sont restés armés. Quant aux anti-balaka, même si on leur enlève les kalachnikov, ils continuent à se battre à la machette », estime Philippe Hugon, directeur de recherche à l'Institut des Relations Internationales et Stratégiques (IRIS) en charge de l'Afrique.

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