Des voix s'élèvent contre les vidéos sur les médias sociaux visant les rwandophones en RDC

Des policiers congolais tentent de contrôler une foule d'habitants de Goma

Crédit photo, GUERCHOM NDEBO/AFP via Getty Images

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Des policiers congolais tentent de contrôler une foule d'habitants de Goma se rassemblant à la petite barière, la frontière entre le Rwanda et la République démocratique du Congo, le 17 juin 2022, après la mort d'un soldat congolais accusé d'avoir traversé la frontière et tiré sur des agents de sécurité rwandais.

Ces derniers jours des messages encourageant la violence contre des sujets rwandais circulent sur les réseaux sociaux en RDC. Mais de plus en plus de voix s’élèvent pour les condamner. Ceci intervient sur fonds de tensions entre la RDC et le Rwanda.

"Effectivement il y a des images qui ont choqué le monde. Nous avons vu à travers certaines vidéos, postées dans les réseaux sociaux, des Kinois en train de tenir des discours de haine, des discours xénophobes vis-à-vis des Tutsi, des Tutsi habitant Kinshasa', s'exprime Gentiny Ngobila Mbala, le gouverneur de Kinshasa, sur BBC Afrique.

Au-delà de la condamnation du contenu de ces vidéos, il déclare avoir demandé aux services de sécurité de protéger les populations Tutsi mais aussi "de mettre la main sur tous ceux  qui ont proféré des discours xénophobes qui sont susceptibles d’entraîner la violence."

Le gouverneur de la province du Sud-Kivu, qui partage une frontière avec le Rwanda, a lui aussi sorti un communiqué hier pour se joindre aux efforts nationaux pour mettre fin aux attaques xénophobes.

Ceci, après le meurtre ce dimanche d'un rwandophone lynché et brûlé dans la province voisine de Maniéma, selon des médias locaux.

Le porte-parole du gouvernement congolais, Patrick Muyaya, a promis que tous ceux qui menacent de s’en prendre aux Tutsi seront appréhendés et subiront la rigueur de la loi.

Parmi les personnalités qui ont haussé le ton, l’on compte le Prix Nobel de la paix, le célèbre docteur Denis Mukwege. Il y a quelques semaines, il a appelé la population à ne pas tomber dans des discours discriminatoires qui, selon lui, ne profiteront qu’aux ennemis de la RDC.

Quant a la cheffe de la mission onusienne dans le pays, elle a rappelé que la stigmatisation d’une partie de la communauté sape la cohésion nationale, indispensable en pareils moments de crise.

Bintou Keita a appelé le gouvernement congolais a poursuivre les auteurs de messages incitant à l’hostilité contre des personnes sur base de leur appartenance ethnique ou de leur nationalité.

Dans un message diffusé dimanche soir à la télévision nationale, le ministre congolais de l’intérieur, Daniel Aselo, a mis en garde contre des dérapages pendant la mobilisation de la population derrière les forces armées de la RDC. D’un ton ferme, il a déclaré que ce conflit concerne les autorités et les armées des deux pays, mais pas la population civile.

Crédit photo, GUERCHOM NDEBO/AFP via Getty Images

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Des soldats montent sur une voiture de patrouille sur la route nationale 2 en bordure de la zone qui a été attaquée par les rebelles du M23 lors d'affrontements avec l'armée congolaise à Kibumba, près de la ville de Goma, dans l'est de la République démocratique du Congo, le 1er juin 2022.

Quel est le contexte de la diffusion de ces vidéos ?

La résurgence du groupe rebelle Mouvement du 23 Mars à la frontière avec le Rwanda et l’Ouganda a envenimé les relations entre Kinshasa et Kigali. Les deux pays s’accusent mutuellement de soutenir des milices hostiles à l’autre camp, accusations qu’ils rejettent.

Les pays de l’Afrique de l’Est prévoient d’envoyer une force régionale pour combattre les groupes armés dans l’Est de la RDC. Pour l'instant, le chronogramme du déploiement de cette force régionale n'a pas été rendu public.

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