Jusqu'où ira la folle envolée des monnaies électroniques?

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Image caption La démocratisation d'internet et des terminaux mobiles a entraîné de nouveaux comportements et de nouvelles habitudes de consommation.

Depuis quelque temps, les nouveaux moyens de paiement se sont multipliés grâce à la puissance des géants du net et à la créativité des Fintech, ces start-up qui défient les banques traditionnelles en proposant des services peu coûteux et faciles d'utilisation.

Cette révolution annoncée pourrait bouleverser nos habitudes de consommation et les stratégies des professionnels du secteur.

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Image caption Le paysage des moyens de paiement est en pleine évolution.

Entrez dans un restaurant KFC de la ville chinoise de Hangzhou et vous trouverez des clients qui n'utilisent ni cartes bancaires, ni argent liquide pour se faire servir.

Le système de reconnaissance faciale est le seul utilisé.

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Image caption Une cliente dans un restaurant KFC de la ville chinoise de Hangzhou

Le système «smile to pay» signifie qu'un appareil photo au comptoir scanne le visage d'un client, vérifie son identité à partir des enregistrements de l'application Alipay et effectue le paiement.

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Image caption Alipay est le porte-monnaie électronique le plus utilisé en Asie

Les smartphones permettent aujourd'hui d'utiliser les empreintes digitales, la reconnaissance faciale ou vocale, et dans certains cas, notre simple présence physique dans un magasin peut être suffisant pour effectuer un paiement.

Envoyer un message sur un mobile pour prendre un bus ou transférer de l'argent chez soi est courant en Afrique.

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Image caption Un client dans un dépôt Orange Money de la ville de Dakar au Sénégal

Carte bancaire sans contact, paiement mobile, portefeuille électronique, reconnaissance vocale… le paysage des moyens de paiement est en pleine évolution.

Des millions de personnes se tournent de plus en plus vers leurs Smartphones non seulement pour payer, mais aussi pour gérer leur argent en demandant des prêts, en trouvant la meilleure affaire d'assurance ou en faisant un don.

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Image caption En ajoutant la reconnaissance biométrique, le téléphone est en train de gagner la bataille des nouveaux moyens de paiement

Les paiements non liquides en Chine ont augmenté de 63% de 2014 à 2015.

Au Royaume-Uni, ils ont désormais dépassé l'utilisation des billets et des pièces de monnaie.

Le défi est donc grand dans le monde.

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Jusqu'où ira la folle envolée des monnaies électroniques

Pendant ce temps, la technologie réinvente les fondements même de la Finance.

Au 16ème siècle avant JC, les marchandises étaient échangées contre une autre forme de monnaie: le cauris.

Plus tard, au 7ème siècle avant JC, les pièces de monnaie ont été frappées en Lydie, dans la Turquie moderne, à partir de l'électrum, un alliage naturel d'or et d'argent trouvé dans les lits des rivières.

Image caption Ce billet de banque chinois est fabriqué à partir de l'écorce d'un arbre

Beaucoup plus tard, le billet a été introduit en Chine.

Connus pour leur légèreté, ils ont été soutenus par l'autorité centrale.

Selon Ben Alsop, conservateur de la City Money Gallery du British Museum de Londres, cela a introduit un concept essentiel: la confiance.

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Image caption La confiance et la sécurité, ce sont les là, les premiers principes de la révolution digitale du secteur bancaire.

Confiance des autorités et confiance que ce morceau de papier valait vraiment quelque chose.

Ainsi, pendant des années, les monnaies ont traditionnellement été émises par les gouvernements via les banques centrales.

Aujourd'hui, les crypto-monnaies peuvent être créés et stockés électroniquement sur un système complètement décentralisé.

Plus d'un millier existent dans le monde, le plus connu étant Bitcoin.

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Image caption La domination du Bitcoin sur le marché des crypto-monnaies est évaluée à 55%

Tout cela soulève des questions de contrôle et d'influence.

Qui contrôle les devises, les gouvernements ou les réseaux d'ordinateurs?

Qui contrôle nos paiements, les sociétés technologiques, les fournisseurs de cartes de paiement ou les banques?

Qui contrôle votre portefeuille? Vous, ou toutes ces organisations précitées?

La puissance des données

Dans l'est de Londres, s'est implantée une nouvelle start-up qui s'est donnée pour but de développer l'intelligence artificielle.

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Avec ses douze membres, elle nourrit de grandes ambitions.

Cleo exploite un assistant numérique qui se connecte aux comptes bancaires de ses utilisateurs et les aide à gérer leur argent.

Les utilisateurs posent des questions sur leurs dépenses via Facebook Messenger, et l'application leur donne immédiatement des réponses.

Image caption Barney Hussey-Yeo, fondateur et PDG de Cleo

"J'ai lancé Cleo pour résoudre un problème personnel", explique Barney Hussey-Yeo, fondateur et PDG de 27 ans.

"Chaque mois je me retrouvais en découvert bancaire, alors j'ai construit Cleo pour me connecter à mes services bancaires en ligne et me dire quand je n'avais plus d'argent. Cela a changé mes dépenses. Cela a changé la façon dont je gérais mon porte-feuille."

L'assistant a été lancé au Royaume-Uni et compte aujourd'hui près de 100 000 utilisateurs.

Barney Hussey-Yeo veut atteindre un milliard de clients à travers le monde et "impliquer les banques".

Mais comment?

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Cleo, une nouvelle application intelligente qui vous empêchera de trop dépenser.

Il dit que les assistants numériques peuvent remplacer les applications bancaires, trouver de meilleures affaires en analysant les données des transactions des 12 derniers mois.

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Image caption Cleo promet une présence physique très minimale de la banque pour gérer votre budget et vos finances

"Cleo ne sera jamais une banque de détail, mais elle aura certaines des fonctions d'une banque de détail, comme envoyer de l'argent à des amis ou obtenir un prêt", selon Barney Hussey-Yeo.

Son audace peut être basée, en partie, sur les preuves de la Chine, où l'application WeChat de Tencent a démarré comme un service de messagerie mobile, mais est maintenant une énorme entreprise offrant une gamme de services financiers.

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Avec une base de clientèle entièrement âgée de 20 à 30 ans et n'ayant encore aucune licence d'octroi de crédit, des interrogations importantes se posent sur la capacité de Cleo à atteindre cet objectif et à atteindre l'envergure nécessaire pour réaliser ses objectifs.

Non seulement la technologie a profondément redéfini le commerce, mais elle a créé de nouvelles utilisations.

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Image caption Un client payant son repas grâce à son Smartphone

Le client dispose de plus de choix.

Qui aurait pu prédire en 2007, au moment de la création du smartphone, l'écosystème qui allait se mettre en place autour des applications qui nous guident dans notre manière de consommer, communiquer auprès de nos amis, utiliser des services divers ?

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Image caption En 2007, Apple, lance son premier téléphone, l'iPhone, pionnier des smartphones avec interface tactile multipoint

"Cela permet aux consommateurs de reprendre le contrôle de leurs données et de leurs paiements de manière sûre et sécurisée", explique Imran Gulamhuseinwala, fiduciaire de la mise en oeuvre d'Open Banking au Royaume-Uni.

Il supervise l'introduction d'un ensemble de règles de programmation informatique au Royaume-Uni, appelées Interfaces de programmation d'application (API), qui assurent la communication entre tous ces nouveaux services et banques.

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Image caption Imran Gulamhuseinwala - Open Banking au Royaume-Uni

Finalement, ils permettront également de prendre le paiement directement, avec le consentement des clients.

Les banques vont construire leurs propres API dans le reste de l'Union européenne, mais le principe reste le même.

Ce principe devrait inspirer la concurrence et, selon M. Hussey-Yeo, déplacer l'équilibre des pouvoirs.

Mais à qui pouvez-vous faire confiance?

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Image caption Les données collectées par les Smartphones sont nombreuses et sensibles.

Les consommateurs seront bombardés de marketing déroutant, ils donneront rapidement et perdront le contrôle de leurs informations personnelles, et seul le technophile bénéficiera, selon Mick McAteer, du Financial Inclusion Centre du Royaume-Uni.

Open Banking, dit-il, est "une idée stupide", ce qui conduira à plus d'exclusion financière pour ceux qui ont déjà de faibles revenus.

Il dit qu'il est naïf de la part des régulateurs de supposer que les consommateurs auront la propriété de leurs donnée.

Au contraire, il existe un danger, dit-il, d'exploitation de ces consommateurs, soit par des entreprises offrant une nouvelle forme de prêt sur salaire onéreux, soit par abus de données avec d'autres informations personnelles révélées sur les réseaux sociaux et ailleurs par des individus sans scrupules.

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Quand les portefeuilles deviennent numériques

Deux milliards de personnes dans le monde n'ont pas de compte bancaire, selon la Banque mondiale.

Le nombre est en baisse, en partie grâce aux comptes d'argent mobile en Afrique.

Cependant, au fur et à mesure que de nouveaux services sont développés et que de nouvelles méthodes de paiement sont inventées, de nouvelles questions se posent à propos de ceux qui restent.

Quel est le sort réservé aux personnes qui ne savent pas utiliser les codes QR (les codes interactifs qui contiennent des informations vitales), ou qui ne peuvent pas payer via leur mobile?

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C'est le casse-tête d'Ezetap, lancé en 2011 en Inde.

Des millions de personnes ont adopté la technologie mobile, mais une large partie de la population utilise toujours les espèces.

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Image caption Narendra Modi, Premier ministre indien

Il y a plus d'un milliard d'utilisateurs de téléphones cellulaires en Inde, qui ont brusquement été sans argent en novembre 2016, lorsque le Premier ministre Narendra Modi a annoncé le retrait de plusieurs millions de billets à forte valeur nominale.

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Ezetap révolutionne l'économie numérique en Inde

Les gros investisseurs ont parié sur Bitcoin, la plus grande crypto-monnaie, et sur les centaines d'autres qui ont été créées.

Une liste croissante de détaillants accepte Bitcoin, mais le paiement de vos courses via un tel portefeuille reste une activité très spécialisée.

La volatilité des prix et les coûts de transaction restent des problèmes a régler.

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Image caption Les montagnes russes du bitcoin ravivent la crainte d'un emballement spéculatif.

Pourquoi les crypto-monnaie, sont-elles importantes?

Entre 500 000 et 1 million de personnes dans le monde, dans une quarantaine de pays à travers 3000 associations, utilisent des monnaies locales alternatives comme le Bitcoin, qui se dénombrent par milliers.

Le bitcoin, monnaie numérique qui fonctionne de façon décentralisée, reposant sur un réseau d'ordinateurs plutôt que sous la supervision d'une banque centrale ou d'un émetteur, est en plein boom depuis quelques mois.

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Près de 70 "hedge-funds" investissent actuellement dans les crypto-monnaies et, chaque jour, sont échangés pour environ 750 millions de dollars de bitcoins.

Cette crypto-monnaie est même utilisée comme un substitut à certaines activités bancaires traditionnelles.

Des start-ups ont par exemple commencé à lever des fonds en émettant de la monnaie virtuelle via des "initial coin offerings" (ICO).

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Image caption Une ICO (Initial Coin Offering) est une méthode de levée de fonds fonctionnant via l'émission d'actifs numériques échangeables contre des crypto-monnaies.

Symbole de cet incroyable développement : en juin le bitcoin a franchi le plafond de verre des 3.000 dollars.

Il n'a depuis plus cessé de progresser en dépit d'un sérieux coup d'arrêt mi-septembre lorsqu'il a chuté de 40%.

La raison de cette baisse momentanée ?

La Banque centrale chinoise avait sommé les plateformes d'échange de monnaies virtuelles basées à Pékin et Shanghai de cesser leurs opérations de marché sur les ICO qu'elle accuse d'alimenter "la fraude fiscale et la levée de fonds illégale".

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Image caption Zhou Xiaochuan - Gouverneur de la banque centrale chinoise

"Cette décision a eu un impact très fort sur le cours du bitcoin", appuie Christopher Dembik.

Mais la spéculation a été tellement importante depuis que son prix s'est envolé.

Aussi, beaucoup disent qu'il y a un énorme potentiel dans le système qui sous-tend les crypto-monnaies: la blockchain.

Il s'agit du registre numérique des transactions, des accords et des contrats qui ne sont pas tenus dans un seul endroit, mais distribué à des milliers d'ordinateurs à travers le monde.

Chaque nouvelle transaction ou accord est entré dans un bloc, qui est ensuite ajouté à la chaîne.

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Si un ordinateur essaie de modifier une transaction précédente, tous les autres sont alertés de la tentative et la bloquent.

En pratique, cela coupe l'intermédiaire qui vérifie habituellement ces transactions, comme les sociétés de cartes de crédit, les avocats, ou même les banques elles-mêmes.

En théorie, un échange lors de l'achat d'une propriété pourrait être instantané à travers la blockchain.

Dans notre vie de tous les jours, la blockchain pourrait soutenir les paiements automatiques.

Bryan Zhang, du Centre for Alternative Finance de Cambridge, affirme que les machines intelligentes pourraient se payer entre elles.

Un réfrigérateur intelligent pourrait commander et payer du lait frais.

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À plus grande échelle, un avion retardé pourrait automatiquement payer une compensation aux passagers.

Les nouvelles monnaies numériques se multiplient

Monnaies électroniques, mobiles et autres monnaies virtuelles apparaissent partout dans le monde et suscitent un attrait encore inédit jusque-là.

Or, si le débat économique sur la question semblait clos au début des années 2000, les nouveaux supports monétaires réactivent interrogations et analyses, les problématiques de fond restant la question de la dématérialisation et la position face aux monnaies privées.

Le système bancaire hiérarchisé subit directement l'impact de ce phénomène et le système de paiement que nous connaissons est remis en cause.

Aux États-Unis, la monnaie en circulation a augmenté entre 2011 et 2015.

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Le nombre de distributeurs de billets a fortement augmenté dans les pays BRIC (Brésil, Russie, Inde et Chine) et a peu évolué dans les pays occidentaux.

Cela ne veut pas dire qu'ils n'ont pas évolué.

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Guichets automatiques: les habitudes ont-elles changé en 2017?

Le premier DAB (distributeur automatique de billets) a vu le jour à Londres le 27 juin 1967.

Mais, avec la montée en puissance des nouvelles technologies, son avenir s'annonce bouleversante.

Les distributeurs de billets vont eux se réinventer selon de nombreux analystes.

Aujourd'hui, ils proposent quatre ou cinq options (retrait d'argent, consultation des soldes, virements...).

Dans quelques pays, ils permettent déjà de prendre rendez-vous avec son banquier ou d'ouvrir un compte…

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Au Portugal, où l'on trouve la plus forte proportion de distributeurs automatiques de billets par habitant en Europe occidentale, le réseau s'est étendu aux paiements d'impôts, aux paiements de factures et même aux billets de concert et de cinéma.

Les distributeurs automatiques de billets peuvent devenir des "agences bancaires", mais la cadence sera lente.

Les banques, en dépit de leur énorme richesse, seront moins agiles dans le développement de nouveaux produits que les start-up fintech.

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Ils devront donc collaborer avec ces perturbateurs potentiels ou faire face à un défi de la part des grandes entreprises technologiques.

Pendant ce temps, les clients pour lesquels ils sont tous en concurrence pourraient bénéficier de produits moins chers et plus pratiques, mais doivent rester attentifs aux risques que l'automatisation pourrait présenter.

L'argent parle, dit-on, mais son langage devient rapidement un code informatique.

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