La Suède, le pays où la politique ne rapporte pas gros

Per-Arne Hakansson Copyright de l’image Jonas Esbjörnsson
Image caption Des députés comme Per-Arne Hakansson sont souvent vus à la cantine du Parlement suédois.

Dans ce pays d'Europe du Nord, les parlementaires n'ont pas d'assistants. Ils dorment dans un minuscule appartement et paient avec leur propre argent tout ce dont ils ont besoin jusqu'au café.

L'austérité est l'une des principales caractéristiques de la vie politique de ce pays scandinave où les parlementaires bénéficient de très peu d'avantages.

Les députés suédois font un usage très strict des deniers publics.

Lire aussi :

Suède : le verre de trop pour une ministre

La politique, dans ce pays scandinave, est dominé, entre autres, par l'austérité avec laquelle les parlementaires sont appelés à faire preuve dans l'exercice de leurs fonctions.

"Citoyens ordinaires"

"Nous sommes des citoyens ordinaires", déclare à la BBC un député du Parti social-démocrate, Per-Arne Hakansson.

"Ce n'est pas raisonnable d'accorder des privilèges aux députés, puisque notre travail est de représenter les citoyens et de vivre les mêmes réalités qu'eux. (...) Le privilège que ce nous avons est de faire ce travail [de parlementaire] et d'avoir la possibilité d'influencer les décisions"", ajoute-t-il.

Copyright de l’image Getty Images
Image caption Le Premier ministre Stefan Lofven est le seul homme politique suédois à disposer d'une voiture.

Les députés suédois bénéficient d'une gratuité des transports publics. Mais contrairement à ceux de nombreux autres pays, ils n'ont pas de voiture de fonction, ni chauffeur.

Le Parlement, par exemple, ne dispose que de trois Volvo S80. Et ce petit parc automobile n'est utilisé que par le président et les trois vice-présidents du Parlement, lors des cérémonies officielles.

"Nous n'avons pas de service de taxi. Les véhicules ne sont pas utilisés pour conduire les gens chez eux ou au travail", explique René Poedtke, un fonctionnaire du Parlement suédois.

Le Premier ministre est le seul homme politique qui a droit à une voiture de fonction, de manière permanente.

Copyright de l’image Camilla Svensk/Sveriges Riksdag
Image caption Les députés suédois gagnent beaucoup moins que les politiciens de nombreux pays.

Salaires

Les députés suédois gagnent environ 6 900 dollars US (environ 3,6 millions de francs CFA) par mois, soit la moitié du salaire de 14 000 dollars US (environ 7,4 millions de francs CFA) d'un membre du Congrès américain.

Le salaire mensuel moyen en Suède est d'environ 2 800 dollars (près de 1,5 millions de francs CFA) par mois.

"Economiquement attractif"

Les députés dont les circonscriptions sont situées en dehors de Stockholm peuvent prétendre au "traktament", une indemnité journalière pour les jours travaillés dans la capitale. A Combien ? Avec environ 12 dollars par jour, ce qui, à Stockholm, n'est que l'équivalent d'un repas frugal.

Copyright de l’image Ingemar Edfalk/Sveriges Riksdag
Image caption Avant 1957, les parlementaires suédois ne percevaient pas de salaires.

Jusqu'en 1957, les députés suédois ne percevaient même pas de salaires. Les membres de leur parti contribuaient à leur soutien financier.

Les salaires payés à partir de cette année-là étaient un moyen de s'assurer qu'aucun citoyen ne serait empêché de faire de la politique. Mais les Suédois ne voulaient pas non plus que les salaires soient trop élevés.

Comme leurs pairs d'autres pays, les députés suédois peuvent compter sur des logements subventionnés. Mais seulement ceux qui ne sont pas de Stockholm en bénéficient.

Lire aussi :

Au Portugal, comment le président a gagné sa popularité

Lits simples

Et leurs quartiers ne sont guère luxueux. Per-Arne Hakansson, par exemple, vit dans un appartement de 46 mètres carrés.

Copyright de l’image Claudia Wallin
Image caption Les appartements gérés par l'État sont meublés avec parcimonie, et les proches des parlementaires doivent payer pour y séjourner.

Certaines propriétés gérées par l'État ne sont que des studios d'une superficie de 16 mètres carrés.

De plus, les appartements ne sont pas équipés d'appareils électroménagers tels que les machines à laver ou les lave-vaisselle. Ils sont meublés avec des lits simples.

Lire aussi :

Trump invente un attentat en Suède

Loyer plafonné

L'argent du contribuable ne sert qu'à entretenir les députés : les partenaires et les membres de la famille d'un député doivent payer pour passer ne serait-ce qu'une seule nuit dans l'un des appartements.

Si un député veut vivre avec un partenaire, il doit verser la moitié du loyer à l'État.

"Nous ne paierons pas pour que d'autres personnes que les députés vivent dans ces appartements", assure Anna Aspegren, une fonctionnaire parlementaire.

Copyright de l’image Claudia Wallin
Image caption Les députés doivent aussi payer leur café avec leur propre argent.

Les députés peuvent également choisir de vivre ailleurs et de bénéficier d'une allocation de loyer plafonnée à environ 820 dollars (environ 437 000 francs CFA) par mois, ce qui est relativement bas par rapport aux prix du loyer dans les quartiers situés dans le centre-ville de Stockholm, la capitale.

Jusqu'aux années 1990, les conditions étaient encore plus austères : il n'y avait pas d'appartements subventionnés, et les députés dormaient dans leurs bureaux, qui mesurent en moyenne 15 mètres carrés.

Copyright de l’image Claudia Wallin
Image caption Les députés suédois travaillent dans des bureaux qui ne sont pas du tout luxueux.

Il est également interdit aux députés suédois d'engager des assistants personnels ou des conseillers. Les partis politiques représentés au Parlement reçoivent des allocations pour payer des assistants à tous les députés.

Travail non rémunéré

L'austérité est encore plus forte dans les institutions décentralisées de la Suède, où la fonction parlementaire est considérée comme une activité parallèle à une carrière principale.

Environ 94 % des représentants des assemblées locales travaillent sans rémunération - à l'exception des politiciens au service des comités exécutifs, lesquels reçoivent un salaire pour travailler à temps partiel ou à temps plein.

"C'est du bénévolat, qu'on a le droit de faire pendant nos heures creuses", explique Christina Elffors-Sjödin, conseillère municipale de Stockholm.