Boeing accusé de fabriquer des "cercueils volants"

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Image caption Dennis Muilenburg interrogé sur les deux crashs du Boeing 737 Max 8

Les parlementaires américains ont accusé Boeing de construire des "cercueils volants" et d'avoir " dissimulé délibérément les failles techniques" lorsque le constructeur demandait l'autorisation de mettre sur le marché son 737 Max 8.

Ces accusations surviennent alors que Dennis Muilenburg, directeur général de Boeing était interrogé par la commission sénatoriale du commerce.

Les sénateurs ont affirmé qu'ils avaient de sérieuses inquiétudes estimant que Boeing avait privilégié la recherche du profit au détriment de la sécurité.

Deux 737 Max 8 sont mis en cause dans deux crashs mortels qui ont coûté la vie à 346 personnes.

M. Muilenburg a admis que l'entreprise avait fait des "erreurs".

" Nous avons tiré les leçons des deux accidents et avons apporté des changements nécessaires " a-t-il déclaré .

En octobre 2018, un Boeing 737 Max exploité par la compagnie malaisienne Lion Air s'était abîmé en mer, les 189 personnes à bord avaient été tuées.

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Adnaan Stumo qui a perdu sa sœur dans le crash d'Ethiopian Airlines, a déclaré que M. Muilenburg devrait "démissionner"

Cinq mois plus tard, un avion d'Ethiopian Airlines s'écrasait six minutes seulement après son décollage avec 157 personnes. La compagnie avait ensuite immobilisé au sol tous les avions de type 737 Max.

Les sénateurs américains accusent Boeing d'avoir été au courant des problèmes du système anti- décrochage du 737 Max 8, connu sous le nom de MCAS et identifié comme à l'origine des deux accidents.

Le sénateur Roger Wicker a déclaré que les messages échangés entre les employés de Boeing lors de la certification, à propos des problèmes du système de test MCAS, révèlent " un niveau inquiétant de négligence et de désinvolture ".

De son côté, le sénateur Richard Blumenthal a affirmé que Boeing avait précipité le processus d'approbation et s'était engagé dans un "schéma de dissimulation délibérée".

Selon lui, les pilotes avaient été induits en erreur et que Boeing avait en effet fabriqué un "cercueil volant".

Boeing a transmis les messages au comité avant l'audition.

M. Muilenburg a déclaré qu'il n'avait appris que récemment les détails des échanges, ce qui ne lui a pas permis de préparer sa communication.

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Image caption Des membres de familles détenant des photos des victimes du crash du Boeing 737 Max

Les familles des victimes, dont plusieurs ont assisté à l'audition ont dit à la BBC que M. Muilenburg était évasif et devrait démissionner.

"Je veux qu'il dise sans ambiguïté qu'il assume la responsabilité de la mort des 346 personnes, car ces accidents pouvaient être évités", a déclaré Paul Njoroge, qui a perdu cinq membres de sa famille dans le crash de vol E 302 de la compagnie Ethiopian Airlines.

Adnaan Stumo, dont la sœur est décédée dans la même catastrophe aérienne, a aussi soutenu que M. Muilenburg devrait "démissionner" et "aller en prison".

Les sénateurs américains ont également critiqué le processus d'attribution des autorisations, affirmant qu'il y avait une "trop ​​grande proximité" entre l'entreprise et les responsables de la sécurité de la Federal Aviation Administration (FAA).

M. Blumenthal a estimé que le processus de certification américain était "absolument défaillant".

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Le sénateur américain Jon Tester a dit qu'il "marchera avant de voyager sur un 737 Max"

M. Muilenburg a déclaré que le Sénat a approuvé le projet de mise en place de mesures de contrôle "plus strictes", mais a refusé de soutenir le renforcement de l'autorité de la FAA, critiquée pour sa proximité avec des responsables de Boei

Pour M. Muilenburg, la sécurité a été renforcée avec le recours aux compétences techniques du secteur.

Boeing a également rejeté le qualificatif de "proche " donné à sa relation avec les régulateurs.

"Il n'y a pas d'intimité mais plutôt une relation professionnelle ", a déclaré John Hamilton, ingénieur en chef de Boeing.

Depuis le crash en mars dernier de la compagnie Ethiopian Air, un 737 Max, Boeing a déclaré qu'il avait réparé son logiciel et a corrigé les procédures de révision.

Les sénateurs font remarquer que les retards observés dans l'attribution de nouvelles certifications laissent apparaître de sérieux doutes.

Ils reprochent à Boeing de ne pas avoir donné suffisamment d'informations sur le système MCAS aux organismes de réglementation ou aux pilotes, malgré sa capacité à contrôler les données de vol de l'avion.

D'après la sénatrice Maria Cantwell, les crashs enregistrés cette année devraient conduire à un examen plus approfondi des systèmes de pilotage automatique, utilisés de plus en plus, non seulement dans les avions, mais aussi dans les véhicules et autres moyens de transport.ng.

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