Abattage d'un avion en Iran : " plusieurs personnes détenues"

Des équipes de sauvetage inspectent l'épave du vol PS752 d'Ukrainian International Airlines Copyright de l’image AFP
Image caption Pendant les trois premiers jours après le crash, l'Iran a nié que ses forces armées avaient abattu l'avion

Plusieurs personnes ont été arrêtées en Iran à la suite de l'abattage accidentel d'un avion de ligne ukrainien avec un missile, selon la justice du pays.

Le porte-parole Gholamhossein Esmaili a déclaré que l'enquête sur l'incident se poursuivait, mais n'a fourni aucun détail.

Le président Hassan Rouhani a déclaré que l'enquête serait supervisée par un "tribunal spécial".

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Le vol PS752 d'Ukrainian International Airlines a été abattu peu après son décollage de Téhéran mercredi, tuant les 176 personnes à bord.

La plupart des victimes étaient des citoyens iraniens et canadiens.

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Image caption Pedram Mousavi, Mojgan Daneshmand, et leurs deux filles étaient tous passagers sur le vol PS752 (capture d'écran).

Pendant les trois premiers jours, l'Iran a nié que ses forces armées avaient abattu le Boeing 737-800 et a laissé entendre qu'il y avait eu une défaillance technique.

Mais alors que les preuves s'accumulaient, les Gardiens de la révolution ont déclaré que l'opérateur d'un système de défense antimissile avait pris l'avion pour un missile de croisière américain et lui avait tiré dessus.

Les défenses aériennes de l'Iran étaient en état d'alerte parce que le pays venait de tirer des missiles balistiques sur deux bases américaines en Irak en représailles à l'assassinat du général iranien de haut rang, Qasem Soleimani, lors d'une attaque de drones américains à Bagdad.

L'aveu de responsabilité a provoqué une colère générale en Iran et les manifestants sont descendus dans les rues de la capitale et de plusieurs autres villes pour dénoncer les mensonges du gouvernement et de la direction cléricale, y compris le Guide suprême, l'ayatollah Ali Khamenei.

Indépendamment des arrestations annoncées mardi, des sources d'information non officielles en Iran rapportent que la personne qui a filmé une vidéo virale du jet ukrainien abattu, a maintenant été arrêtée près de Téhéran.

Il aurait été détenu dans la ville de Robat Karim, au sud-ouest de la capitale. Les agences de presse officielles ne signalent pas son arrestation.

Que savons-nous de l'enquête iranienne ?

M. Esmaili a déclaré lors d'une conférence de presse à Téhéran que le pouvoir judiciaire allait "enquêter sur les causes et l'impact direct de l'incident".

"Nous allons enquêter sur la mesure dans laquelle le bellicisme américain a causé cet événement. Plusieurs personnes ont été détenues et l'enquête se poursuit", a-t-il ajouté.

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Image caption Une bannière sur un lampadaire à Téhéran dit : "nous sommes tous dans la douleur et la sympathie."

Dans un discours télévisé, le Président Rouhani a déclaré que le pouvoir judiciaire réunirait un tribunal spécial avec un juge de haut rang et des dizaines d'experts pour superviser l'enquête.

"Ce ne sera pas un cas régulier et habituel. Le monde entier regardera ce tribunal", a-t-il ajouté.

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M. Rouhani a également souligné que "l'événement tragique" de mercredi ne doit pas être imputé à une seule personne.

"Ce n'est pas seulement la personne qui a appuyé sur la gâchette, mais aussi d'autres personnes qui sont responsables", a-t-il déclaré.

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Image caption Un bulldozer sur le terrain où sont tombés les débris de l'avion (capture d'écran).

"L'admission par les forces armées iraniennes de leur erreur est un bon premier pas", a-t-il ajouté.

"Nous devons assurer au peuple que cela ne se reproduira plus," poursuit-il.

Le président a également déclaré qu'il souhaitait que les responsables concernés expliquent publiquement pourquoi il a fallu des jours aux autorités pour révéler que des missiles avaient été tirés sur le vol PS752.

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Le porte-parole du gouvernement iranien a nié qu'il s'agissait d'une opération de dissimulation, affirmant que M. Rouhani n'a été informé de ce qui s'était passé que vendredi soir.

Le commandant des forces aérospatiales des Gardiens de la révolution a déclaré samedi qu'il avait informé les "responsables" de la frappe quelques heures après l'incident.

M. Esmaili a également déclaré qu'une trentaine de personnes avaient été arrêtées pour "participation à des rassemblements illégaux" - une référence apparente aux récentes manifestations antigouvernementales.

"Nous avons une tolérance envers les rassemblements légaux", a-t-il ajouté.

Lundi, les forces de police de Téhéran ont nié avoir tiré à balles réelles sur des manifestants, après qu'au moins une personne aurait été blessée par balle la nuit précédente.

Que disent les autres pays ?

Le Premier ministre britannique Boris Johnson a déclaré mardi à la BBC qu'il était "heureux" que l'Iran ait reconnu avoir fait une "terrible erreur" en abattant l'avion.

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Image caption Le Premier ministre britannique Boris Johnson (capture d'écran)

"C'est bien qu'ils se soient excusés. Le plus important maintenant est que les tensions dans la région se calment", a-t-il ajout

"J'étais à Oman juste le week-end dernier, pour parler aux gens de la région et ils ne veulent pas d'un conflit militaire entre l'Occident et l'Iran," raconte-t-il.

M. Johnson a déclaré que la prochaine étape pour l'Iran était de "rapatrier de manière digne" les corps des passagers et de l'équipage du vol PS752, qui comprenait trois Britanniques.

Le ministre ukrainien des Affaires étrangères, Vadym Prystaiko, a déclaré lundi que cinq des pays qui avaient des citoyens à bord de l'avion - le Canada, l'Ukraine, l'Afghanistan, la Suède et un pays non nommé - se réuniraient à Londres jeudi pour discuter d'une éventuelle action en justice.

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Il a déclaré que les "nations en deuil" allaient déterminer les mesures à prendre individuellement et collectivement pour "traduire les auteurs en justice et comment nous pouvons rembourser les familles qui ont souffert ".

Le Canada, qui a perdu 57 citoyens, jouera entre-temps un rôle plus actif que ne l'exigent les règles internationales dans l'enquête sur l'abattage de l'avion de ligne, selon le chef de son Bureau de la sécurité des transports (BST).

Kathy Fox a déclaré qu'il y avait des signes que l'Iran permettrait au BST de participer au téléchargement et à l'analyse des données de l'enregistreur de données de vol et de l'enregistreur de la parole dans le poste de pilotage de l'avion, aussi appelés "boîtes noires". é.