Charlie Hebdo : ce qu'il faut savoir sur l'affaire en procès

Policemen are seen next to a painting in tribute to members of Charlie Hebdo newspaper

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Deux hommes armés ont tué 12 personnes lors d'un attentat contre le bureau du magazine en 2015

Quatorze personnes sont jugées en France pour l'attentat meurtrier contre le magazine satirique Charlie Hebdo en 2015.

La plupart des complices présumés sont devant le tribunal de Paris, mais trois d'entre eux sont jugés par contumace.Ils sont accusés d'avoir aidé les agresseurs islamistes militants qui ont abattu 12 personnes dans et autour du bureau parisien de Charlie Hebdo en janvier 2015.Dans un attentat connexe, un troisième homme armé a abattu une policière, puis a attaqué un magasin juif, tuant quatre personnes.Les 17 victimes ont été tuées sur une période de trois jours. Les trois agresseurs ont été tués par la police. Ces meurtres ont marqué le début d'une vague d'attaques djihadistes dans toute la France, qui a fait plus de 250 morts.

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Dans les jours qui ont suivi les attentats de janvier 2015, des millions de personnes ont participé à des marches de solidarité en France et dans le monde entier sous le slogan "Je suis Charlie".Le magazine a marqué le début du procès en réimprimant des caricatures controversées du prophète Mahomet qui ont suscité des protestations dans plusieurs pays musulmans.Le président Emmanuel Macron a depuis défendu la liberté de la presse et la "liberté de blasphémer" française, qui est liée à la liberté de conscience.Que se passe-t-il au procès ?

Onze des défendeurs étaient présents dans la salle d'audience mercredi. Ils ont donné leurs noms et leurs professions, et tous ont confirmé leur intention de répondre aux questions du tribunal.Les survivants et les parents des victimes étaient également présents au tribunal. Gala Renaud, l'épouse d'un des journalistes tués, a déclaré aux journalistes que l'on pouvait "déjà sentir la tension"."Je voulais voir les accusés dans la boîte pour voir à quoi ils ressemblaient", a-t-elle dit, ajoutant qu'elle voulait savoir "quelles étaient leurs motivations, pourquoi cette complicité et bien sûr pourquoi des innocents ont été tués".

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Le procès se déroule dans des conditions de sécurité strictes

L'essai a été retardé de près de quatre mois en raison de la pandémie de coronavirus. En mars, le président du tribunal a déclaré que les mesures de bouclage prises par la France avaient rendu impossible le rassemblement de "toutes les parties, témoins et experts dans les conditions sanitaires nécessaires".

Les complices présumés sont accusés de s'être procuré des armes et d'avoir apporté un soutien logistique à l'attaque du bureau de Charlie Hebdo le 7 janvier 2015, ainsi qu'aux attaques ultérieures contre un policier et le supermarché Hyper Cacher.

Trois des suspects auraient disparu dans le nord de la Syrie et en Irak et seront jugés par contumace. Selon certaines informations, au moins deux d'entre eux auraient été tués lors de campagnes d'attentats à la bombe contre le groupe d'État islamique (IS). Tous trois font toujours l'objet de mandats d'arrêt internationaux.

Le procès compte environ 200 plaignants et les survivants des attentats devraient témoigner.

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Des millions de personnes ont participé à des manifestations de solidarité après les attentats de janvier 2015

Lundi, le procureur anti-terroriste Jean-François Ricard a rejeté l'idée que ce ne sont que des "petits aides" qui sont confrontés à la justice.

"Il s'agit d'individus qui sont impliqués dans la logistique, la préparation des événements, qui ont fourni des moyens de financement, du matériel opérationnel, des armes [et] une résidence", a-t-il déclaré à la radio France Info. "Tout cela est essentiel à l'action terroriste".

Parmi les personnes présentes au tribunal se trouve Lassana Bathily, un employé musulman d'origine malienne du supermarché juif qui a caché des clients de l'attentat et qui a ensuite obtenu la nationalité française.

Le procès devrait durer jusqu'en novembre.

Onze accusés sont dans la salle d'audience au début de ce procès de 49 jours, assis sous haute surveillance dans deux cabines vitrées. Tous sont masqués, il est donc difficile de lire leurs émotions.

Pour les membres des familles des 17 victimes, ce sont des moments d'émotion. Plus de cinq ans ont passé, mais il reste beaucoup à expliquer sur la façon dont les attentats ont été préparés.

L'étendue de la coopération entre les agresseurs de Charlie Hebdo et le tireur du supermarché, par exemple, n'est pas du tout évidente. On ne sait pas non plus quelle coordination il y a eu avec les chefs des groupes auxquels ils ont prêté allégeance - Al-Qaïda dans la péninsule arabique et État islamique.

Un autre aspect qui sera mis en évidence est le lien entre la terreur islamiste et la petite délinquance dans les banlieues à forte immigration.

Qu'est-ce qui s'est passé en 2015 ?

Le 7 janvier de cette année-là, deux hommes armés musulmans français - les frères Chérif et Saïd Kouachi - ont pris d'assaut les bureaux parisiens de Charlie Hebdo, rue Nicolas-Appert, avant d'ouvrir le feu sur son personnel.

Le rédacteur en chef du magazine à l'époque, Stéphane Charbonnier, plus connu sous le nom de Charb, faisait partie des quatre dessinateurs célèbres qui ont été tués.

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Footage taken from a rooftop in Paris shows two gunmen firing shots

Les hommes armés ont finalement été tués par les forces de sécurité après une longue chasse à l'homme. Leurs victimes étaient huit journalistes, deux officiers de police, un gardien et un visiteur.

Quelques jours plus tard, le tireur djihadiste Amedy Coulibaly a tué trois clients et un employé lors d'un siège d'otages au supermarché juif Hyper Cacher de la Porte de Vincennes, dans l'est de Paris.

Il avait auparavant abattu une policière dans la ville.

Les forces de sécurité ont finalement pris d'assaut le supermarché avant de le tuer et de libérer les otages restants.

Qui sont les accusés ?

Parmi eux figure Ali Reza Polat, 35 ans, qui est considéré comme le principal lien entre les deux attentats et qui aurait joué un rôle clé dans l'obtention des armes utilisées. Il a ensuite tenté de fuir vers Dubaï, le Liban et la Syrie, mais sans succès.

L'ADN de Mickaël Pastor Alwatik a été retrouvé sur deux armes à feu découvertes au domicile de Coulibaly et sur un gant sur les lieux. Mohamed Fares a déclaré aux enquêteurs qu'il était un intermédiaire impliqué dans la vente du fusil d'assaut utilisé dans l'attaque du supermarché, tandis qu'Amir Ramdani, Samir Makhlouf, Willy Prevost et Christophe Raumel sont accusés d'avoir apporté leur soutien.

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Hayat Boumedienne aurait été vue en Syrie l'année dernière

Deux personnes en Belgique - le garagiste Metin Karasular et son associé Michel Catino, un chômeur italien d'une soixantaine d'années - et deux autres dans le nord-est de la France - le garagiste Miguel Martinez et son associé Abdelaziz Abbad - sont accusées d'avoir fourni "des fusils d'assaut, des pistolets automatiques, des lance-roquettes, des chargeurs et des munitions, des gilets pare-balles" aux trois tireurs.

Hayat Boumedienne, l'associé de Coulibaly, est jugé par contumace. Elle a fui la France pour la Syrie une semaine avant l'attaque. On la croyait auparavant tuée lors d'une attaque aérienne américaine l'année dernière, mais les médias français laissent maintenant entendre qu'elle est peut-être encore en vie.

Une femme djihadiste française interrogée par les services de sécurité alors qu'elle tentait de rentrer en France leur a dit qu'elle avait vu Hayat Boumedienne dans le camp d'al-Hol pour les détenus du SI en octobre dernier et qu'Hayat Boumedienne s'était ensuite échappée du camp.

Mohamed et Mehdi Belhoucine sont accusés d'avoir aidé Hayat Boumedienne à se rendre en Syrie. Tous deux auraient été tués en Syrie ou en Irak. Mohamed Belhoucine a également fourni les adresses électroniques utilisées par les autres accusés.

Pourquoi Charlie Hebdo a-t-il été visé ?

L'hebdomadaire radical était bien connu pour ses attaques contre l'establishment et la religion française et a longtemps suscité la controverse.

Les caricatures du prophète Mahomet ont valu à Charb des menaces de mort ainsi qu'une protection policière 24 heures sur 24 avant sa mort. Les bureaux du magazine ont également été la cible d'un attentat à l'essence en 2011.

La publication a également été considérée comme un phare pour la liberté d'expression, beaucoup de ses défenseurs utilisant le hashtag #JeSuisCharlie pour la défendre.

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Le rédacteur en chef Stéphane Charbonnier fait partie des quatre caricaturistes célèbres qui ont été tués

Charb a fermement défendu les caricatures du prophète Muhammad comme symbole de la liberté d'expression. "Je ne blâme pas les musulmans de ne pas rire de nos dessins", a-t-il déclaré à l'Associated Press en 2012. "Je vis sous la loi française. Je ne vis pas sous la loi coranique.

Et mardi, le magazine a republié les dessins qui en faisaient un objectif en 2015. "Nous avons toujours refusé de le faire, non pas parce que c'est interdit... mais parce qu'il fallait une bonne raison de le faire", a déclaré un éditorial.

Il a ajouté : "Reproduire ces caricatures dans la semaine où commence le procès sur les attaques terroristes de janvier 2015 nous a semblé essentiel".

Mercredi, la plus haute autorité islamique d'Egypte, l'Université d'Al-Azhar, a déclaré que la publication de ces "caricatures offensives" était un "acte criminel".

Leur publication "renforce le discours de haine et va attiser les sentiments des croyants", a déclaré l'Observatoire pour la lutte contre l'extrémisme d'al-Azhar.

L'observatoire a également réitéré sa "ferme condamnation" de l'attentat de Charlie Hebdo."