"L’Afrique ne sera pas un terrain privilégié de la politique américaine", selon le Pr Mamadou Diouf

  • Mamadou Faye
  • Journaliste BBC Afrique
Joe Biden est le nouveau président élu des Etats-Unis.

Crédit photo, CAPTURE D'ECRAN

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Joe Biden est le nouveau président élu des Etats-Unis.

L'Amérique de Joe Biden ne sera pas sur un terrain politique privilégié en Afrique. C'est la réaction de Mamadou Diouf, professeur d'histoire à l'université Columbia de New York, sur les antennes de la BBC.

Le Pr Mamadou Diouf n'est pas enthousiaste concernant la politique extérieure des Etats-Unis, notamment en Afrique. Il l'est encore moins sur le dossier de la lutte contre le terrorisme en Afrique de l'Ouest.

L'enseignant sénégalais estime qu'en vertu de "la situation dans laquelle l'Amérique se trouvait dans les deux années précédentes, l'Afrique ne sera pas un terrain privilégié" de sa politique.

Rappelant la présence des Américains sur le front ouest-africain, Pr Mamadou Diouf est convaincu que cette présence sera "couverte".

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"Je pense que cette présence sera beaucoup plus une présence couverte et ce qui est très claire, c'est que dans la situation dans laquelle l'Amérique se trouvait dans les deux années…, l'Afrique ne sera pas un terrain privilégié de la politique américaine", a-t-il annoncé.

Pour ce professeur d'histoire, la raison est à chercher dans la perte de "crédibilité" du pays de l'oncle Sam sur le continent africain.

Par conséquent, l'un des dossiers les plus importants sur lequel l'Amérique de Biden va s'atteler est "d'essayer de récupérer une partie de la crédibilité perdue".

"Comme pour l'Afrique, il y a une perte de crédibilité, et aussi une demande de l'Amérique qui sera une demande pour essayer de récupérer une partie de la crédibilité perdue", explique Pr Diouf.

Le Pr Mamadou Diouf a aussi souligné que Joe Biden "ne va pas réagir par rapport à la démarche de Trump", qui avait annoncé la réduction des effectifs militaires du dispositif AFRICOM, de lutte contre le terrorisme en Afrique de l'Est.

"Il va plutôt réagir par rapport à ce qui a été réalisé par Trump et par le président Obama", dit-il.

Crédit photo, Getty Images

L'Amérique en Afrique

Le 5 décembre 1992, une force d'intervention unifiée (UNITAF) et multilatérale des Nations unies est déployée en Somalie, en vertu de la résolution 794 du Conseil de sécurité. L'opération "Restore Hope" (Restaurer l'espoir en Somalie), menée par les Etats-Unis, s'est soldée par un échec à la date du 4 mai 1993.

Au début, l'intervention est considérée comme une réussite avec le déploiement de 40 000 hommes, dont 30 000 américains qui portent secours aux populations. Des routes sont refaites, des hôpitaux, des écoles et des orphelinats sont réhabilités.

Mais avec l'arrivée de Bill Clinton au pouvoir en janvier 1993, l'opération est arrêtée en mai de la même année, avec la réduction à seulement 2 000 le nombre de soldats de l'UNITAF, désormais sous mandat direct de l'ONU. Quelques temps après, c'est la reprise de la guerre civile.

Par ailleurs, l'armée américaine a formé et équipé récemment, de 2002 à 2004, une brigade de réaction rapide de 150 hommes en Mauritanie, au Mali, au Niger et au Tchad pour renforcer ces pays dans la lutte contre le terrorisme, le trafic de drogue et la contrebande d'armes.

Missions secrètes

L'Amérique est aussi souvent citée dans des missions clandestines ou secrètes sur le continent africain.

Selon une enquête publiée par Le Monde diplomatiqueen juillet 2004, les chefs d'état-major de huit pays africains (Tchad, Mali, Maroc, Mauritanie, Sénégal, Niger, Tunisie et Algérie) ont été conviés les 23 et 24 mars 2004 à une réunion secrète au siège du commandement européen de l'armée américaine (Us-Eucom), à Stuttgart en Allemagne.

"La rencontre, dont les travaux sont restés secrets, concernait la coopération militaire dans la lutte globale contre le terrorisme", nous révèle le journal.

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"Cette rencontre, dit-il, traitait du Sahel, zone tampon entre le Maghreb et l'Afrique noire, entre les zones pétrolières du Nord et celles du golfe de Guinée".

Outre la visite fréquente de plusieurs secrétaires d'Etat américains sur le continent, des présidents comme George W. Bush ont également visité l'Afrique (Sénégal, Afrique du Sud, Nigéria, Ouganda et Botswana en juillet 2003).

En 2004, dans son programme d'assistance militaire aux pays du Sahel, révèle le média français, les Etats-Unis débloquent plus de 2,5 milliards FCFA (6,5 millions de dollars) pour aider le Mali, la Mauritanie, le Tchad et le Niger à venir à bout de "la contre-bande, les criminels internationaux et les mouvements terroristes".

Par son programme African Crisis Response Initiative (ACRI) l'armée américaine a contribué, entre juillet 1997 et mai 2000, à la formation de bataillons au Sénégal, au Mali, en Côte d'Ivoire, au Malawi, en Ouganda, au Ghana et au Bénin.

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Réprimande et compromis

L'universitaire a souligné que les Etats-Unis vont retourner dans leur politique de réprimande, surtout envers ses potentiels concurrents, mais ils pourront rechercher des terrains de compromis avec d'autres.

"Il est clair qu'on va retourner à la politique de containment de la Corée du Nord, c'est-à-dire que l'Amérique va être beaucoup plus agressive. L'Amérique va être beaucoup plus agressive dans sa politique russe", dit-il.

Toutefois, rappelle-t-il, "l'Amérique va essayer de trouver un compromis avec l'Iran et probablement l'Amérique va réviser donc, dans une certaine mesure, sa politique au Moyen-Orient".

Le 46e président des Etats-Unis, Joe Biden, prête serment ce mercredi à Washington, sous l'œil de plus de 25 000 soldats déployés pour éviter des violences, comme ce fut le cas le jour de l'attaque des partisans du président sortant sur le Capitole.

Pour des mesures sanitaires liées au Covid-19, une petite foule de privilégiés va assister à la cérémonie d'investiture.

En lieu et place des invités, 191 500 drapeaux américains sont installés sur la grande esplanade entre le Capitole et le monument de Washington.

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