Jeux Olympiques 2021 : Sarah Hanffou, la pongiste aux trois vies

  • Par Babacar Diarra
  • BBC Sport Afrique

Avocate de profession, la pongiste camerounaise, ancienne membre de l'équipe de France, participe à ces deuxièmes Jeux Olympiques avec en guise de moteur son association dédiée à l'éducation des enfants à travers le monde.

Crédit photo, SAEED KHAN

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Sarah Hanffou en action

"À bientôt 35 ans, mon projet sportif il est lié à tout ce qu'il y a autour dans ma vie."

Pour sa deuxième participation aux Jeux Olympiques, Sarah Hanffou part avec des ambitions qui dépassent le résultat qu'elle obtiendra à Tokyo.

Sans son association Ping sans Frontières, rien ne dit qu'elle aurait été au bout de cette olympiade rallongée d'une année en raison de la pandémie Covid-19.

"Le fait d'aller aux Jeux c'est aussi de la lumière pour Ping sans Frontières, de rencontrer d'autres personnes et de parler du projet. C'est ce qui m'anime tous les jours."

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Ce projet s'appuie sur la pratique du sport, en l'occurrence celui qu'elle pratique le tennis de table, comme support éducatif à travers le monde.

Sarah Hanffou l'a mûri puis lancé en 2005 alors qu'elle représentait l'équipe de France à l'époque.

"En 2005, j'étais aux Jeux de la Francophonie au Niger et ça a été un gros choc, je me suis rendu compte de tous les privilèges que j'avais. Là-bas, l'équipe nationale jouait sur une table en bord de route alors que moi je changeais de tee-shirts à chaque fois que je recevais de nouveaux équipements. Et en rentrant en France, je me suis dit que je devais faire quelque chose. Du coup avec les collègues de l'équipe de France, on a commencé à collecter notre matériel et à les donner au lieu de le jeter."

Une association implantée dans 16 pays

Aujourd'hui, l'implantation a pu se faire dans 16 pays en Asie, en Amérique du Sud mais surtout en Afrique.

Deux projets structurels sont notamment en cours sur le continent : un au Burundi pour les enfants en situation de handicap mis à l'écart au sein de la société et un à Takoradi au Ghana où sont proposés des cours de ping-pong accompagnés de soutien scolaire pour les enfants.

Crédit photo, Ishmael Armah

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Des enfants de Takoradi au Ghana s'initient au ping pong et bénéficient aussi d'un soutien scolaire grâce à l'association de Sarah Hanffou

"Les valeurs du sport sont transférées dans les salles de classes. Les enfants bénéficient d'équipement de tennis de table mais aussi de tutorat", détaille Ishmael Armah, professeur dans une école de Takoradi au Ghana.

En s'impliquant dans son association, l'avocate a aussi pu renouer avec ses racines et c'est ainsi qu'elle a décidé de revêtir en 2010 les couleurs du Cameroun, pays de son père, alors qu'elle avait stoppé sa carrière de pongiste pendant plusieurs années.

Crédit photo, Hannah McKay - Pool

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Sarah Hanffou avec la délégation du Cameroun lors de la cérémonie d'ouverture des JO de Tokyo 2020

"En retournant au Cameroun, il y avait bien évidemment l'envie de connaitre le pays de mon père mais aussi l'envie d'aider via l'association. Et en rencontre les gens de la Fédération, on s'est dit que l'autre manière d'aider c'est de jouer sous les couleurs du Cameroun pour mettre un peu de visibilité sur ce sport."

La native de Roubaix y est parvenu en franchissant un tour lors des Jeux de Londres en 2012 avant de tomber au deuxième tour contre son ex-partenaire française Xian Yifang.

Une organisation 'militaire'

Avec une vie menée tambour battant entre ses activités dans son cabinet à Toulon, ses entrainements et son association, la discipline acquise lors de son passage en tant que réserviste au sein de l'armée française lui permet de ne pas se disperser.

"Ces 5 ans d'expérience dans l'armée ça me sert vraiment au quotidien. La manière avec laquelle j'organise mes journées est d'ailleurs assez militaire."

Sa capacité d'organisation transpire chez ceux qui l'accompagnent sur le terrain pour mener son projet.

"Sarah est une femme professionnelle. C'est une leader exceptionnelle qui sait motiver ses troupes mais aussi diriger tout en participant aux efforts collectifs", loue Ishmael Armah depuis le Ghana.

En jonglant entre toutes ses fonctions dans un emploi du temps serré, Sarah Hanffou veut démontrer que la carrière de sportive n'empêche pas de s'engager dans d'autres sphères.

"Un sportif ce n'est pas qu'un joueur de ping-pong ou un joueur de foot. Pour son équilibre personnel, il faut bien évidemment développer d'autres choses, pour son éducation et pour comprendre le monde dans lequel on vit mais aussi pour penser à l'après-carrière. Bien évidemment, ça demande de l'engagement et de la discipline."

Par l'intermédiaire de son association, Sarah espère donc accompagner un maximum d'enfants à travers le monde afin de leur donner de bonnes bases.

"Le fil conducteur de tout ça, c'est d'aider les jeunes en difficulté et de changer leur trajectoire de vie. On ne vise pas le haut niveau, on vise vraiment l'éducation des jeunes."

"S'il y a des champions qui naissent de ce programme, ce sera fantastique mais ce n'est vraiment pas le but. On préfèrerait vraiment avoir des gens équilibrés bien dans leur vie et dans leur peau."