Changement climatique : le gaz dont l'impact est croissant sur la hausse des températures (et qui n'est pas le dioxyde de carbone)

  • Matt McGrath
  • BBC
Émissions de méthane

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Selon les experts, une campagne agressive de réduction des émissions de méthane peut permettre au monde de gagner du temps dans la lutte contre le changement climatique.

L'une des principales conclusions du rapport du GIEC (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat), récemment publié, est que les émissions de méthane ont largement contribué au réchauffement actuel.

L'étude révèle que 30 à 50 % de l'augmentation actuelle des températures sont dus à ce gaz puissant, mais à courte durée de vie.

Une source négligée du réchauffement

Les principales sources de méthane sont l'agriculture, les fuites provenant de la production de pétrole et de gaz et les décharges.

Depuis des décennies, les efforts déployés pour limiter le réchauffement de la planète se concentrent sur les émissions de dioxyde de carbone (CO2) en constante augmentation dues aux activités humaines, telles que la production d'électricité et le déboisement.

Il y a de bonnes raisons scientifiques à cela, puisque le CO2 est le principal moteur des températures. Il est responsable d'environ 70 % du réchauffement qui s'est produit depuis la révolution industrielle.

Le méthane (CH4), en revanche, n'a pas bénéficié de la même attention.

Cela pourrait changer, car au début de l'année, une importante étude des Nations unies a mis en évidence son impact environnemental.

Aujourd'hui, comme l'indique le rapport du GIEC de cette semaine, l'influence du méthane a été calculée comme ajoutant environ 0,5°C au réchauffement que connaît actuellement la planète.

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Mais d'où vient tout ce méthane ?

Environ 40 % du gaz provient de sources naturelles telles que les zones humides, mais la plus grande partie provient désormais d'une série d'activités humaines.

"Il s'agit d'une combinaison de sources, de l'agriculture, notamment l'élevage de bétail et la production de riz, une autre grande source de méthane étant les décharges", explique le professeur Peter Thorne, de l'université de Maynooth (Irlande), et un des auteurs du rapport du GIEC.

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Des bulles de méthane s'échappent d'une zone humide en Suède.

"L'une des plus importantes provient de la production, du transport et de l'utilisation du gaz naturel - qui est vraiment mal nommé et devrait être appelé gaz fossile", poursuit M. Thorne.

Depuis 2008, les émissions de méthane ont connu un gros pic, qui, selon les chercheurs, est lié au boom de la fracturation du gaz dans certaines régions des États-Unis.

En 2019, le méthane dans l'atmosphère a atteint des niveaux records, environ deux fois et demie supérieurs à ce qu'ils étaient à l'ère préindustrielle.

Ce qui inquiète les scientifiques, c'est que le méthane a du muscle lorsqu'il s'agit de chauffer la planète.

Sur une période de cent ans, il est 28 à 34 fois plus réchauffant que le CO2.

Sur une période de vingt ans, il est environ 84 fois plus puissant par unité de masse que le dioxyde de carbone.

Toutefois, le CH4 présente un avantage majeur : il ne reste pas aussi longtemps dans l'air que le CO2.

"Si vous émettez une tonne de méthane aujourd'hui, dans une décennie, je m'attends à ce que la moitié de cette tonne reste dans l'atmosphère", souligne le professeur Thorne.

"Dans deux décennies, il resterait un quart de tonne, donc en gros, si nous parvenions à arrêter d'émettre du méthane aujourd'hui, d'ici la fin du siècle, les émissions seraient redescendues aux niveaux naturels, c'est-à-dire à ce qu'elles étaient vers 1750", analyse-t-il.

Une différence potentiellement énorme

À court terme, les experts estiment que si les émissions de méthane étaient réduites de 40 à 45 % au cours de la prochaine décennie, l'augmentation de la température mondiale serait réduite de 0,3°C d'ici à 2040.

Dans un monde où chaque fraction de degré compte, c'est une différence potentiellement énorme pour les espoirs de maintenir le seuil de 1,5°C.

Ce qui enthousiasme de nombreux chercheurs, c'est la conviction qu'il existe une série d'actions relativement simples qui peuvent rapidement freiner la production de méthane.

"Il est relativement peu coûteux de réduire certaines des sources", a déclaré le professeur Euan Nisbet, de l'université Royal Holloway de Londres.

"Je parle en particulier des fuites de l'industrie gazière, qui sont aujourd'hui tellement plus faciles à trouver qu'il y a dix ou vingt ans, car les instruments sont tellement meilleurs."

"Il y a des choses que nous pouvons faire assez rapidement - sous les tropiques, on peut mettre de la terre sur ces énormes décharges urbaines et on peut faire beaucoup pour arrêter les feux de déchets de culture", explique Euan Nisbet.

Les changements à apporter

Les solutions rapides fonctionnent vraiment. Aux États-Unis, les efforts visant à collecter le gaz des décharges ont permis de réduire les émissions de méthane de 40 % entre 1990 et 2016.

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La collecte de gaz sur les sites de décharge aux États-Unis a permis de réduire le méthane émis par les décharges.

Dans l'agriculture, de nombreux changements techniques liés au fumier et à l'alimentation animale peuvent également contribuer à réduire les émissions.

Mais pour obtenir des réductions vraiment importantes, il faudra une action politique.

Dans des pays comme l'Irlande et la Nouvelle-Zélande, où l'agriculture joue un rôle capital dans l'économie, ces changements sont controversés.

Pour réussir, ils devront être justes et équitables.

"Vous ne pouvez pas simplement dire que les gens ne peuvent plus élever de bovins ou de moutons", précise le professeur Thorne.

"Il faut des politiques capables de faciliter la transition vers d'autres moyens de gérer la terre, mais cela ne se fera pas en déclarant que l'on ne peut plus élever du bétail, il faut une approche beaucoup plus nuancée", analyse M. Thorne.

Le choix des consommateurs en matière de produits laitiers et de viande aura certainement un impact sur ce secteur.

L'industrie pétrolière et gazière est également confrontée à un défi de taille pour réduire le méthane.

Jusqu'à présent, les réglementations n'ont pas réussi à stopper les fuites, mais les entreprises de combustibles fossiles s'intéressent de plus en plus à l'utilisation de technologies permettant d'identifier et d'endiguer rapidement les émissions.

"Si vous observez la situation d'un point de vue objectif, l'industrie s'améliore, elle améliore les fuites, elle améliore le nombre d'incidents, mais ce n'est pas assez rapide", renseigne Arnel Santos, un vétéran de 25 ans de l'industrie pétrolière chez Shell et maintenant directeur d'exploitation de la société de technologie énergétique mCloud Technologies.

"Nous devons aller plus vite par rapport à ce défi, pour vraiment montrer que nous pouvons déployer rapidement la technologie pour augmenter ce qui se fait, parce que les améliorations à ce jour ne seront pas assez rapides avec ce que nous voyons", indique M. Santos.

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L'agriculture est l'une des sources de méthane les plus difficiles à maîtriser.

Le plus grand changement à apporter est peut-être de distinguer le méthane des autres gaz à effet de serre sur la scène internationale.

Certains s'inquiètent du fait que, comme les négociateurs des Nations unies sur le climat traitent tous les gaz à effet de serre dans le cadre du même processus, ils risquent de faire des compromis, des comparaisons et des concessions sur le méthane qui brouillent les efforts de réduction de ces émissions.

Nombreux sont ceux qui réclament désormais un processus distinct pour le méthane, sur le modèle du protocole de Montréal, qui a réussi à rassembler les pays pour réglementer les gaz appauvrissant la couche d'ozone.

"Pour mettre fin au réchauffement à long terme, nous devons arrêter les émissions de dioxyde de carbone", déclare le professeur Thorne.

"Mais pour nous aider sur cette voie, nous pourrions traiter ces gaz différemment. Et si nous devions traiter le méthane différemment, cela pourrait nous permettre de gagner du temps pour nous adapter aux changements qui se produisent", explique-t-il.

"C'est le dioxyde de carbone qui doit absolument atteindre le zéro net, assure M. Thorne. Mais si nous voulons stopper le réchauffement à long terme, le méthane peut absolument nous aider sur ce chemin."