Le Nigeria et le Cameroun peuvent-ils apprendre de la Catalogne?

Des manifestants Igbos estiment que le gouvernement central du Nigeria ne représente pas leurs intérêts
Image caption Des manifestants Igbos estiment que le gouvernement central du Nigeria ne représente pas leurs intérêts

La crise dans la région espagnole de Catalogne est surveillée de près au Nigeria et au Cameroun, où les mouvements sécessionnistes ont intensifié leurs campagnes pour l'indépendance, comme le rapporte le rédacteur en chef de la BBC Pidgin, Adejuwon Soyinka.

De nombreux Nigérians et Camerounais se sont tournés vers l'Espagne, espérant trouver une solution pacifique et s'inspirer de la demande d'indépendance dans la région catalane.

Mais cela a changé lorsque la violence a éclaté lors du référendum sur l'indépendance tenu en Catalogne le 1er octobre, au mépris du gouvernement central et des tribunaux espagnols.

Le commentateur politique Onyedimmakachukwu Obiukwu, membre de l'ethnie Igbo, qui est au centre de la campagne visant à créer l'Etat séparatiste du Biafra dans le sud-est du Nigeria, dénonce les mauvais traitements subis par les militants biafrais.

Tout comme la police espagnole a été accusée d'utiliser une force excessive contre les Catalans qui ont pris part au vote contesté, l'armée nigériane a été accusée par le mouvement des peuples indigènes du Biafra (Ipob) d'envahir le sud-est et de tuer des innocents.

Les raids ont été condamnés et qualifiés de "primitifs et lâches" par un autre mouvement sécessionniste, le Mouvement pour la renaissance de l'État souverain du Biafra.

Copyright de l’image AFP
Image caption Au Nigeria, les militaires considéraient l'Ipob comme un groupe terroriste et l'ont interdit.

L'armée a défendu à plusieurs reprises ce qu'elle appelle l'opération "Python Dance II", le déploiement massif de troupes dans le sud-est pour réprimer les manifestations en faveur de l'indépendance.

Le Cameroun voisin a également été frappé par des appels à l'indépendance, cette fois pour les deux régions anglophones du Cameroun, un pays majoritairement francophone.

Les anglophones protestent depuis des mois affirmant qu'ils sont marginalisés.

Le 1er octobre, les forces de sécurité ont abattu 17 manifestants lors d'affrontements dans la région, selon Amnesty International.

Les autorités sont même allées jusqu'à imposer une coupure d'Internet dans les région du nord-ouest et du sud-ouest, qui sont les deux principales régions anglophones.

Media playback is unsupported on your device
Cameroun : Manifestation à Bamenda (Vidéo)

Présumé groupe terroriste interdit

Avant le vote d'indépendance en Catalogne le 1er octobre, les défenseurs de l'autodétermination au Cameroun et au Nigeria avaient considéré l'Espagne comme un modèle pour ce qu'ils qualifiaient de "divorce" sans rancune.

Cela a changé dans une certaine mesure lorsque la police nationale a été envoyée pour perturber le référendum d'indépendance officieux que le gouvernement régional catalan avait organisé.

Au Nigeria, les militaires considéraient l'Ipob comme un groupe terroriste et l'ont interdit.

En vertu de nouvelles lois, il est désormais illégal de faire partie du réseau Ipob ou de se trouver avec des affiches, des dépliants ou même des vêtements portant le logo ou l'inscription d'Ipob, n'importe où au Nigéria.

Copyright de l’image AFP
Image caption La police anti-émeute patrouille dans les rues de Buea dans la région anglophone

Des manifestations pacifiques

Une différence majeure est que les séparatistes catalans ont été élus pour diriger un gouvernement régional.

Le Nigeria a un système fédéral conçu pour parer aux demandes d'indépendance, mais les sécessionnistes n'ont été élus dans aucun des cinq États à majorité Igbo.

Et avec l'Ipob interdit, le groupe est évidemment incapable de participer aux élections.

Des manifestations d'indépendance pro et anti-catalanes ont eu lieu en Espagne sans affrontements majeurs avec les forces de sécurité.

Cependant, au Cameroun et au Nigeria, toute manifestation publique est immédiatement annulée, entraînant des arrestations et, dans certains cas, des morts.

La différence se situe également au niveau de la couverture médiatique des mouvements séparatistes.

Copyright de l’image AFP
Image caption Alors que les autorités nigérianes semblent opposées à l'idée de négociations avec les partisans des mouvements de sécession, le président camerounais, Paul Biya au pouvoir depuis 35 ans a appelé au dialogue.

Les mérites d'un Etat catalan proposé et les défis auxquels il ferait face ont été abordé lors des débats en Espagne.

C'est un contraste initial avec le Nigeria et le Cameroun où les activités des groupes sécessionnistes ont été criminalisées et la plupart du temps étouffées par la couverture médiatique locale.

Mieux vaut être sécessionniste au Cameroun qu'au Nigeria

Alors que les autorités nigérianes semblent opposées à l'idée de négociations avec les partisans des mouvements de sécession, le président camerounais, Paul Biya au pouvoir depuis 35 ans a appelé au dialogue.

Cela rend-il les autorités camerounaises différentes?

Non, selon Wilfred Tassang, vice-président du conseil de gouvernement du Southern Cameroons Ambazonian, qui a été interdit par les autorités.

Il soutient qu'une telle déclaration de M. Biya n'est qu'une façade pour couvrir ce qu'il a décrit comme les atrocités du gouvernement contre les gens de la région anglophone.

Selon M. Tassang, si la situation dans ces pays n'est pas traitée avec soin, un conflit armé à grande échelle peut être inévitable.

Et cela semble être l'inquiétude du président nigérian Muhammadu Buhari qui a mis en garde les nigérians dans une déclaration : "En tant que jeune officier de l'armée, j'ai participé du début à la fin à notre tragique guerre civile, qui a coûté la vie à environ deux millions de personnes, entraînant des destructions effroyables et des souffrances indicibles... Ceux qui étaient là devraient raconter à ceux qui ne l'ont pas vécu les conséquences d'une telle folie. "

Lire aussi :

Cameroun: restriction des libertés dans le sud-ouest

Nigeria: un policier tué, 32 partisans pro-Biafra arrêtés

Guerre du Biafra : 50 ans déjà

Sur le même sujet