Des témoignages pour et contre Khalifa Sall

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Image caption Khalifa Sall et une dizaine de ses collègues sont placés en détention depuis mars 2018.

Le procès du maire de Dakar s'est poursuivi ce vendredi, avec des témoignages à charge et à décharge envers l'édile de la capitale sénégalaise et ses coinculpés.

Abdoulaye Diagne, un comptable de la mairie, et Ibrahima Traoré, le responsable d'un groupement d'intérêt économique basé à Dakar, ont fourni au tribunal des témoignages mettant en cause Khalifa Sall.

Le maire de Dakar est poursuivi en même temps qu'une dizaine de collègues pour "association de malfaiteurs" et "détournement de deniers publics estimés à 1,830 milliard de francs CFA".

Interrogé sur les dépenses sociales de la mairie, dont une quantité de riz que le conseil municipal aurait offerte à des Dakarois, M. Diagne a dit n'avoir jamais reçu cette denrée. En sa qualité de comptable, il s'est occupé de la gestion du magasin de stockage de denrées alimentaires de la mairie, de 2011 à 2017, une période correspondant à celle des faits incriminés.

Pourtant, les factures présentées par Khalifa Sall et ses avocats sont libellés au nom d'une entreprise privée dont le patron, Ibrahima Traoré, dira au tribunal n'avoir jamais su que son groupement d'intérêt économique (GIE) était un client de la mairie de Dakar.

"On m'a dit que mon entreprise livrait du riz à la mairie"

"C'est quand j'ai été convoqué à la DIC (une antenne de la police judiciaire du Sénégal, Ndlr) qu'on m'a dit que mon GIE livrait du riz à la mairie", a affirmé M. Traoré, niant formellement être un client de l'institution municipale.

Le numéro de téléphone du chauffeur qui livrait du riz à la mairie ne lui appartient pas, a-t-il argué.

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Les témoignages d'Abdoulaye Diagne et d'Ibrahima Traoré laissent croire à l'existence de fausses factures, qui auraient été élaborées au profit de la mairie de Dakar.

En revanche, Moussa Sy, deuxième adjoint du maire de Dakar, et Mamadou Diop, un ancien maire de la capitale sénégalaise, ont fourni au tribunal des témoignages mettant Khalifa Sall hors de cause.

Ils affirment tous les deux que les fonds mis par l'Etat à la disposition de la mairie de Dakar existent depuis plusieurs décennies et n'ont jamais fait l'objet d'un contrôle de l'Etat.

M. Sy a déclaré que, sous le magistère de Pape Diop (2002-2009), le prédécesseur de Khalifa Sall, des centaines de millions de francs CFA étaient distribués à des nécessiteux de Dakar. Selon lui, des "familles religieuses" du pays, même en dehors de Dakar, en ont bénéficié.

"Familles religieuses"

Selon Mamadou Diop, qui a dirigé la mairie pendant plusieurs décennies jusqu'en 2002, une partie des populations dakaroises, et même certains partis politiques, ont bénéficié des "fonds" dont l'usage a valu son emprisonnement à Khalifa Sall, sans que la mairie ait à en justifier l'usage.

Khalifa Sall et une dizaine de collaborateurs sont placés en détention préventive depuis mars 2017.

Membre du Parti socialiste, une formation politique membre de la majorité présidentielle, il est considéré comme un potentiel candidat à l'élection présidentielle de février 2019, contre une éventuelle candidature du président actuel, Macky Sall. Il n'a pas encore publiquement dit s'il sera candidat ou pas. Elu maire de Dakar en 2009, il a été réélu en 2014.

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