Génocide rwandais : ouverture à Bruxelles d'un procès en appel

François Misser, Bruxelles, BBC Afrique

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Image caption Le mémorial du génocide rwandais à Kigali

Ce vendredi s'ouvre à Bruxelles le procès en appel sur l'abandon, par l'armée belge, de 2.000 personnes massacrées au Rwanda en avril 1994. L'Etat belge et trois officiers militaires, dont l'un est décédé depuis les faits, sont visés dans cette affaire.

Le procès est intenté par trois familles de survivants de la tragédie de l'Ecole technique officielle, survenue le 11 avril 1994, au moment du génocide rwandais, qui a fait entre 500.000 et 800.000 morts, selon un bilan de l'ONU. Cette tragédie a été immortalisée par le film britannique "Shooting Dogs", basé sur le témoignage d'un journaliste de la BBC.

Ce jour-là, quelque 2.000 personnes, dont plusieurs centaines d'enfants, ont été assassinées par les miliciens hutus interahamwe.

Les victimes étaient des Tutsis pour la plupart. Il y avait aussi quelques Hutus, dont l'ancien ministre rwandais des Affaires étrangères, Boniface Ngulinzira, qui avait signé les accords de paix de 1993 entre le gouvernement de Kigali et le Front patriotique rwandais.

Le massacre a eu lieu après le départ des casques bleus belges, dont le chef, le colonel Luc Marchal, comparait vendredi.

Des ordres au caractère "manifestement criminel"

Selon les plaignants, les paras belges qui protégeaient l'Ecole technique officielle ont reçu l'ordre de la quitter pour évacuer des civils belges vers l'aéroport de Kigali. L'ordre a été donné par le colonel Marchal, numéro deux de la mission de l'ONU.

Toute la question est de savoir qui, de l'ONU ou de la Belgique, est responsable de l'abandon des Rwandais assassinés. La Belgique avait interjeté appel après le procès en première instance, entraînant le report de la décision.

L'avocat d'une rescapée, Luc Walleyn, cité par le quotidien "La Libre Belgique", estime que la vraie responsabilité incombe à l'Etat belge. Ce même journal rappelle que c'est Bruxelles, et non New York, qui a décidé du retrait du contingent de casques bleus belges après le massacre de dix d'entre eux, le 7 avril 1994, par des militaires des forces armées rwandaises.

Selon Eric Gillet, l'un des avocats des plaignants, le tribunal devra aussi trancher la question délicate de savoir si les officiers belges auraient dû désobéir à leur hiérarchie, compte tenu du caractère "manifestement criminel" de ces ordres.

De nouvelles audiences sont prévues les 8 et 15 mars prochain.

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