Pourquoi la RDC est optimiste face à Ebola

Toutes les flambées précédentes en RDC ont été relativement de petite ampleur.
Image caption Toutes les flambées précédentes en RDC ont été relativement de petite ampleur.

La RDC est convaincue qu'elle arrêtera le virus Ebola.

En dépit d'un territoire vaste comme deux fois la France et un système de santé délabré, la République démocratique du Congo est convaincue qu'elle sera en mesure de contenir l'épidémie de la maladie à virus Ebola, qui a déjà fait 27 morts.

Un cas a été enregistré à Mbandaka, une ville peuplée d'un million d'habitants.

Il a fait craindre que la maladie ne se propage rapidement dans toute la ville, comme ce fut le cas en Afrique de l'Ouest, il y a quatre ans.

Cette flambée qui avait touché la Guinée, la Sierra-Leone et le Libéria avait fait plus de 11.000 morts.

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Dr Jean-Jacques Muyembe fait partie des chercheurs qui ont identifié Ebola pour la première fois en 1976 en RDC, alors appelée Zaïre.

Il était surtout membre des équipes qui ont répondu à chacune des huit flambées d'Ebola dans le pays.

La maladie a même hérité son nom du cours d'eau où le patient zéro a été identifié.

Image caption Les zones affectées par l'épidémie

"Je suis confiant car je pense que nous avons une très bonne expérience de cette maladie et nous allons arrêter cette épidémie le plus rapidement possible", a-t-il déclaré à la BBC.

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Toutes les flambées précédentes en RDC ont été relativement de petite ampleur.

Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la plus importante à ce jour, celle de 1976 portait sur 318 cas et avait fait 280 décès.

La RDC a un plan de riposte

Cette expérience est utile chaque fois qu'il y a une nouvelle flambée.

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"Nous avons été très positivement surpris que dans la plupart des zones que nous avons visitées, elles disposent d'un plan de riposte et d'une équipe d'intervention", a déclaré le Dr Michel Yao, gestionnaire des opérations d'urgence au bureau régional Afrique de l'OMS.

Il a déclaré que les équipes d'intervention dans le pays savent quoi faire et peuvent passer à l'action dès que la maladie se signale.

L'épidémie actuelle s'est déclarée le 8 mai à Bikoro, une petite ville rurale au nord de la capitale, Kinshasa.

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Au Congo Kinshasa, le virus Ebola gagne la ville de Bandaka

Les équipes d'intervention mobilisée par le gouvernement et des organisations internationales se sont déplacées rapidement vers les zones touchées.

Mais les efforts ont été entravés par les défis logistiques.

"Ce qui doit être fourni, c'est principalement un soutien logistique pour leur permettre d'atteindre les zones à haut risque et les populations les plus exposées", a déclaré le Dr Yao.

La RDC est un vaste pays qui a, à peu près, la taille de l'Europe occidentale, avec un couvert forestier dense et peu de routes praticables, en particulier dans les zones rurales.

Les organisations internationales qui ont répondu à l'épidémie - l'OMS et Médecins Sans Frontières, entre autres - ont créé un pont aérien pour aider au convoyage des agents de santé et l'acheminement des fournitures médicales dans les zones touchées.

Mais même les hélicoptères ont eu du mal à atterrir dans des endroits reculés comme Iboko, la dernière zone à signaler des cas d'Ebola.

Il n'y a pas de routes qui mènent à la région.

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Image caption L'épidémie actuelle s'est déclarée le 8 mai à Bikoro

"Nous envoyons des gens sur le terrain pour couper l'herbe afin que les hélicoptères puissent atterrir", a déclaré le Dr Yao.

Cet éloignement peut avoir contribué à minimiser les risques de propagation des épidémies précédentes.

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Sans les transports en commun, le nombre de personnes avec lesquelles on entre en contact est considérablement réduit.

Les populations plus petites dans les villages ont également signifié que l'isolement des patients rend compliqué le suivi ou la localisation de leurs contacts par rapport à une grande ville.

"Dans ces endroits, il est plus facile d'atteindre toutes les personnes touchées", a déclaré le Dr Yao.

Ebola change les règles

Lorsque le premier cas a été confirmé à Mbandaka le 17 mai dernier, l'alerte a été déclenchée.

La ville de plus d'un million de personnes est un centre de transport traversé par le fleuve Congo.

Il y a des déplacements fréquents entre cette ville et la capitale Kinshasa, ainsi que Brazzaville au Congo voisin.

"C'est un changement important, un changement de règle majeur", a annoncé Peter Salama, directeur général adjoint de l'OMS chargé de la préparation aux situations d'urgence et des interventions.

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Image caption Un vaccin disponible contre la maladie

Il a ajouté que le nombre de personnes avec lesquelles une personne atteinte d'Ebola peut entrer en contact dans une zone urbaine est plus important.

Les unités d'isolement et les centres de traitement actuellement utilisés font partie intégrante d'une stratégie relativement récente dans la lutte contre le virus Ebola.

Ils ont été utilisés lors de la flambée qui s'est signalée en Afrique de l'Ouest.

Auparavant, les patients étaient isolés mais dans des structures hospitalières.

Les tentes spécialisées pour l'isolement des malades et autres cas confirmés ou suspects n'étaient pas encore disponibles.

A Mbandaka, MSF a mis en place des centres de traitement, mais une brèche majeure s'est produite lundi lorsque des proches de trois patients les ont emmenés "pour des prières" dans une église locale.

Que fait-on pour arrêter le virus Ebola ?

Une campagne de vaccination a également été lancée dans la ville.

Les acteurs intervenants dans la riposte sanitaire espèrent qu'elle aidera à arrêter la propagation de la maladie.

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Ebola: l'évaluation optimiste de l'OMS

La stratégie prend également en compte un volet sensibilisation avec des messages diffusés à travers la radio, dans les écoles, les églises et de bouche à oreille.

Cette option vise à éduquer les populations sur le virus Ebola et comment le prévenir.

L'Unicef a installé des unités de lavage des mains dans plus de 50 écoles.

La mission de maintien de la paix de l'ONU dans le pays (MONUSCO) a également été engagée, pour une mission différente : stabiliser la sécurité dans l'Est en difficulté.

Les casques bleus fournissent un appui au niveau du transport aérien dans les régions affectées.

Agir rapidement pour contrôler une épidémie d'Ebola s'avère très important pour arrêter sa propagation.

Et la République démocratique du Congo a montré qu'il était possible de lutter contre le virus Ebola même dans un pays où les hôpitaux ne sont pas bien équipés, manquent de matériel et de personnel.

Sept Congolais sur dix ont peu ou pas accès aux soins de santé.

L'épidémie à Mbandaka n'est pas la première dans une zone urbaine dans le pays.

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"A Kikwit, c'était aussi une épidémie dans une zone urbaine, à moins de 500 km de Kinshasa", a rappelé le ministre de la Santé, Oly Illunga Kalenga.

Le Dr Muyembe se souvient de l'incident de 1995: "un de nos patients s'est échappé de Kikwit et est venu à Kinshasa, il a été reçu à l'hôpital et nous n'avons pas eu d'autre cas d'Ebola."

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Image caption Selon l'Organisation mondiale de la santé (OMS), la plus importante à ce jour, celle de 1976 portait sur 318 cas et avait fait 280 décès

En 1976, il a également voyagé avec une infirmière qui avait une forte fièvre à Yambuku - la zone touchée - à la capitale.

"Elle est morte et a infecté deux autres infirmières", a déclaré le Dr Muyembe.

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Il n'y avait pas d'autres cas.

Compte tenu de ces antécédents, le Dr Muyembe et le ministre de la Santé ne doutent pas que le pays a ce qu'il faut pour arrêter une épidémie d'Ebola.

Le Dr Yao de l'OMS résume l'esprit de la riposte : "Ils savent quoi faire".