Au Cameroun, le visage caché de la crise anglophone

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Parti de simples revendications sociales, le conflit prend une tournure inquiétante.

Un homme met calmement feu à une maison, sous le regard d'un groupe d'au moins 12 hommes vêtus de treillis, de casques et de sangles noires, semblables à ceux portés par une unité de l'armée d'élite au Cameroun.

"Je veux mourir !" Ce sont les mots d'un chef de village lancés à ses bourreaux alors qu'ils le frappent et menacent de le tuer. Ils semblent être membres d'une milice séparatiste.

Capturés en vidéo et largement diffusés sur les réseaux sociaux, ils font partie des dizaines de clips qui ont été diffusés au Cameroun au cours des six derniers mois, dont certains ont été analysés par BBC Africa Eye.

Certains d'entre eux montrent des villages en feu. D'autres révèlent des actes de torture et d'assassinat. Beaucoup sont trop graphiques.

Souvent confus et difficiles à vérifier, ces images semblent montrer une nation glissant vers une guerre civile brutale, dans un contexte marqué la tentative du gouvernement de contrôler une insurrection armée dans les régions anglophones de l'ouest du Cameroun.

La crise au Cameroun anglophone :

Image caption Les soldats du BIR (Rapid Intervention Battalion), une unité d'élite de l'armée, portent un uniforme distinctif
  • Elle a commencé en 2016 avec des manifestations d'avocats, d'étudiants et d'enseignants anglophones
  • Les protestations contre la marginalisation de la majorité francophone ont fait l'objet d'une répression
  • Des activistes ont été arrêtés et plusieurs manifestants fusillés par les forces de sécurité
  • Les demandes séparatistes pour un État indépendant ont augmenté, ce qui a entraîné un regain de violence
  • Certains ont symboliquement proclamé l'indépendance d'un nouvel état appelé "Ambazonia"
  • Quelque 160 000 personnes ont fui leur foyer au Cameroun, selon l'ONU
  • Plus de 20 000 ont fui vers le Nigeria
  • Les journalistes se voient refuser l'accès aux zones de conflit

Les images enregistrées fin avril 2018 montrent qu'une unité d'au moins 13 soldats a incendié une maison à Azi, un village de la région anglophone du sud-ouest du Cameroun.

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BBC Africa Eye a confirmé l'emplacement en faisant correspondre les bâtiments à l'imagerie satellitaire et en comparant les dégâts causés par le feu dans une vidéo du même village filmée précédemment.

Ces hommes semblent être des membres des forces de sécurité du gouvernement. Leurs treillis, leurs casques et leurs sangles correspondent à ceux portés par le BIR (Rapid Intervention Battalion) du Cameroun, une unité d'élite de l'armée qui a été équipée et entraînée par les États-Unis et Israël.

Un habitant a également déclaré à la BBC que les troupes qui ont détruit des maisons à Azi appartenaient au BIR. Mais un porte-parole du gouvernement dit que l'identité des hommes n'est pas claire.

"Ils [les séparatistes] peuvent acquérir des uniformes militaires de la Brigade d'Intervention Rapide ou de toute autre brigade des forces de défense pour perpétrer leur crime et accuser nos forces de défense et de sécurité", a déclaré le ministre camerounais de la Communication Issa Tchiroma Bakary.

Il a déclaré à la BBC que l'incident faisait l'objet d'une enquête pour "faire la lumière sur ce qui s'était exactement passé".

Ravagé par le feu

Une camera-amateure a capturé une autre attaque le 29 avril, cette fois à Munyenge, également dans la région du Sud-Ouest, montrant le centre du village en flammes.

La BBC a parlé à trois habitants de Munyenge qui disent tous que le village a été détruit par les forces gouvernementales.

Interactif Glissez d'un côté pour voir dégâts opérés dans le village de Munyenge

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Village de Munyenge, Cameroun

Un homme a dit que les troupes avaient incendié de nombreuses maisons, tué des civils et décapité un corps.

Les images satellites d'avant et d'après cette attaque montrent l'étendue de la destruction.

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Quelques jours plus tard, début mai, une vidéo postée sur Facebook montre le village voisin de Kuke Mbomo après un raid vraisemblablement mené par des soldats.

Image caption Ces images montrent la destruction de Kuke Mbomo, 25 km au Nord du Mont Cameroun

BBC Africa Eye a examiné les clips, image par image, et a confirmé son emplacement.

La vidéo montre un homme tenant des balles réelles et criant à la caméra : "Elles sont pour nous, pour les civils, pour nous abattre !"

Les militants anglophones disent que près de 70 villages dans le Sud-Ouest ont été ciblés au cours de l'année écoulée et que la violence continue.

Image caption Un homme de Kuke Mbomo avec des balles en main pour, selon lui, tuer les habitants

En utilisant des images satellites, la BBC a identifié au moins quatre villages qui ont été largement endommagés par le feu ces derniers mois.

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