La Commission vérité et réconciliation ne rassure pas en Gambie

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Image caption Des soldats gambiens pro-Jammeh ont commis des crimes

A peine créée il y a un mois, la Commission vérité et réconciliation de Gambie peine à inspirer confiance auprès des victimes qu'elle est pourtant censée auditionner.

Il y a dans un premier temps, une menace de boycott des rescapés du massacre des étudiants d'avril 2000 à Banjul et ce mercredi, un témoin clé dans l'assassinat du journaliste Deyda Hyadara a annoncé son choix pour une plainte contre l'Etat gambien au lieu d'attendre le processus de vérité et réconciliation.

NyanSarang Jobe sort du rang et décide de porter plainte contre l'Etat de Gambie auprès de la Haute Cour de Justice de Banjul.

"Le cas de Nyan est unique en ce sens que des gens ont obtenu réparation à partir du même incident dans lequel elle a été blessée? Nous abordons donc ce dossier d'un point de vue des droits de l'homme pour dire qu'elle a été discriminée" précise son avocat maitre Malick Jallow.

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En décembre 2004, Nyansarang Jobe est assise dans un véhicule que conduisait le journaliste Deyda Hydara. Les junglers, hommes de main supposés de Yahya Jammeh tirent sur la voiture et Deyda Hydara meurt sur le coup.

NyanSarang Jobe reçoit plusieurs balles dans ses jambes. Elle est évacuée à Dakar où elle reste en exil jusqu'à la chute de l'ancien président de Gambie.

En juin dernier, l'Etat de Gambie accorde à la famille de Deyda Hydara la moitié d'une réparation à hauteur de 50.000 dollars sur ordre de la cour de justice de la CDEAO.

En choisissant ce moment pour attaquer l'Etat de Gambie en justice, NyanSarag Jobe veut aussi montrer la voie aux autres victimes selon son avocat Malick Jallow.

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"Ce n'est pas correct de donner aux victimes l'impression qu'avec la commission vérité et réconciliation, personne ne peut aller en justice. Non, cela est infondé, les tribunaux sont toujours là. Il s'agit de considérer ce qui convient aux circonstances, ce qui est faisable et raisonnable."

S'il partage ce point de vue, Baba Galleh Jallow, le secrétaire exécutif de la Commission gambienne vérité et réconciliation a quelques appréhensions.

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"La recherche de la vérité n'empêche pas des poursuites s'il y a preuve que tu tort a été causé à quelqu'un. Mais cela peut avoir un impact sur le processus de vérité parce que les gens vont penser que c'est une justice sélective".

Les craintes de Baba Galleh Jallow semblent justifiées par la menace de boycott des survivants du massacre de 14 élèves les 10 et 11 avril en 2000.

Lors de ces évènements Yusupha Mbye reçoit deux balles au cou et au dos. Aujourd'hui handicapé, il est le porte-parole de ses camarades survivants.

"Les victimes meurent une à une. S'ils ne peuvent pas nous aider à nous soigner nous allons boycotter la commission vérité et réconciliation."

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Obiang Nguema :"il faut protéger Yahya Jammeh"

Tout en annonçant la création d'un conseil pour prendre en charge les victimes nécessitant des soins d'urgence, le secrétaire exécutif de la Commission vérité et réconciliation de Gambie tente de rassurer les gambiens.

"Je dois juste dire aux victimes que nous travaillons dur pour que les gens obtiennent justice et réparation au fur et à mesure du processus."

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