Martin Fayulu : l'ancien magnat du pétrole qui veut être président du Congo

Martin Fayulu Copyright de l’image AFP

L'ancien magnat du pétrole Martin Fayulu est l'un des principaux candidats à l'élection présidentielle de dimanche en République démocratique du Congo, selon Dickens Olewe, de la BBC.

Une affiche de campagne pour l'ancien dirigeant de l'industrie pétrolière le montre en train de retrousser consciencieusement ses manches, prêt à diriger le pays.

En dessous, un slogan promet qu'il veut créer "un Congo digne et prospère".

Mais M. Fayulu, 62 ans, est confronté à une vive concurrence avec Emmanuel Ramazani Shadary, candidat du parti au pouvoir et choix du président sortant Joseph Kabila, et Felix Tshisekedi, autre leader de l'opposition.

Son choix comme candidat à la présidence de la coalition Lamuka le mois dernier a été une surprise.

Opposé à Mobutu

Bien qu'il soit devenu politicien à temps plein en 2006 et qu'il ait été député, il est surtout connu comme homme d'affaires.

Ses détracteurs disent que cela comptera lourdement contre lui lors des élections, et ils doutent qu'il défendra les intérêts des pauvres s'il gagne.

L'engagement de M. Fayulu en politique a commencé lors de la Conférence nationale souveraine de 1991 qui a réuni des délégués de différentes régions, partis politiques, organisations de la société civile et chefs traditionnels pour faire campagne pour la démocratie multipartite.

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Image caption Les supporters de Martin Fayulu sont confiants qu'il va créer la surprise.

Le dirigeant de l'époque, Mobutu Sese Seko, a permis la tenue de la conférence après avoir subi des pressions nationales et étrangères pour mettre fin au régime du parti unique.

Mais il a ignoré l'appel en faveur d'une démocratie multipartite et a finalement été forcé de quitter le pouvoir en 1997.

La transition de M. Fayulu du monde des affaires à la politique a eu lieu en 2006 lorsqu'il a été élu député.

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L'électorat pourrait se diviser

Auparavant, il avait fait carrière pendant deux décennies, à partir de 1984, au sein du géant pétrolier américain Exxon Mobil, où il avait occupé des postes dans plusieurs États africains.

Son dernier poste c'est l'Éthiopie, où il était directeur général de l'entreprise.

En mars 2009, M. Fayulu a participé au lancement du parti politique Engagement pour la citoyenneté et le développement et a été nommé à sa tête.

Il est actuellement l'un des trois députés du parti, ce qui laisse entendre qu'il n'obtient pas un appui massif de la part des électeurs.

Quelques jours après le choix de M. Fayulu comme candidat à l'unité de l'opposition, deux membres de l'alliance, Felix Tshisekedi et Vital Kamerhe, ont dénoncé l'accord.

Ils ont dit que leurs partisans s'opposaient à ce choix de M. Fayulu.

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Image caption Martin Fayulu avait initialement l'appui de tous les chefs de l'opposition

Aujourd'hui, M. Tshisekedi, le fils d'Etienne Tshisekedi, chef de file de l'opposition, décédé en 2017, est également candidat à la présidence, et sa présence sur le bulletin de vote menace de diviser le vote de l'opposition.

Touché par balle

Mais M. Fayulu est convaincu qu'il a suffisamment de soutiens pour gagner.

Il a deux grands partisans, l'ancien vice-président Jean-Pierre Bemba et Moise Katumbi, ancien gouverneur de la province riche en minerais du Katanga, qui ont tous deux été empêchés par la commission électorale de se présenter.

"Les Congolais m'appellent le soldat du peuple", a déclaré M. Fayulu à l'émission de radio Focus on Africa de la BBC, répondant à une question sur son manque de popularité.

L'homme d'affaires a participé à des manifestations contre la prolongation du mandat de M. Kabila.

Le deuxième et dernier mandat du président aurait dû prendre fin en 2016 et les retards dans la tenue de l'élection présidentielle ont fait naître des soupçons quant à sa volonté de s'accrocher au pouvoir.


"Le soldat du peuple"

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  • Né à Kinsasha le vendredi 21 novembre 1956
  • De confession chrétienne
  • Surnommé par ses partisans le "soldat du peuple".
  • A terminé une carrière de 20 ans chez Exxon Mobil en 2003.
  • Élu député en 2006 et 2011
  • Parti politique lancé en 2009

Le 19 septembre 2016, une balle a frôlé la tête de M. Fayulu après que la police a tiré sur des manifestants anti-Kabila dans la capitale, Kinshasa.

Au moins 17 personnes ont été tuées dans les affrontements.

"Fayulu était présent lors des manifestations contre Kabila pour protester contre Kabila et de nombreuses personnes à Kinshasa le connaîtront", a déclaré Francesca Bomboko, directrice de Berci International, à la BBC.

"Sa nomination en tant que candidat de l'opposition conjointe a sans aucun doute accru sa visibilité, ce qui pourrait contribuer à accroître sa popularité ", a-t-elle ajouté.

Presque comme pour dissiper les questions sur son profil public, M. Fayulu a partagé des photos aériennes de ses rassemblements, montrant d'énormes foules.

Certains des rassemblements ont toutefois été perturbés par les forces de sécurité et, dans certains cas, ses partisans ont été tués.

L'ONG Human Rights Watch a accusé les autorités d'avoir violemment réprimé ses rassemblements.

"C'est lui qui incarne la véritable opposition, s'il reste incorruptible, Fayulu peut devenir le nouvel Etienne Tshisekedi", a déclaré Albert Moleka, analyste politique congolais.

"Kabila voit Fayulu comme un radical et je pense qu'il commence à voir la menace que Fayulu pourrait représenter pour lui."

M. Fayulu affirme vouloir rétablir la sécurité dans le pays touché par le conflit et prévoit de déplacer la principale base logistique de l'armée de Kinshasa vers l'est, un point focal de la violence.

Il vise également à modifier les contrats miniers et pétroliers au profit du pays et souligne que sa carrière chez Exxon Mobil l'a préparé à ce poste.

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Image caption La République Démocratique du Congo n'a jamais connu d'alternance démocratique

Malgré les défis, M. Fayulu est optimiste quant à ses perspectives de devenir le prochain président du vaste État d'Afrique centrale.

"Mes chances sont énormes", a-t-il dit à la BBC.

"Et avec un candidat aussi faible que M. Shadary, il n'y a pas de problème. J'ai une base élargie sur l'ensemble du territoire ", dit-il.

En plus d'être un personnage connu dans la capitale Kinshasa, où il possède un hôtel, sa famille est originaire de la province occidentale du Bandundu, ce qui signifie qu'il pourrait également y recueillir des voix.

Il espère que la présence d'un autre grand candidat de l'opposition ne compromettra pas ses chances lors du vote de dimanche.

Les candidats à la présidentielle en RDC

  • Né le 29 Novembre 1960 à Kasongo, dneastern DR Congo
  • Allié de longue date du président Kabila
  • Est devenu ministre de l'Intérieur en 2016
  • Sous le coup de sanction de l'UE pour des accusations de violation des droits de l'homme au cours de manifestattions
  • Sa réputation lui a valu le surnom de "l'homme des situations difficiles"
  • Né à Kinshasa le 13 juin 1963
  • Surnommé Fatshi, abréviation de trois de ses prénoms Felix Antoine Tshilombo
  • Son père a fondé le principal parti d'opposition l'UDPS en 1982
  • Parti pour la Belgique en 1985
  • A étudié l'économie et le marketing
  • Devenu leader de l'UDPS en mars 2018
  • Vise à faire de la lutte contre la pauvreté sa priorité

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