Au Liberia, quel bilan pour le président George Weah ?

Il y a un an, lors de son investiture, le président George Weah promettait "le changement" aux Libériens. Copyright de l’image AFP
Image caption Il y a un an, lors de son investiture, le président George Weah promettait "le changement" aux Libériens.

L'ancien footballeur de renom élu à la présidence du Liberia, il y a un an jour pour jour, parle à ses compatriotes comme le ferait un prédicateur. Pour calmer ses compatriotes et rejeter les critiques dont il fait l'objet.

A la veille du Nouvel An, George Weah a invité son gouvernement et ses partisans à l'inauguration d'une église familiale. A cette occasion, il a donné un service religieux de plusieurs heures, selon Jonathan Paye-Layleh, un correspondant de la BBC à Monrovia.

"Dieu a donné à chacun un talent qu'il peut utiliser pour son propre bénéfice", enseigne George Weah, vêtu pour la circonstance d'une robe blanche, aux fidèles de l'église "Forky Jlaleh Family Fellowship".

Usant de la métaphore, comme le font souvent les hommes d'église, le lauréat en 1995 du Ballon d'Or - une récompense destinée au meilleur footballeur en Europe - compare les hommes politiques aux joueurs d'une équipe de football. "Quand vous êtes sur le terrain, vous devez savoir qu'il y en a d'autres sur le banc des remplaçants, qui sont prêts à vous remplacer à tout moment." Des propos salués d'une salve d'applaudissements par les fidèles, selon Jonathan Paye-Layleh.

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Image caption L'ancien entraîneur d'Arsenal, Arsène Wenger, a reçu un accueil héroïque lors de sa visite au Liberia.

Mais Weah n'est pas prophète en son pays, encore moins au sein de l'Eglise catholique libérienne. A la fin de l'année, le Conseil des églises du Liberia s'est fait le porte-parole de certains fidèles, exprimant la frustration ressentie après l'euphorie de la victoire à l'élection présidentielle de l'ancien attaquant du PSG, de l'AS Monaco, du Milan AC, de Chelsea, de Manchester City et de l'OM.

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"Il y a environ un an, nous avons élu un gouvernement dans l'espoir que nos vies seraient transformées sur le plan économique. Mais le plus souvent, ce que nous entendons, c'est le côté négatif de la gouvernance, les défis économiques... la corruption, les abus de pouvoir, les fraudes, le gaspillage", déplore sur Prime FM, une radio locale, un responsable du Conseil des églises du Liberia.

Le Parti de l'unification du peuple, une formation de l'opposition, se montre plus sévère envers le président Weah: "A la fin de votre première année au pouvoir, notre peuple (…) a faim ; l'équation du pain (…) devient de plus en plus complexe. Une économie peu performante n'est pas un bon signe pour la paix et la sécurité ; quand les gens ont faim, ils sont très certainement en colère ; le Liberia est en colère parce que son peuple a faim."

Sept choses à avoir sur George Weah:

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Image caption George Weah (à droite) lors d'un match de Ligue des champions entre le Spartak Moscou et le PSG
  • Né le 1er octobre 1966, il a grandi dans un bidonville de Monrovia
  • Arsène Wenger, entraîneur de l'AS Monaco, le fait venir du Cameroun. Il signe avec l'AS Monaco
  • Il fait ses débuts à Monaco en 1988, puis joue pour le Milan AC, le PSG, Chelsea, etc.
  • George Weah est le seul Africain à avoir remporté le Ballon d'Or
  • Il se présente pour la première fois à l'élection présidentielle en 2005 et est battu par Ellen Johnson Sirleaf
  • George Weah est diplômé d'une université américaine
  • Il est élu président du Liberia en janvier 2018.

Peu avant le premier anniversaire de son élection, à l'approche du Nouvel An, le président, parlant encore en homme d'Eglise, affirme devant les membres de sa congrégation qu'il n'y avait pas de raison pour les Libériens de céder au découragement: "Oublions tous les revers de 2018 et concentrons-nous sur la nouvelle année (…), ce que Dieu vous a donné est suffisant."

N'empêche, les critiques fusent contre lui. Ses contempteurs affirment par exemple que la publicité faite sur le retrait de son maillot numéro 14 était l'une de ses priorités après son élection, ce qui traduit, selon eux, le manque de vision du chef de l'Etat.

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George Weah: du football au fauteuil présidentiel

Après sa victoire à l'élection présidentielle, la capitale, Monrovia, a vibré au rythme de cérémonies organisées à l'honneur d'Arsène Wenger, l'entraîneur de football qui l'a fait venir à Monaco en 1988. La plus haute distinction du Liberia a été décernée à Wenger par le nouveau chef de l'Etat, qui s'est retiré du football en 2003 pour se lancer dans la politique.

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Le président Weah est un modèle pour de nombreux jeunes Libériens. Il a grandi dans un bidonville de Monrovia. Devenu l'une des plus grandes stars du football mondial, il est retourné à l'université pour terminer ses études avant de se faire élire sénateur, puis chef d'Etat.

Mais il lui est reproché de n'avoir pas donné le bon exemple parce qu'il n'a pas fait une déclaration publique de patrimoine, comme l'attendaient beaucoup de Libériens. Face à la pression de l'opinion publique, George Weah a fini par déposer auprès des services compétents, en juillet dernier, une déclaration de patrimoine, qui reste encore à rendre publique... Certains de ses compatriotes doutent ainsi de sa détermination à lutter contre la corruption.

M. Weah est également accusé de privilégier ses intérêts personnels sur les affaires publiques, notamment dans la réalisation de deux grands projets immobiliers. Le camp présidentiel minimise ces critiques, affirmant que leur écho est la preuve que le Liberia est maintenant un bon endroit pour tous les investisseurs.

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Image caption Le président aime évoquer sa carrière de footballeur pour motiver ses proches.

"Maintenant que (…) notre président assure la sécurité de tout le monde, il donne en même temps la garantie à tous de pouvoir investir dans notre pays", argue Mulbah Morlue, le président du parti au pouvoir.

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George Weah est également critiqué pour la gestion de plusieurs projets d'infrastructures publiques, dont l'amélioration des routes dans son propre fief. Lorsqu'il a ordonné la réfection du toit de plus de 200 maisons dans le bidonville de Gibraltar, à Monrovia, où il est né et a grandi. Il était dit officiellement qu'il s'agissait d'un projet financé par M. Weah, avec ses propres moyens.

Mais quelques mois après la fin des travaux, les médias locaux dévoilent une note de service du ministère des Finances ordonnant le transfert de près d'un million de dollars US (environ 53,3 milliards de francs CFA) provenant des fonds publics, pour la réfection des maisons. Et jusqu'à présent, le ministère des Finances est resté silencieux sur la note de service en question, selon le correspondant de la BBC.

Tout cela mine la confiance envers l'autorité du chef de l'Etat et ravive le débat sur son leadership, dans les médias locaux. Mais M. Weah a été chaleureusement applaudi en octobre lorsqu'il a annoncé la gratuité de la scolarité dans les universités et les collèges publics. Mais certains Libériens craignent que la décision ne soit pas mise en œuvre correctement.

Avant cette annonce, l'Université du Liberia avait du mal à joindre les deux bouts. Et elle fonctionne actuellement avec seulement la moitié des fonds dont elle a besoin. Certains, dont le leader étudiant Martin Kollie, voient dans la promesse du président de la République une tactique visant à détourner l'attention des allégations de détournement de 100 millions de dollars libériens (environ 362 millions de francs CFA). Cet argent - des billets de banque nouvellement imprimés et destinés à la banque centrale du Liberia - aurait disparu lors de son convoyage.

Les billets commandés en novembre 2017, avant l'élection de M. Weah, auraient disparu des conteneurs du port et de l'aéroport de Monrovia en mars 2018, deux mois après que M. Weah est élu président. Le gouvernement a ordonné une enquête en septembre… Et le journaliste qui a révélé la disparition présumée des fonds a reçu des menaces de mort.

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Le défi de George Weah : relancer l’économie du Liberia

Des manifestations ont été organisées sous le slogan "Bring Back Our Money" (Rendez-nous notre argent), mais le gouverneur de la banque centrale, Nathaniel Patray, dément la disparition des fonds. N'empêche, les Libériens ont été confrontés à une grave pénurie d'argent liquide, faisant la queue pendant des heures, et parfois des jours, pour retirer de l'argent.

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Image caption Le bidon de Gibraltar a vu naître et grandir l'actuel président libérien.

La pénurie est telle que les clients désirant retirer par exemple 25.000 dollars libériens (environ 160 dollars US ou 85.000 francs CFA) ne se voit remettre que 5.000 dollars libériens (environ 36 dollars US ou 17.000 francs CFA).

Et George Weah repousse catégoriquement les critiques dont il fait l'objet, affirmant, lors de l'inauguration d'une route, quelques jours avant Noël, qu'il était habitué à la pression.

"Rappelez-vous que j'étais [footballeur], j'ai joué devant 100.000 personnes, 200.000 personnes ; si je jouais mal, ils se moquaient de moi ; j'étais hué dans ce cas-là ; malgré les huées, je suis devenu lauréat du Ballon d'Or. Tout ce que vous dites, tout ce que vous faites pour ternir ma réputation, (…) c'est une perte de temps pour vous même", s'est-t-il défendu.

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