Manifestation au Soudan : affrontements entre les forces armées à Khartoum

Selon des témoins oculaires, des soldats ont tenté de chasser des camionnettes qui tiraient des gaz lacrymogènes lors de la deuxième nuit d'un sit-in. Copyright de l’image Getty Images
Image caption Selon des témoins oculaires, des soldats ont tenté de faire partir des camionnettes qui tiraient des gaz lacrymogènes lors de la deuxième nuit du sit-in.

Des éléments de l'armée soudanaise ont pris des mesures pour protéger les manifestants à Khartoum après que les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour démanteler un sit-in.

Selon des témoins oculaires, des soldats ont tenté de faire partir des camionnettes qui tiraient des gaz lacrymogènes lors de la deuxième nuit de ce rassemblement.

Les manifestants exigent la démission du président Omar el-Béchir.

Des manifestants se sont réfugiés dans un bâtiment de la marine, alors que les tensions entre les forces armées étaient palpables, d'après un témoin.

Jusqu'à présent, Omar el-Béchir a refusé les demandes visant à mettre en place un gouvernement de transition.

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Que s'est-il passé cette nuit ?

Une manifestante a révélé à l'émission Newsday de la BBC qu'un certain nombre de camionnettes sont arrivées et ont commencé à tirer des gaz lacrymogènes et des balles réelles sur les milliers de manifestants qui participaient à un sit-in dans la capitale soudanaise.

Elle a expliqué que l'armée était d'abord neutre, mais qu'elle a ensuite essayé de chasser les forces de sécurité.

L'identité des forces de sécurité n'est pas claire, mais selon des informations obtenues par le rédacteur en chef de BBC Africa, Fergal Keane, des agents du puissant Service national de renseignement et de sécurité (NISS) étaient présents parmi ces forces.

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Selon le témoin oculaire, les forces de sécurité sont revenues pour une deuxième attaque et les personnes ont ensuite couru vers une installation de la marine pour se mettre à l'abri des tirs.

Ali Ibrahim, de l'association des professionnels soudanais (SPA), qui a organisé la manifestation, a déclaré à l'agence EFE que des unités militaires avaient tiré en l'air pour empêcher les forces de sécurité de disperser le sit-in.

Le sit-in avait eu lieu à l'extérieur du quartier général de l'armée. L'Agence France-Presse cite des témoins qui affirment que l'armée a désormais déployé des troupes autour du bâtiment et érigé des barricades dans les rues près de l'enceinte. Les intentions de l'armée concernant la manifestation restent floues.

Le ministre de l'Information, Hassan Ismail, a déclaré que les manifestants devant le QG avaient été "évacués totalement" et que l'appareil de sécurité était "unie et fonctionnait avec une énergie positive et en harmonie".

Image caption Carte Khartoum

Des divisions armées ?

Analyse de James Copnall, ancien correspondant de la BBC au Soudan

L'État soudanais compte de nombreux groupes armés et des signes de tensions entre eux existent.

Les manifestants accusent le NISS et les Rapid Support Forces (RSF) de tenter de les chasser de la manifestation. La RSF est une milice loyale au président Bachir qui est composée d'anciens membres des Janjawids, les combattants accusés d'avoir commis de nombreuses atrocités au Darfour.

Au cours des dernières 48 heures, plusieurs manifestants ont confié à la BBC que des membres des Forces armées soudanaises (SAF) les avaient protégés du NISS et du RSF. Cependant, de nombreux Soudanais continuent de se méfier des forces armées, en raison de leur rôle dans le maintien au pouvoir du Président Bachir et leur conduite dans la succession des guerres civiles du pays.

Certains analystes pensent que les cadres moyens de la SAF sont favorables aux manifestants, les hauts gradés étant plus susceptibles d'être loyaux envers le président. Mais la position des différents groupes armés est aujourd'hui l'une des questions clés au Soudan.

Comment ce mouvement de contestation a-t-il commencé ?

Tout a commencé vendredi lorsque des manifestants sont descendus dans la zone à l'extérieur du QG pour demander la destitution de M. Bashir et de son gouvernement.

Il s'agissait de la plus grande manifestation contre le président depuis le début des troubles en décembre et marquait le 34ème anniversaire du coup d'État qui a renversé le régime de l'ancien président Jaafar Nimeiri.

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Image caption Les manifestants semblent espérer un coup d'Etat interne, suppliant le commandement de l'armée de destituer M. Bashir, au pouvoir depuis près de 30 ans, et d'ouvrir la voie à un gouvernement de transition.

Les manifestants semblent espérer un coup d'Etat interne, suppliant le commandement de l'armée de destituer M. Bashir, au pouvoir depuis près de 30 ans, et d'ouvrir la voie à un gouvernement de transition.

La police affirme qu'une seule personne est morte lors des dernières manifestations - à Omdurman, la ville jumelle de Khartoum - mais des informations provenant des réseaux sociaux indiquent qu'au moins cinq manifestants ont été tués.

Depuis le début des troubles, Human Rights Watch affirme que la violence liée aux manifestations a tué 51 personnes, bien que des officiels aient estimé ce chiffre à 32, rapporte l'AFP.

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Pourquoi les Soudanais protestent-ils ?

À l'origine, les protestations avaient été déclenchées par une hausse du coût de la vie, mais les manifestants appellent à présent le président à la démission.

L'économie soudanaise est mise à rude épreuve depuis que les États-Unis ont imposé des sanctions il y a plus de 20 ans, accusant Khartoum de parrainer des groupes terroristes.

En décembre, le gouvernement a annoncé que le prix du carburant et du pain allait augmenter. L'année précédente, l'inflation avait augmenté alors que la monnaie soudanaise avait perdu rapidement de sa valeur.

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Image caption Des éléments de l'armée soudanaise ont pris des mesures pour protéger les manifestants à Khartoum après que les forces de sécurité ont tiré des gaz lacrymogènes pour démanteler un sit-in.

Le règne de M. Bashir a été ébranlé par des accusations de violation des droits de l'homme. En 2009 et 2010, la Cour pénale internationale (CPI) l'a inculpé de génocide, de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité. Un mandat d'arrêt a été délivré contre lui.

En février, il semblait qu'il allait céder aux protestations et se retirer, mais M. Bashir a déclaré l'état d'urgence nationale.

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Il reconnaît la colère légitime des manifestants mais une alternance est possible seulement en passant par la case des élections.

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Image caption Les manifestants exigent la démission du président Omar el-Béchir.

Qui sont les manifestants ?

L'association des professionnels soudanais (SPA), regroupant des agents de santé et des avocats, a organisé les manifestations.

Les médecins sont devenus une force de premier plan et, par conséquent, sont pris pour cible par les autorités.

On estime que les deux tiers des manifestants sont des femmes, qui disent manifester contre la société sexiste et patriarcale du Soudan.

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