Crise au Sahel : le Burkina Faso va armer des civils contre les militants

Des gens avec leurs affaires empilées sur une remorque de fortune tirée par un âne Copyright de l’image Getty Images
Image caption La violence au Burkina Faso a forcé plus de 500 000 personnes à fuir leur domicile

Les autorités du Burkina Faso, aux prises avec une vague croissante d'attaques de militants islamistes qui touchent la région, prévoient de donner des armes à des civils, selon la loi "portant institution de volontaires pour la défense de la patrie".

Le gouvernement burkinabé est sous pression pour prendre de nouvelles mesures afin de tenter d'endiguer les militants.

Les membres du parlement ont voté le 21 janvier à l'unanimité en faveur de l'armement des civils, une mesure qui, selon eux, contribuerait à combattre les groupes armés. Il est prévu de promulguer une loi à ce sujet.

Les attaques des militants liés à Al-Qaïda et au groupe de l'État islamique ont considérablement augmenté au cours de l'année dernière, provoquant la fuite de plus d'un demi-million de personnes.

Certaines voix s'élèvent pour émettre des doutes sur le fait que la nouvelle mesure puisse réellement rassurer les populations, mais le gouvernement insiste sur le fait que des volontaires armés sont nécessaires pour endiguer la propagation de la violence.

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Pourquoi faire participer les civils ?

La loi stipule que la capacité de l'armée à combattre les militants est limitée en termes de nombre de soldats et de manque de formation appropriée.

"Face à la menace persistante, les populations ont... exprimé leur désir de s'engager activement dans la défense de la patrie", précise-t-elle.

Mais ce n'est pas une preuve de la faiblesse de l'armée, insiste le gouvernement.

S'adressant à la BBC, le ministre de la Communication Rémi Dandjinou a comparé les futurs volontaires à des membres de la résistance française pendant l'occupation de la France par l'Allemagne pendant la Seconde Guerre mondiale.

Mais on craint que les nouvelles mesures n'aggravent les conflits ethniques et n'alimentent les tensions entre les communautés de chasseurs et d'agriculteurs.

"Les forces de sécurité burkinabé sont elles-mêmes impliquées dans de très graves abus contre des suspects", a déclaré Corinne Dufka de Human Rights Watch à la BBC. "C'est pourquoi la sous-traitance de toute responsabilité de défense à des civils armés est si potentiellement problématique".

"Cela pourrait exacerber les tensions communales croissantes et conduire à plus d'abus, ce qui à son tour pousserait plus de gens dans les mains des djihadistes."

Le gouvernement du Burkina Faso a précédemment nié les allégations d'abus généralisés.

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Image caption Des villages isolés comme celui-ci, dans le nord du Burkina Faso, sont menacés par la violence

Qui sera armé ?

Tout ressortissant âgé de 18 ans et plus peut être pris en considération pour le recrutement et il n'y a pas d'âge maximum. Mais les recrues ne peuvent pas faire partie d'un groupe ou d'un parti politique.

Les volontaires doivent être patriotes et loyaux et avoir un "esprit de sacrifice", ce qui pourrait inclure le "sacrifice ultime", selon la loi que les députés ont soutenue.

Mais, après son adoption, le ministre de la défense Cherif Sy a insisté sur le fait que les recrues ne seraient pas utilisées comme "chair à canon".

Le recrutement se fera au niveau local, dans une assemblée où les chefs de village seront supervisés par l'armée.

Les volontaires ne seront pas une voie pour légitimer les groupes d'autodéfense, composés de personnes parfois appelées "justiciers".

Au Burkina Faso, comme au Mali et au Nigeria, des civils se sont armés pour défendre leurs maisons, et dans certains cas, sont passés à l'offensive.

Ces groupes d'autodéfense ne sont pas officiellement sanctionnés par les autorités. Ils sont souvent composés sur des bases ethniques et ont dans de nombreux cas ciblé des communautés rivales.

L'une des préoccupations soulevées est que certaines parties du pays - jusqu'à un tiers selon des estimations - seraient sous le contrôle de groupes militants, ce qui rend la distribution d'armes dans ces régions beaucoup trop dangereuse et peu pratique.

Les zones frontalières du nord et du nord-est avec le Mali et le Niger sont les plus affectées par les attaques, mais le sud est de plus en plus touché.

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Image caption L'armée du Burkina Faso est soutenue par une force française qui opère également dans d'autres régions du Sahel

Quelle sera la formation des volontaires ?

On ignore quand le recrutement commencera et si les gens sont réellement désireux de s'engager.

La loi stipule qu'au moins 10 volontaires doivent être recrutés par village ou zone de résidence.

Une fois recrutés, les volontaires suivront une formation de 14 jours, qui portera notamment sur le maniement des armes, les méthodes de combat de base, les règles de discipline et l'éducation civique et morale.

On ne sait toujours pas qui assurera la formation et si elle sera suivie.

Après leur initiation, les recrues recevront des armes, ainsi que du matériel de communication et d'observation. Mais elles ne recevront pas d'uniformes.

Les volontaires, qui doivent s'engager pour au moins un an, ne seront pas payés, mais les groupes recevront un soutien financier de l'État pour l'équipement et les autres dépenses liées à la mission. Ils sont également autorisés à recevoir des dons.

Ils recevront le paiement des factures médicales s'ils sont blessés et une compensation s'ils sont laissés avec des blessures permanentes. Les funérailles seront payées pour ceux qui meurent au combat.

Au niveau national, le ministère de la défense supervisera le travail de la force civile, mais au niveau local, le chef de village sera responsable.

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Quelle est leur mission ?

Les volontaires doivent être disponibles à tout moment dans leur village.

Ils sont censés soutenir le travail de l'armée et de la police, pour aider à sécuriser leur village ou leur district.

Ils peuvent être amenés à surveiller et à fournir des renseignements à l'armée, mais il leur est interdit de mener des activités de police.

Les volontaires devront se conformer à un code de conduite qui n'a pas encore été rendu public.

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Le Burkina Faso fait face à des attaques de plus en plus meurtrières et ciblées.