Le cinéaste camerounais Olivier Assoua : "Comment j'ai fait un film avec 5 000 £".

  • Naima Mohamud
  • BBC News
Olivier Assoua est dans sa salle de montage.

Crédit photo, Olivier Assoua

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Le cinéaste camerounais Olivier Assoua

Le premier long métrage d'Olivier Assoua a été tourné avec un petit budget dans sa ville d'origine au Cameroun. Comme il le dit à la BBC, le faible coût a permis la réalisation du film - et c'est pourquoi son rêve de longue date va se réaliser dans quelques mois à la sortie du film.

Alors qu'olivier Assoau a 10 ans, son père achète un lecteur VHS. Sa famille est à l'époque la seule du quartier à en posséder un.

"Quand nous avions de bons résultats à l'école, mon père nous permettait, à mes amis et à moi, de regarder un film en guise de récompense. Cela m'a motivé à bien réussir à l'école parce que je voulais vraiment regarder des films", dit Assoua.

C'est ainsi qu'est née une passion qui durera toute la vie.

À l'âge de 15 ans, Assoua quitte le Cameroun pour la France et, en 2006, il s'installe au Royaume-Uni.

Des années plus tard, il revient dans sa ville natale pour se lancer dans la réalisation de films. Il a écrit, réalisé, tourné et monté son premier long métrage, La Vallée des Aigles ("The Eagle's Nest" en anglais).

"J'ai fait le film avec 5 000 £ (6 400 $). Si je m'étais payé au prix du marché pour chaque rôle, je n'aurais jamais pu le faire", explique Assoua.

Crédit photo, Olivier Assoua

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Une scène de La Vallée des Aigles

""Mon film La Vallée des Aigles raconte l'histoire de deux amies dans une petite ville où de nombreux jeunes émigrent vers les grandes villes ou en Europe à la recherche d'une vie meilleure.

"Dans ce film, les deux personnages principaux tombent sur une grosse somme d'argent. L'une des amies décide d'aller en Europe avec l'argent, tandis que l'autre veut rester au Cameroun et faire quelque chose de sa vie".

Le sort des Africains

Assoua considère la migration, économique ou forcée, comme un sujet extrêmement important.

"De nombreux Africains meurent en essayant de se rendre en Europe", dit-il. "Il y une croyance selon laquelle aller en Europe peut améliorer la vie".

Crédit photo, Olivier Assoua

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Olivier Assoua a tourné un film en un mois avec des acteurs amateurs.

Une étude de l'ONU sur les migrations publiée en 2019, qui cherche à comprendre les raisons de la migration vers l'Europe, a interrogé près de 2 000 migrants de 39 pays africains et a constaté que presque tous feraient à nouveau le même voyage périlleux malgré le danger.

Assoua estime que de nombreux problèmes en Afrique sont dus à l'héritage du colonialisme, qui a rassemblé différents groupes dans un même pays et a faussé les relations économiques, tant au niveau interne qu'international.

"Il faudra du temps pour guérir et sortir de l'esprit du sujet colonisé et reconstruire [les pays africains]", dit Assoua.

Les histoires que l'on raconte sont importantes, dit-il.

"Une partie de cette reconstruction consiste à créer un contenu qui compte".

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Les effets du colonialisme et l'aspiration à aller en Europe sont des thèmes récurrents dans le cinéma africain, par exemple dans le film sénégalais Black Girl, réalisé en 1966 par Ousmane Sembène et qui a été acclamé.

Dans ce film, une jeune fille sénégalaise est engagée comme nounou par un couple français de la classe moyenne. Lorsque le couple rentre en France, ils emmènent la fille avec eux. Au début, elle est très heureuse, elle rêve de Paris et de porter des vêtements et des chaussures élégants.

Mais bientôt, l'excitation de la jeune fille se mue en chagrin, car elle réalise que sa réalité à Paris est très différente de ce qu'elle avait imaginé, qu'elle est principalement confinée à l'appartement, à la cuisine et au ménage.

Le film a été un succès. Les critiques ont vu dans la jeune fille un symbole du Sénégal nouvellement indépendant : un pays qui rêve de liberté et de prospérité, mais qui est affaibli par les conséquences du colonialisme.

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