Coronavirus au Kenya : "Un Facebook Live, et rien d'autre, pour l'enterrement de mon cousin"

  • Par Mercy Juma
  • BBC News, Nairobi
Il n'y a pas eu grand monde aux obsèques de Chris, dans l'ouest du Kenya, en raison de la pandémie de coronavirus.

Crédit photo, Mercy Juma

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Il n'y a pas eu grand monde aux obsèques de Chris, dans l'ouest du Kenya, en raison de la pandémie de coronavirus.

Mercy Juma, une correspondante de la BBC à Nairobi, la capitale kényane, raconté comment, à cause de l'épidémie de coronavirus, les funérailles de son cousin se sont déroulées sans le faste habituel.

Les chaises étaient placées à un mètre au moins l'une de l'autre. La famille était assise d'un côté, les responsables de l'église de l'autre. Tout le monde portait un masque, car on connaissait les mesures strictes que le gouvernement kenyan avait prises pour les funérailles pendant la pandémie de coronavirus.

Seulement 15 personnes pouvaient se réunir pour l'enterrement de mon cousin, Chris, et tout devait être fait avant 9 heures (heure locale).

Crédit photo, Mercy Juma

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Parents et amis disent que Chris méritait de meilleures funérailles.

À 7 heures, nous nous étions tous rassemblés devant nos téléphones et nos ordinateurs pour regarder l'enterrement se dérouler, tandis qu'un ami le retransmettait en direct sur Facebook.

Nous étions des centaines à rendre un dernier hommage à Chris - à travers Facebook. C'était un homme du peuple, la vie et l'âme des fêtes familiales.

Son rire profond vous parvenait avant même qu'il ne mette les pieds dans la maison - en fait, vous pouviez l'entendre à 200 mètres de la porte.

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Chris était mon cousin au premier degré, mais nous n'avons pas été élevés dans la même maison, et il était plus qu'un frère pour moi.

Il est mort à Kisumu, dans l'ouest du Kenya, le dimanche de Pâques, des suites d'une cirrhose qui a duré plusieurs semaines.

Mais comme beaucoup de ses proches étaient confinés dans la capitale, Nairobi, tout le monde n'a pas pu assister à l'enterrement.

Le sermon a été court. Les discours étaient restreints. Et il y avait très peu de chants.

Crédit photo, Mercy Juma

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Seules 10 personnes étaient autorisées à assister aux funérailles.

Chris aimait la musique - il jouait de la batterie dans la fanfare de l'église de l'Armée du Salut. C'était donc douloureux que personne ne puisse être là pour jouer ses chansons préférées.

J'ai regardé les commentaires en direct de ses amis et collègues sur Facebook.

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En guise de réconfort, les gens ont laissé des messages de condoléances, via internet, et ont parlé de la grandeur de l'homme qu'était Chris.

Et je me suis dit que je devrais peut-être prendre des captures d'écran et imprimer ceci, car c'était essentiellement notre livre de condoléances.

Tout était si différent. Nous ne pouvions pas nous embrasser, ni nous toucher...

Lorsqu'un être cher meurt, nous cherchons à faire notre deuil, à trouver du réconfort et à tourner la page. Mais comment faire quand on est confiné ?

Crédit photo, Courtesy of Mercy Juma

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Au Kenya, des mottes de sable sont souvent jetées sur la tombe du défunt par ses proches.

J'étais bouleversée. Je n'aurais jamais imaginé devoir enterrer un être cher par le biais des réseaux sociaux. Je n'aurais jamais pensé que j'aurais autant besoin de contacts humains. C'était comme dans un film, avec la différence que, ici, je faisais partie du casting.

Et malheureusement, le Facebook Live a échoué, à cause d'une mauvaise connexion au réseau. Je n'ai donc même pas pu regarder jusqu'à sa fin le dernier voyage de Chris. Je n'ai pas vu son cercueil être recouvert.

Dans de nombreuses sociétés africaines, la mort et la vie sont intimement liées. De nombreuses traditions considèrent la mort comme un rite de passage - une transition vers une autre forme.